Bitcoin (BTC) : Naissance et mort de la Fed

lun 27 Déc 2021 ▪ 10h00 ▪ 13 min de lecture - par Yanis A

À l’heure où les banques centrales deviennent les deus ex machina du 21e siècle, Bitcoin rend la Fed obsolète. Retraçons les origines souvent méconnues de l’une des institutions les plus puissantes du monde.

Une véritable diversité monétaire

Jusqu’au 20e siècle, les États-Unis ont expérimenté de nombreux régimes monétaires. En 1791 et 1816, deux banques centrales distinctes ont été créées. Toutefois, les Américains pénétrés par l’idée libérale qui a guidé la Révolution américaine étaient méfiants vis-à-vis de ces institutions. Cette méfiance naturelle pour l’État a empêché à ces banques centrales de renouveler leur mandat.

Les billets émis par les banques privées ont globalement bien fonctionné en tant que forme d’argent liquide tout au long du 19e siècle. Garantis par les United States Treasuries, c’est-à-dire par les obligations américaines, la concurrence entre les institutions a permis au système bancaire d’être fonctionnel.

Des certificats d’or émis par le gouvernement et un papier-monnaie nommé greenback échangeable contre des métaux précieux ont également circulé.

En l’absence d’un système monétaire unifié, cette époque se caractérisait par une grande diversité monétaire.

Satoshi achève le travail d’Andrew Jackson

En publiant le white paper de Bitcoin, Satoshi Nakamoto aspirait à détruire le système monétaire actuel pour le remplacer par un programme informatique transparent. Quelques décennies avant la création de la Fed, un homme, Andrew Jackson s’engageait dans une entreprise aussi révolutionnaire. Président démocrate, il annonce en 1833 que le gouvernement n’utilisera plus la 2de Banque nationale du pays. Cette déclaration met fin à l’épisode de la guerre des banques.

La deuxième banque des États-Unis a été fondée en 1816. Elle était traditionnellement dirigée par un conseil d’administration ayant des liens avec l’industrie et donc naturellement avec les États urbains du Nord. Jackson s’opposait au lien dangereux entre le pouvoir politique et économique.

Pour le président, la banque symbolisait la manière dont une classe privilégiée avait recours aux privilèges de l’État. Jackson a également averti que la Banque était « un vaste moteur électoral » qui pourrait « contrôler le gouvernement et changer son caractère ». Et qualifiait ce système de « danger pour la liberté du peuple américain, car il représentait une fantastique centralisation du pouvoir économique et politique sous contrôle privé ».

En 1833, Jackson retire tous les fonds fédéraux de la banque après avoir réussir à détruire la banque. Il ne ressort pas indemne de la guerre des banques, car en 1834 le Congrès le censure en considérant son action comme un abus du pouvoir présidentiel.

Ceux qui par le passé ont tenté d’arracher le pouvoir monétaire des mains des banques centrales ont donc souvent été méprisés. Il faudra attendre 1913 pour qu’il y ait une nouvelle tentative de construction d’une Banque centrale, fructueuse cette fois.

Un tremblement de terre accouche de la Fed

Alors que la place du dollar se renforçait au début du 20e siècle, une catastrophe naturelle va accélérer l’avènement de la banque centrale américaine. En 1906, un tremblement de terre très violent secoue San Francisco et provoque des dégâts colossaux.

Une large partie des biens détruits étaient assurés par des compagnies britanniques, si bien qu’on a observé un afflux massif de capitaux vers la Californie. En vue de défendre la valeur de la livre par rapport au dollar, la Banque d’Angleterre a mené une politique monétaire restrictive en augmentant les taux d’intérêt. Cette stratégie a été globalement efficace du côté anglais puisque le pays est parvenu à attirer les capitaux loin du billet vert. En revanche, du côté américain, cette politique a déclenché une grave crise financière.

Les grandes banques de New York et de Chicago étaient autorisées par le gouvernement à suspendre les paiements en espèces, c’est-à-dire à poursuivre leurs activités tout en étant libérées de leur obligation contractuelle de rembourser leurs billets et leurs dépôts en espèces ou en or.

