Bitcoin (BTC) est-il traçable?

ven 20 Août 2021 ▪ 14h30 ▪ 7 min de lecture - par Ricardo Suarez

Voilà une question que beaucoup de personnes se posent aujourd’hui. Avant de répondre plus concrètement, commençons tout d’abord par démentir quelques légendes urbaines que certains médias et institutions d’importance continuent de proliférer alors qu’elles ne sont pas correctes.

Bitcoin est utilisé que par des criminels

A ses débuts, c’était vrai. Bitcoin était plus utilisé pour des faits illicites sur internet pendant ses premières années. Mais pourquoi ? Il faut comprendre quelque chose qui est historique et ce n’est pas une caractéristique propre au Bitcoin. Comme toute technologie disruptrice, il n’est pas rare de constater que des criminels adoptent ces technologies plus vite que les masses car ça leur permet d’échanger (au sens large du terme) de manière optimisée sans se faire pister ou du moins en réduisant leurs risques. Faisons le parallèle avec un phénomène dont on ne parle plus car ça y est les masses l’ont adopté, internet. Au début d’internet, les fameux early adopters étaient aussi des fraudeurs, “partageurs” de contenus pornographiques douteux et des criminels au sens large du terme. Les fraudeurs et les criminels utilisent toute sorte de technologie, en fait, s’ils n’utilisent pas quelque chose c’est plutôt un signe que la technologie en question ne fonctionne pas correctement et dans ce cas, pourquoi les utiliseraient-ils si ça augmentait leurs risques ? 

Aujourd’hui, le fait est que, la masse criminelle ne représente qu’un mini pourcentage des mouvements financiers dans le monde crypto. En 2020, dans un rapport publié par Chainalaysis (que nous verrons un plus bas) la part de l’activité criminelle est estimée à 0,34% du total des envois/réceptions de cryptomonnaies. Comment ça se fait me diriez-vous. En réalité, c’est assez simple. Avec l’arrivée de la régulation, petit à petit ça limite leurs champs d’action. De plus, avec l’arrivée à plus grande échelle des institutions à coup de milliards, oui vous avez bien lu, milliards et pas millions (Elon Musk est très loin d’être le premier je vous l’assure), la part criminelle de la crypto sphère est réduite à des poussières et ils ne sont plus les plus gros consommateurs de cryptomonnaies dans l’actualité. 

Il y aura toujours une partie des humains qui utiliseront le Bitcoin et les cryptomonnaies pour des fins pas très honnêtes mais encore une fois, comme avec internet, est-ce qu’on est en train de débattre sur la fermeture d’internet parce que grâce au darknet on peut faire des choses assez horribles ? Vous connaissez certainement la réponse. 

Bitcoin est anonyme

Ce n’est pas correct. Bitcoin est pseudonyme, ce qui est différent. On envoie et on reçoit du Bitcoin sous un pseudonyme, ce qui veut dire que si jamais on lie ce pseudonyme a une identité, on connaîtra la totalité des transactions de la personne derrière et par conséquent ce qu’elle a fait. Dans le réseau Bitcoin, le pseudonyme est l’adresse publique qu’on utilise pour envoyer et recevoir des fonds et comme la moindre transaction est enregistrée dans la blockchain, on peut absolument tout tracer. Pour chaque Bitcoin on peut savoir le nombre de wallets dans lesquels il est passé depuis sa création. 

Après la démystification de ces deux aspects, revenons à la question initiale dans l’actualité. 

Bitcoin est-il vraiment anonyme ?

Bitcoin est-il traçable ?

Et bien, la réponse est plutôt oui, car comme expliqué précédemment, Bitcoin n’est pas anonyme. Et cela va beaucoup plus loin dans l’actualité, d’une part nous avons la mise en place quasi systématique des fameux KYC (Know Your Customer) et AML (Anti Money Laundry) lorsqu’on souhaite ouvrir un compte dans une plateforme d’échange sérieuse pour se procurer des cryptomonnaies ou autres. Sauf si on envoie des petits montants (quelques centaines de dollars / euros à tout casser), les KYC et AML sont maintenant des incontournables si on veut investir ou trader avec des montants plus importants. Ce qui veut dire que les transactions effectuées derrière sont où seront connues des administrations étatiques sur le long terme lorsque la régulation aura lieu partout. De plus, nous avons également des sociétés comme Chainanalysis et Elliptic qui ont créé leurs activités autour de l’analyse des données des différentes blockchains publiques.

Quels sont leurs rôles ?

Ces deux sociétés scrutent les blockchains existantes ainsi que les cryptos-actifs basés sur celles-ci. Plus précisément, elles vont analyser les données de chaque blockchain sous leurs radars : nombres de wallets actifs, montant des transactions, etc. 

C’est ainsi qu’ils sont capables aujourd’hui de pister tout ce qui se passe dans une blockchain publique, car n’oublions pas que toutes les données du réseau Bitcoin sont accessibles à tous. Ils aident aussi les institutions, agences gouvernementales et entreprises à être en conformité avec les différentes règles en vigueur.

D’ailleurs, en 2016, le CEO de Chainanalysis, Michael Gronager avait déclaré à ComputerWeekly.com

“Les transactions Bitcoin étaient anonymes (note perso : car manque d’infrastructure pour suivre les données blockchain), mais notre logiciel est capable de relier l’émetteur et le récepteur, donc, en effet, Bitcoin est devenu moins anonyme que le cash”

Michael Gronager, CEO de Chainalysis

Comme toujours, pour apporter un peu de recul, voici un parallèle avec nos dirigeants français :

“Les cryptomonnaies posent un vrai problème de financement du terrorisme” 

Bruno Lemaire, Ministre de l’Economie, lors d’un passage chez France 3 en octobre 2020

Je me demande, comment peut-on encore entendre des propos aussi scandaleux à ce stade d’avancement du secteur crypto / blockchain ? Il n’y a vraiment personne de compétent dans le domaine au sein du gouvernement ? 

Néanmoins, ce qui est sûr, c’est que des commentaires comme celui-ci en provenance de nos dirigeants vont simplement réussir à tuer dans l’œuf le secteur en France car comme la plupart de la population n’est pas bien éduquée sur la thématique, cela va donner une mauvaise image et risque finalement de pousser les acteurs français à déménager chez nos voisins allemands, suisses, entre autres. Espérons que nous n’en arriverons pas là ! 

Pour conclure cette analyse, renseignez-vous toujours plus, ne vous laissez pas influencer par le bruit ou des fake news, vérifiez vos sources et faites un vrai travail de recherche pour mieux appréhender le fonctionnement de Bitcoin et de la blockchain en général. Bitcoin n’est que la tête de la tête de l’iceberg. Les autres cryptomonnaies sont le reste de la tête de l’iceberg alors que l’iceberg même est encore à découvrir dans les prochaines années. 

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Ricardo Suarez

Consultant en stratégie et management de projets à titre personnel et très passionné par le monde crypto/blockchain, j’accorde une partie de mon temps à la rédaction pour contribuer à la démocratisation et à l’apprentissage de cette nouvelle technologie.

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