FED, CBDC, identité numérique et dystopie

mar 25 Jan 2022 ▪ 8h30 ▪ 11 min de lecture - par Nicolas Teterel

La banque centrale américaine s’est finalement penchée sur le CBDC (Central Bank Digital Currency). Marchant dans les pas de la BCE et reprenant largement la littérature de la banque des règlements internationaux, la FED nous donne l’occasion de dénoncer les dérives dystopiques promises par cette lugubre métamorphose de l’argent.

The US Dollar in the age of digital transformation

L’introduction du rapport intitulé « The US Dollar in the age of digital transformation » est un rapide distinguo entre les dollars des banques privées, les dollars de la FED et les billets/pièces. Voici un résumé simple :

  • – Les dollars des banques privées sont ceux que les ménages et les entreprises possèdent sur leurs comptes bancaires. Cet argent représente environ 86 000 milliards de dollars.
  • – Les dollars de la FED sont ce que l’on appelle la monnaie centrale. Elle circule uniquement sur des comptes que les banques privées détiennent auprès de la FED. Elle ne sert que pour les virements entre banques et représente 6 400 milliards de dollars.
  • – Les billets et les pièces sont une seconde forme de monnaie centrale et ne représentent que 2 210 milliards de dollars. Soit à peine 2.57 % de tout l’argent en circulation.

Pour résumer, et sans entrer dans des détails inutiles, les banques privées américaines ont prêté 86 000 milliards en ayant seulement 6400 milliards en réserve. Ce qui nous fait un effet de levier de 1:13, soit dit en passant.

On parle dans le jargon de système de réserve fractionnaire. Ou « Fractionnal reserve banking » en anglais, voire de plus en plus de « two-tier system ».

Maintenant que le décor est planté, venons-en au CBDC. Précisons avant toute chose que la FED n’a pas encore pris de décision et que le lancement d’une CBDC nécessitera par ailleurs un vote du Congrès US.

En essence, la « CBDC serait différente des dollars des banques privées dans le sens ou elle dépendra directement de la banque centrale », peut-on lire dans le papier.

Dit autrement, alors que vous perdrez votre argent si votre banque fait faillite, ce ne sera pas le cas avec la CBDC. La raison étant qu’une banque centrale ne peut pas faire faillite puisqu’elle peut créer autant d’argent qu’elle souhaite. Nous voilà rassurés…

La FED signale également qu’une CBDC pourrait améliorer les services de paiement bancaires qui sont « lents et chers ». « Le coût moyen d’un transfert international depuis les États-Unis est de 5,41 % de la valeur de la transaction ».

Dans l’ensemble, l’analyse de la FED suggère qu’une éventuelle CBDC devra « protéger la vie privée, être intermédiée et reliée à une identité numérique ». « Il faudra trouver un juste milieu entre la sauvegarde du droit à la vie privée des consommateurs et la transparence nécessaire à la détection d’activités criminelles »…

Le volet « intermédiation » signifie que la FED compte sur le secteur privé pour construire ces « wallets de CBDC ». « Un système intermédié faciliterait l’utilisation des systèmes d’identification numérique du secteur privé ».

Cela tombe bien puisque Bill Gates fait depuis longtemps la promotion d’un système d’identification numérique via son alliance « ID2020 ». L’ancien CEO de Microsoft s’est servi de la pandémie comme prétexte pour lancer cette « digital ID » dont le pass sanitaire fut le cheval de Troie.

Algocratie

Il suffit de regarder du côté de la Chine pour deviner où cette identité numérique risque de nous mener : au crédit social. Géré par la puissante Commission nationale du développement et des réformes, la Banque populaire de Chine et la Cour populaire suprême chinoise, le crédit social permet d’évaluer la fiabilité (trustworthiness) des individus.

Il s’agit ni plus ni moins que d’un système de surveillance de masse, comme Skynet, qui intègre reconnaissance faciale, analyse de données (historiques d’achats, de recherches internet, de géolocalisation, de fréquentations, etc) et l’intelligence artificielle.

Plusieurs pays séduits par ce fascisme 2.0 sont en train de recycler l’identité numérique du pass sanitaire pour construire la même société totalitaire que la Chine. L’Australie par exemple, qui vient de lancer son application MyGovID :

La France n’est pas en reste. Il suffit de lire le rapport de prospective du Sénat, intitulé « Crise sanitaire et outils numériques » de juin 2021, pour avoir froid dans le dos. Les sénateurs y déclarent qu’il est « aisé de caricaturer le crédit social en une version chinoise du Big Brother d’Orwell », suggérant par là un intérêt bienveillant à l’idée de transformer la société en prison à ciel ouvert.

Pareil en Allemagne où le Handelsblatt Global rapportait déjà en 2018 que le pays pourrait être en train de « somnanbuler » vers un système comparable à celui de la Chine. « Dans certaines régions d’Allemagne, les assureurs maladie proposent des tarifs moins élevés si vous acceptez de partager les données de votre app de suivi de votre condition physique afin de prouver que vous prenez soin de votre santé ».