Lors de cette panique de 1907, les déposants américains retiraient leurs dépôts bancaires et étaient à la recherche de formes monétaires plus résilientes comme l’or. Ce bank run a provoqué une ruée des banques régionales vers les banques de New York. Alors que la crise s’intensifiait, J.P. Morgan est intervenu pour sauver le système financier et notamment les banques en difficulté.

En 1907, il n’existait en effet aucun prêteur en dernier ressort. Aucune banque centrale pour injecter des liquidités et socialiser les pertes. Dans le même temps, un groupe d’intérêts financiers puissants militait pour une banque centrale américaine depuis des années.

Un refus du marché libre par les banques privées

La Fed a donc été créée à une époque où les banques devaient se débrouiller seules. L’étalon-or mettait un frein à la capacité des banques à étendre le crédit sans limites. Il s’agissait d’un régulateur naturel, car les banques devaient fonctionner comme toutes les autres entreprises. Aucune institution ne pouvait les sauver de leurs mauvaises décisions.

Dès lors, la création de la Réserve fédérale représentait une formidable opportunité pour elles : augmenter considérablement le niveau de crédits, tout en bénéficiant d’une assurance tous risques pour les renflouer.

Après des années d’étude, le Congrès adopte en 1913 la loi sur le système de la Réserve fédérale. Le système de la Réserve fédérale était destiné principalement à être un mécanisme de sauvetage des réserves.

Les principes fondateurs de la Réserve fédérale

Le nom complet du Federal Reserve Act est : « Loi prévoyant l’établissement de banques de réserve fédérale, la fourniture d’une monnaie élastique, des moyens de réescompte des effets de commerce, une surveillance plus efficace des banques aux États-Unis et d’autres objectifs ».

Dès l’origine, la loi déclare nécessaire de fournir à la Fed une « monnaie élastique ». Le ver était déjà dans le fruit. La Fed devait avoir la capacité d’émettre une monnaie de manière fractionnée et donc d’étendre massivement le crédit. Le troisième objectif consistait à doter le système financier américain d’un prêteur en dernier ressort, conformément aux recommandations de Walter Bagehot.

La loi décrétait qu’au moins 35 % des actifs détenus par la Fed devaient être constitués en or. Dans les faits, l’or représente 85 % des actifs de la Banque Centrale en 1913. Ce chiffre va chuter brutalement tout au long du 20e siècle pour atteindre moins de 1 % aujourd’hui.

Initialement, la Fed n’avait pas le droit de posséder de bons du Trésor dans son bilan. Mais l’arrivée de la Grande Guerre mit rapidement fin à cet engagement face à la nécessité de financer la guerre. Rapidement, la loi sur la réserve fédérale est modifiée pour aider le gouvernement américain à financer l’effort de guerre. La Fed peut alors créer des réserves ex nihilo pour racheter les bons du Trésor.

Progressivement, les bons du Trésor ont rejoint l’or dans la composition des actifs de la Réserve fédérale. Dès les premières années, à la survenue de la première crise, on pouvait comprendre que ce système monétaire n’était pas viable.

Toujours plus de centralisation

Le Banking Act de 1935 a renforcé le pouvoir global du système de réserve fédérale et l’a consolidé à Washington. La loi bancaire a également servi à rendre la Fed plus autonome par rapport au gouvernement fédéral.

Ainsi, à travers la législation de 1935, les États-Unis ont créé une banque centrale moderne calquée sur le modèle européen. Cette version de la Réserve fédérale n’aurait sans doute pas été approuvée à la fin de 1913. Le terme même de fédéral avait été choisi pour assurer aux Américains qu’il s’agirait d’un réseau relativement décentralisé de banques autonomes.

Un peu comme les shitcoins qui utilisent abondamment le terme « blockchain » pour laisser penser qu’ils sont aussi décentralisés que le bitcoin…

L’organisation actuelle de la Réserve fédérale

La Réserve fédérale est composée de douze banques régionales, une pour chaque district ainsi qu’un conseil des gouverneurs situé à Washington et dont Jérôme Powell est le président depuis 2018.

Le Conseil des gouverneurs est composé de sept membres et il s’agit de l’autorité suprême sur les actions de la Réserve fédérale. Les opérations d’open market sont gérées par le Federal Open Market Committee (FOMC).

