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Chainalysis : "Seules 0.15 % des transactions en cryptomonnaies sont d'origine criminelle"

mar 01 Fév 2022 ▪ 8h30 ▪ 7 min de lecture - par Nicolas Teterel

La firme d’analyse on-chain Chainalysis a publié son rapport annuel Crypto Crime Report. Sans surprise, le blanchiment d’argent ne représente qu’une partie infime des transactions réalisées en cryptomonnaies.

Le crime a représenté 0.15 % des transactions en 2021

Le montant total de transactions réalisées via des cryptomonnaies en lien avec le crime s’est établi à 14 milliards de dollars, contre 7.8 milliards en 2020. Soit une hausse de 79 %, ce qui est peu vu que le volume total de transactions (on-chain) a lui augmenté de 567 % !

La part du volume de transactions liées au crime n’a donc jamais été aussi basse et s’affiche à 0.15 %, contre 3.37 % en 2019 et 0.62 % en 2020 :

illicit share of all cryptocurrency transaction volume, 2017 - 2021
Part des transactions en cryptomonnaie issue du crime

Néanmoins, ce chiffre de 0.15 % sera probablement révisé à la hausse à mesure que d’autres adresses criminelles sont découvertes. Chainalysis souligne par exemple que le chiffre de 0,62 % de 2020 a été révisé en hausse depuis 0,34 %.

Globalement, les montants envoyés depuis des adresses illicites vers des exchanges et autres services permettant la conversion et le blanchiment en monnaie fiat, ont atteint « l’équivalent de 8,6 milliards de dollars en cryptomonnaies en 2021 ». Soit une baisse de 21 % par rapport au pic de 2019 :

total cryptocurrency value laundered by year, 2017 - 2021
Montant total d’argent blanchi via les cryptomonnaies

Ces 8.6 milliards ne représentent que « 0.05 % du volume total de transactions en cryptomonnaies de 2021 », peut-on lire dans le rapport.

[Le rapport révèle que le volume (on-chain) total des cryptomonnaies s’est établi à 15 800 milliards en 2021, en hausse de 567 % d’une année sur l’autre. Or, si 8.6 milliards représentent 0.05 % du volume total, cela nous fait un volume de 17 200 milliards. Il y a donc une petite erreur quelque part. Les ordres de grandeur restent de toute façon similaires..]

Comparons maintenant ces chiffres avec la monnaie fiat. Si l’on se base sur les chiffres des réseaux SWIFT, CHIPS et FEDwire, l’équivalent de 2.5 billards de dollars sont transférés chaque année.

Or, d’après l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime, le blanchiment d’argent représenterait 5 % du PIB mondial (fourchette haute). Soit 4040 milliards de dollars par an qui représentent donc 0.16 % du volume de transactions internationales en monnaie fiat.

Dit autrement, le montant brut d’argent blanchi via la monnaie fiat est 469 fois plus élevé que celui en cryptomonnaie. Il est de surcroît plus élevé relativement au volume total de transaction : les cryptomonnaies servent trois fois moins au blanchiment d’argent que la monnaie fiat.

Et pour plus de perspective encore, rappelons-nous au bon souvenir de Danske Bank. La plus grande banque danoise a été condamnée en 2020 pour avoir blanchi plus de 200 milliards de dollars en l’espace de sept ans. Une somme à mettre en face des maigres 33 milliards de dollars blanchis en cryptomonnaie depuis 2017.

Une seule banque blanchit environ quatre fois plus d’argent que l’ensemble des cryptomonnaies…

Cela dit, il convient de noter que les montants d’argent blanchis du rapport de Chainalysis ne prennent en compte que les fonds provenant d’activités cybercriminelles, comme les cyberattaques par ransomware. La firme précise qu’il est « plus difficile de mesurer la quantité d’argent provenant de la criminalité hors ligne, comme le trafic de drogue, dont l’argent serait converti en cryptomonnaie pour être blanchi ».

Gageons toutefois qu’il ne s’agit là que de l’épaisseur du trait. Chainalysis note à ce propos qu’il est possible de faire des estimations en « repérant des schémas de transaction suggérant que des utilisateurs cherchent à passer sous le radar ». C’est-à-dire en divisant de grosses transactions en transactions plus petites, inférieures à 1 000 dollars, pour ne pas déclencher l’alerte.

5 exchanges responsables de 58 % du blanchiment d’argent

Le graphique suivant montre l’évolution des services préférés pour blanchir l’argent. Nous pouvons observer que les exchanges traditionnels sont la destination la plus populaire (47 % des cas) :

Destination of funds leaving illicit wallets, 2016 - 2021
Destination des fonds quittant les wallets illicites

Il apparaît également que les « mixeurs » permettant de brouiller les pistes sont de plus en plus utilisés. La DeFi est également une destination très en vogue avec 17 % des fonds en 2021, contre 2 % l’année précédente. Soit une augmentation de près de 2000 % en volume brut. En sachant que l’Ethereum est leader dans la DeFi…

Cet autre graphique détaille la destination des fonds illicites selon leur origine :

destination of unds leaving illicit addresses by crime type, 2021
Destination des fonds quittant des adresses illicites /
Source : Chainalysis

De manière intéressante, les cryptomonnaies volées (« Stolen funds ») finissent à 50 % dans la Defi (750 millions $), et à 30 % environ dans des mixers. « Les cybercriminels affiliés à la Corée du Nord, qui ont volé plus de 400 millions de dollars en cryptomonnaies l’année dernière, ont beaucoup utilisé les protocoles DeFi pour le blanchiment d’argent », note Chainalaysis.

Les « scammers », en revanche, blanchissent la majorité de leurs fonds sur des adresses appartenant à des exchanges traditionnels. Ce manque de sophistication tranche avec les procédés des cybercriminels professionnels qui utilisent plus souvent des mixers, voire d’autres combines plus discrètes.

Terminons avec l’une des informations phares de ce rapport : seulement 5 « services » (pour ne pas dire exchanges) ont facilité 58 % des 8.6 milliards blanchis en 2021.

Par ailleurs, seulement 583 adresses de dépôt ont reçu 54 % des fonds envoyés par des adresses illicites en 2021. Chainalysis ajoute que « chacune de ces 583 adresses a reçu au moins 1 million de dollars depuis des adresses criminelles », pour un total d’un peu moins de 2,5 milliards de dollars de cryptomonnaies. Un groupe encore plus restreint de 45 adresses a reçu 24 % de tous les fonds envoyés par des adresses illicites, pour un total d’un peu moins de 1,1 milliard de dollars.

Terminons en soulignant que certains exchanges ont été sanctionnés par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain en 2021. Notamment les exchange russes Suex et Chatex qui avaient accepté des fonds provenant de cybercriminels utilisant des ransomwares. Les noms des cinq grands exchanges servant à blanchir de l’argent n’ont toutefois pas été divulgués par Chainalysis.

Tous ces chiffres suggèrent que les médias feraient mieux de se pencher sur les circuits traditionnels qui blanchissent 469 plus d’argent que les exchanges et autres services de cryptomonnaies…

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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