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Demain, vers une économie du Metaverse ?... Avec quelles conséquences…

dim 23 Jan 2022 ▪ 15h00 ▪ 10 min de lecture - par Thomas Andrieu

Le Metaverse ! Un mot qui raisonne en nous comme un monde parallèle et qui sera peut-être, demain, le créateur de concepts juridiques, économiques ou financiers restés pour l’heure inexplorés. Et pourtant, en ce début 2022… Ce marché est déjà capitalisé à 30 milliards d’euros. Deux scénarios s’imposent à nous. Le premier scénario consiste à imaginer que le Metarverse deviendra probablement aussi un mode de production et de consommation commun, avec un bouleversement structurel des concepts juridiques, économiques, sociaux… Le deuxième scénario se base sur le principe d’un développement plus restreint du Metaverse, mais qui pourrait toutefois influencer certains cadres de production ou de consommation. Après tout, ne sommes-nous pas déjà dans une économie d’un Metaverse qui ne dit pas son nom ?

Le Metaverse…

Le Metaverse en chiffres.

Fin 2021, le nombre d’utilisateurs de cryptomonnaies dans le monde se situerait entre 220 et 250 millions, à équivalence avec les utilisateurs de jeux vidéo et de e-sport. Si l’on regarde ensuite dans le détail du nombre d’utilisateurs par secteur, nous obtenons les répartitions suivantes : environ 3,5 millions d’utilisateurs de la finance décentralisée ; 2,4 millions pour la Blockchain liée au gaming ; et un peu plus de 400 000 utilisateurs pour les NFT.  Au milieu de tous ces secteurs, le Metaverse ne représentait que 50 000 utilisateurs fin 2021.

Le nombre d’utilisateurs connaît ainsi une progression sans précédent en ce début 2022. Le premier seuil raisonnable du nombre d’utilisateurs du Metaverse consisterait à atteindre le nombre d’utilisateurs de la Blockchain gaming, c’est-à-dire 2 à 2,5 millions d’utilisateurs. Cela permettrait de multiplier par plus de 40 le nombre d’utilisateurs du Metaverse. Ce seuil agirait ensuite comme l’achèvement d’une première phase de développement, décisive pour la poursuite (ou non) de ce nouvel univers.

Metaverse : c’est quoi ?

Le monde du Metaverse est né du monde du jeu vidéo, cherchant à produire son propre univers avec des avatars de personnages, des équipements spéciaux qui peuvent être achetés ou vendus, etc. Désormais, on parle du Metaverse comme un ensemble plus large, touchant aussi bien aux entreprises qu’aux ménages. L’objectif est de créer un univers numérique parallèle, fondé sur l’existence de produits uniques et idéalement sécurisés (NFT, etc.), afin d’améliorer les échanges et les communications dans le cadre de la consommation (jeux vidéo, biens répliqués…) ou de la production (création de contenus, réunions, etc.).

Dans le Metaverse, la loi, c’est le code. Dans une autre perspective, certains Metaverse fondent leur organisation sur des droits de vote conférés par la Blockchain, une forme de démocratie numérique directe. Enfin, les participants sont le plus souvent uniques. L’arrivée récente des NFT a permis au monde du Metaverse de se transformer en véritable économie parallèle dans laquelle s’échangent des produits uniques. Ce monde numérique suscite ainsi pour l’heure, malgré certaines critiques, de vifs espoirs, allant bien au-delà du monde du jeu vidéo.

Metaverse : quelles institutions ?

La vraie question que suppose le Metaverse est son caractère centralisé ou décentralisé. Est-ce que le Metaverse est une plateforme centralisée à une compagnie ou bien décentralisée par la Blockchain à un ensemble d’acteurs ? En réalité, le modèle qui semble se dessiner pour l’heure est un mélange de ces deux systèmes. Diverses plateformes indépendantes lancent leur propre Metaverse, ce qui pourrait aboutir à la naissance de nouveaux projets visant à mettre en lien ces divers Metaverses.

En ce qui concerne le Metaverse en lui-même, il n’existe aucun besoin immédiat « d’institutions virtuelles ». Cela confère au Metaverse un avantage comparatif en rapport au monde réel. Le contrat de propriété est assuré par le code informatique (souvent la Blockchain), ce qui implique des problèmes de sécurité moindres, une plus grande flexibilité des transactions, etc. À terme, le Metaverse, au stade d’embryon, pourrait soulever des questions juridiques et institutionnelles.

Une nouvelle économie.

Un véritable potentiel économique ?

À en croire les géants du jeu vidéo ou du numérique comme Facebook, cet univers inexploré serait une réalité économique inévitable. D’une part, en restant encore sur Terre, on peut désormais imaginer un monde où les transactions du monde réel se feraient désormais de manière dématérialisée dans un Metaverse répliquant la réalité. Cela permettrait de faciliter les échanges, de complexifier et d’intensifier le réseau économique. Imaginez par exemple acheter un appartement à Londres dans le Metaverse, pour ensuite le rejoindre physiquement lors de votre voyage bien réel. Le Mateverse agirait alors comme une archive numérique du monde réel, ce qui à plusieurs égards faciliterait de nombreuses pratiques économiques actuelles. Le Metaverse aurait ainsi des effets similaires sur l’économie à celui des navigateurs web (e-commerce, etc.).