La Fed est à la croisée entre le monde public et privé. En effet, les principales banques commerciales exerçant dans le pays sont membres des Réserves fédérales régionales et sont actionnaires. Les banques participent donc indirectement à l’orientation de la politique monétaire, car elles élisent les membres des réserves régionales.

Il ne s’agit certainement pas d’un système de marché libre, purement capitaliste. Au contraire, le système monétaire actuel est à moitié socialisé et soutenu par le gouvernement. Bitcoin propose à l’inverse de réintroduire un marché libre de la monnaie.

La système des réserves fractionnaires

L’utilisation de l’argent des déposants comme liquidités pour financer des projets spéculatifs est au cœur du système de banque à réserves fractionnaires. Un tel système continue de fonctionner tant que les gens n’essayent pas de retirer simultanément leur argent. S’ils désirent essayer, la banque est conduite à la faillite, car les dépôts ne sont garantis que par une infime fraction.

À l’inverse, Bitcoin n’est pas un système à réserves fractionnaires. Il s’agit uniquement d’un système d’entreposage et de paiement. Votre argent est gardé en sécurité et peut de la même façon être transféré à un autre utilisateur du protocole. Aucun acteur ne prend possession de votre argent pour s’engager dans des actions de prêts. Le système bancaire actuel mêle les deux fonctions.

En effet, les réserves fractionnaires créent de l’argent nouveau, en le pyramidant au-dessus d’une fraction des anciens dépôts. De cette façon, un dépôt initial de 100 euros peut se transformer artificiellement en un dépôt de 1000 dollars.

Là où le système fractionnaire permet de faire croître indéfiniment la masse monétaire, il y a une quantité finie de bitcoins. Il y en a 21 millions et il n’y en aura jamais un de plus.

Bitcoin ne sauvera pas les banques

Il faut admettre la grande efficacité de la Réserve fédérale sur un point. Les banques ne font plus autant faillite qu’au 19e siècle. Mais est-ce réellement une bonne chose ?

Si la perspective de l’échec n’existe plus, il n’y a plus d’incitations à être aussi disciplinés sur le service rendu aux consommateurs. C’est un élément essentiel du capitalisme et de l’économie concurrentielle.

Nous savons aujourd’hui que la Fed est responsable des phases de booms puis de récessions de l’économie. La promesse d’une plus grande stabilité n’a manifestement pas été tenue. Ce n’est pas un hasard si le 20e siècle est la période qui a compté le plus de crises financières et monétaires.

Bitcoin n’a pas besoin de Banque centrale

Bitcoin ne nécessite pas d’autorité pour être géré. C’est un objet anarchiste et acéphale. Si demain, une Banque centrale proposait de connecter sa monnaie au bitcoin, il faudrait naturellement s’en méfier. Il s’agirait sans doute d’une initiative pour contourner la limite des 21 millions, à l’instar de Bretton Woods avec l’étalon-or. La seule intervention nécessaire est l’application des lois contre la fraude et contre le vol.

L’histoire monétaire nous a montré qu’une banque centrale ne parvenait jamais à maintenir une monnaie saine. La solution est donc de remplacer ces institutions par du code et de relier ce programme informatique à la ressource la plus rare du monde, le temps.

N’oublions jamais que Marx et Engels dans leur Manifeste du parti communiste souhaitaient abolir le droit de propriété. Pour ce faire, ils n’oublièrent pas de mentionner la création d’une Banque centrale comme cinquième mesure de leur programme autoritaire. « La centralisation du crédit auprès de l’État, à travers des banques nationales fonctionnant avec un capital d’État et un système de monopole exclusif ». Près d’un siècle et demi plus tard, la vision de Marx est devenue réalité avec l’ère des monnaies purement fiduciaires.

La Fed est donc une institution publique-privée. Au 20e siècle, elle a montré toute son incompétence pour sauvegarder la valeur de la monnaie. Bitcoin constitue aujourd’hui la meilleure alternative au système fractionnaire. End of the Fed.

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Yanis A

Le bitcoin change tout ! Issu d’une formation financière, tout me passionne dans cette technologie. Chaque jour, j’essaie d’enrichir mes connaissances sur cette révolution qui permettra à l’humanité d’avancer dans sa conquête de liberté.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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