Même la Russie s’y met. Le Moscow Times rapporte que 80 % des Russes auront un « profil numérique » d’ici à 2025. « Chaque réalisation dans la vie d’une personne (les ratés, les erreurs, les grands projets) sera enregistrée », avait déclaré Dmitry Kuznetsov, l’ancien responsable de l’informatique du fonds de pension de la région russe de Krasnoyarsk en 2018.

L’Union européenne est évidemment aux avant-postes de ce triste agenda. Il est prévu que l’UE dévoile dès cette année un wallet personnel comprenant une identité numérique personnelle s’appuyant sur la même technologie que le pass sanitaire.

« Nous voulons offrir aux Européens une nouvelle identité numérique qui protège les utilisateurs en ligne », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en juin 2021.

Voici ce que nous rapportions en juin 2021 à propos de ce wallet européen à la suite d’un article paru dans le Financial Times :

« Cette application smartphone contiendra nos données de paiement et permettra par exemple de payer ses factures d’électricité et d’eau. Elle pourra contenir des documents officiels tels que le permis de conduire. Il sera possible de s’y connecter via ses données biométriques (empreintes digitales ou le scan de la rétine). »

En route vers le rationnement

Petit à petit, suivant la bonne vieille technique du salami, l’UE déploie la même architecture de surveillance centralisée qui existe en Chine, préalable incontournable au contrôle de chaque aspect de la vie humaine.

Nul besoin de déborder d’imagination pour comprendre que cette mise à l’étrier numérique prépare la fin du cash. Nous en revenons aux CBDC qui finiront par être branchés à l’identité numérique universelle.

La FED prend d’ailleurs soin de relever dans son rapport que les consommateurs américains ont utilisé l’argent liquide pour seulement 19 % du total des transactions (6 % en valeur) en 2020. Et bien qu’elle « envisage la CBDC comme un moyen d’élargir les options de paiement sûrs, et non de les réduire ou de les remplacer », on sent bien qu’elle lorgne avec envie sur ses voisins :

« Alors que l’utilisation d’espèces aux États-Unis est passée de 40 % des transactions en 2012 (12 % en valeur) à 19 % en 2020, d’autres pays ont connu des baisses plus rapides. En Suède, par exemple, la proportion de paiements en espèces est passée de 33 % à moins de 10 % au cours de la même période. »

La FED met également en exergue le recul du cash en Chine et pointe vers le rapport annuel du FIS qui trompette un recul de 32 % de l’utilisation du cash au niveau global en 2021, se réjouissant que la « pandémie a accéléré de trois ans le déclin du cash »…

Pour faire le lien avec le bitcoin, notons que « l’innovation technologique » qu’est le bitcoin est toujours vue d’un mauvais œil. Plusieurs poncifs sont mis en avant comme son « extrême volatilité », son « faible débit des transactions » et son « empreinte carbone significative ».

Il ne fallait pas s’attendre à ce que la FED avoue que le dollar repose sur un endettement insoutenable et annonciateur d’une inflation plus ou moins rapide à mesure que nous atteignons les limites de la croissance.

Une entrée en décroissance trop brutale pourrait même provoquer des faillites bancaires si la FED décidait de ne plus faire marcher la planche à billets. Il est possible que ce soit l’objectif de la FED qui pourra alors lancer cette CBDC dont on peut parier qu’elle sera plus en adéquation avec les limites physiques de la terre.

Comment ? En créant une CBDC « programmable ». C’est ce que suggère ce rapport qui reste néanmoins extrêmement vague sur ce que cela pourrait impliquer. Il y a de fortes chances que la finalité d’une monnaie programmable soit tout simplement d’organiser un rationnement en interdisant l’accumulation d’achats trop gourmands en énergie (CO2).

Mastercard, qui fera certainement partie des entreprises privées en charge de créer les wallets de CBDC, est déjà à pied d’œuvre avec l’entreprise Doconomy pour permettre à ses clients de jauger l’impact de leurs habitudes de consommation sur l’environnement.

Terminons en soulignant que la FED n’est pas sans savoir que l’introduction d’un CBDC parallèlement à l’ancien système comporte des risques non négligeables. En effet, pourquoi garder son argent dans une banque risquant de faire faillite s’il est possible de le garder sous forme de CBDC ?

Le risque étant que les banques soient décapitalisées. Cela réduirait leur capacité à prêter, ce qui ferait forcément monter les taux. La solution avancée serait que le CBDC n’offre aucun intérêt et/ou que le montant de CBDC pouvant être détenu par chacun soit limité. Belle usine à gaz…

Quoi qu’il en soit, la masse monétaire du CBDC ne sera pas fixe, ce qui signifie qu’en plus d’être un outil totalitaire, elle ne changera strictement rien au problème d’inflation. Le bitcoin par contre…

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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