D’autre part, on pourrait supposer un potentiel économique immédiat. Facebook a projeté d’investir 50 millions de dollars dans le Metaverse, tout en renommant Facebook par Metaverse. On compte aussi des centaines de sociétés décidées à franchir le pas. De plus, le Metaverse est lié de près à l’industrie des cryptomonnaies. À ce jour, coinmarketcap, la célèbre plateforme détenue par Binance, estime que la capitalisation des cryptomonnaies liées au Metaverse représentent une valeur proche de 30 milliards d’euros.

 Les leaders du marché aujourd’hui.

À ce jour, les leaders du Metaverse sont évidemment les grandes compagnies. Mais en parallèle, diverses cryptomonnaies s’imposent. À la tête du secteur dans l’industrie de la cryptomonnaie, on trouve Decentraland (MANA), qui permet en outre à ses utilisateurs d’accéder à des terrains virtuels que les utilisateurs sont libres de les utiliser à leur guise. Dans cette économie virtuelle dans laquelle s’échangent divers objets numériques et biens immobiliers, les jetons MANA servent d’unité monétaire. Le cours de la cryptomonnaie a été multiplié par plus de 25 pour la seule année 2021.  

On trouve ensuite des cryptomonnaies proches de Decentraland comme Axie Infinity (AXS), capitalisée plus de 4 milliards de dollars, soit autant que Decentraland. AXS, dont le prix a été multiplié par plus de 120 en 2021, est un jeu vidéo basé sur les NFT. À l’automne 2021, le jeu ne comptait pas moins de 2 millions de joueurs actifs. Les joueurs peuvent alors échanger des créatures du jeu et divers produits à l’aide du jeton de la plateforme (AXS). C’est un aspect pour l’heure plus concret du Metaverse.

Citons pour continuer The Sandbox, qui s’impose avec une capitalisation de 3,7 milliards d’euros, voit son cours multiplié par plus de 90 sur 2021. En termes techniques, Sandbox se base à la fois sur la technologie NFT (non-fungible token) et la technologie DAO (decentralized autonomous organizations). Son objectif est d’introduire la Blockchain dans le jeu vidéo The Sandbox. Le modèle est donc similaire à celui de son concurrent AXS, bien que différent sur le fond.

Metaverse : une anarchie virtuelle ?

Nous connaissions jusqu’alors le caractère profondément libéral des cryptomonnaies [lire plus], mais le Metaverse propose encore un degré de liberté supérieur. Le Metaverse ressemble à une sorte de Nouveau Monde où tout est à construire, et où tous les scénarios sont envisageables. Plusieurs projets ont émergé, dynamisant une nouvelle fois le marché des cryptomonnaies qui voit augmenter sa capitalisation de 30 milliards de dollars grâce aux perspectives du Metaverse (MANA, AXS, Sandbox…). Néanmoins, nous devons rappeler ici que la capitalisation de ce micromarché dépend directement de l’évolution globale de la capitalisation des cryptomonnaies.

Le Metaverse a tout d’un Nouveau Monde, virtuel cette fois-ci, de sorte que vivre dans le numérique devient la norme. Pour le fondateur de Facebook (désormais Meta), Marc Zuckerberg, “la qualité essentielle du métaverse sera la présence – le sentiment de vraiment être là avec les gens”. Le Metaverse se diffuserait ainsi uniquement s’il génère des gains de productivité, de temps ou d’efficacité globale pour les utilisateurs. Réaliser ses réunions dans le Metaverse, acheter ses courses dans le Metaverse pour ensuite les recevoir chez soi, collectionner des œuvres… sont autant de possibilités du Metaverse. Mais avec lui, se pose la question de la centralisation, des lois, des codes qui régiront ce monde pour le meilleur ou pour le pire.

En bref.

Après la finance décentralisée, les NFT, le Metaverse suscite de vifs espoirs. Pour l’heure, cet écosystème est essentiellement porté par deux secteurs en fusion : le milieu du gaming d’une part et le milieu de la cryptomonnaie d’autre part. Bien que le Metaverse soit encore dans un état très primitif, il est porté au-delà des seuls secteurs du jeu et de la cryptomonnaie. Les géants du numérique s’y intéressent de près. Si un Nouveau Monde a véritablement été découvert, l’histoire ira d’elle-même. Les comportements de production, de consommation et de loisirs seront autant bouleversés qu’internet a changé nos vies. À l’inverse, il est également possible que le Metaverse reste cantonné à des écosystèmes particuliers, avec un développement lent ou limité.

On terminera ici sur une superbe expression qu’aurait prononcée Hernando Cortès, conquistador espagnol du début du XVIe siècle, qui rencontrant le délégué de l’Empereur Aztèque Moctezuma lui demandant l’origine de sa passion pour l’or, répondit : « Moi et mes compagnons souffrons d’une maladie du cœur qui ne peut être soignée que par l’or. »… Une magnifique leçon dans cette conquête perpétuelle de mondes nouveaux. Après tout, pourquoi ne pas imaginer un Metaverse pour voyager dans l’Histoire et se rendre propriétaire de séquences de l’Histoire ?

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Thomas Andrieu

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l'analyse et l'étude des marchés et de l'économie.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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