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La FED insiste avec l’obscur “Digital Dollar”

Jerome Powell a de nouveau fait mention du « Digital Dollar » devant le Sénat. Le président de la FED a déclaré réfléchir sérieusement à la possibilité de le développer. Est-ce un prélude à la fin du cash sur fond d’amalgame avec la cryptomonnaie ?

digital dolla

“Digital Dollar”

Cette expression fut utilisée pour la première fois par Christopher Giancarlo lors des négociations autour du premier stimulus package américain. Le fameux CARES Act qui autorisa le versement d’un chèque de 1200 $ à chaque Américain.

Christopher Giancarlo a présidé la CFTC – le gendarme financier en charge de la régulation des marchés de Futures – de 2014 à 2019. C’est sous son patronage que le bitcoin a été enchaîné à un marché de Futures. L’individu avait déclaré avec sarcasme en 2019 :

« L’une des histoires non racontées de ces dernières années est que la CFTC, le Trésor US, la SEC et le directeur [du Conseil économique national] de l’époque, Gary Cohn, prévoyaient que le lancement des Futures adossés au bitcoin aurait pour effet de faire éclater la bulle du bitcoin. Et cela a fonctionné. »

Christopher Giancarlo / source Coindesk

Voici pour la présentation de ce sombre personnage qui a depuis fondé le ThinkTank « Digital Dollar Project ». Lancé en grande pompe lors du Forum Economique Mondial de Davos de 2020, il a depuis été rejoint par Accenture, le géant mondial en conseil technologique.

Voici ce qu’avait déclaré l’intéressé en fin d’année dernière lors du Forum FinTech, InsurTech & Blockchain de Zurich :

« Le Digital Dollar Project est un ThinkTank explorant les mérites d’une forme tokénisée du CBDC (Central Bank Digital Dollar) des États-Unis. […] Notre projet n’est PAS commercial. Notre mission est entièrement au service de l’intérêt public. La fondation est autofinancée. Nous nous sommes tournée vers Accenture en raison de sa participation dans presque tous les projets de CBDC dans le monde. […] Nous sommes en lien étroit avec le Congrès américain et de hauts fonctionnaires de l’administration des États-Unis. »

Christopher Giancarlo, Digital Dollar Project, Novembre 2020

Et voici donc la vision de ces bons samaritains prêts à dépenser des fortunes dans le seul but de servir « l’intérêt public » :

« Notre préférence va pour une forme tokénisée d’un dollar américain […] émis par la FED (banque centrale américaine), puis distribué aux banques privées. Ces dernières seraient responsables de distribuer les Digital Dollars aux wallets des utilisateurs à hauteur de leurs dépôts bancaires. »

Christopher Giancarlo, Digital Dollar Project, Novembre 2020

Est-ce que quelqu’un a compris l’intérêt de ce Digital Dollar ? Non ? C’est normal, car il n’y en a aucun. Nous avons déjà des cartes de crédit nous permettant de dépenser de manière digitale notre argent déposé à la banque…

Et pourtant, Janet Yellen, l’ancienne présidente de la FED et désormais secrétaire au Trésor US, a réitéré ce lundi son intérêt pour ce machin.

La FED et le Digital Dollar

« Il fait sens que les banques centrales se penchent sur la monnaie digitale », a déclaré Janet Yellen au New York Times. « Nous avons un problème avec l’inclusion financière. Trop d’américains n’ont pas accès à un compte bancaire et je pense que quelque chose comme un Digital Dollar pourrait aider. Je pense qu’il pourrait permettre des transactions plus rapides, plus sécurisées et moins chères »

« L’inclusion financière »… Ce terme est très en vogue ces derniers temps, notamment du côté de Visa, Mastercard, la fondation Bill Gates, l’ONU, la banque mondiale et bien évidemment le Forum de Davos. Nous ne sommes donc pas surpris de l’entendre soudainement dans la bouche de la secrétaire au Trésor US.

Mais qui est assez naïf pour croire que le but du Digital Dollar serait d’offrir une solution de paiement à ceux qui n’ont pas de compte bancaire… D’autre part, en quoi le CBDC sera plus rapide qu’un paiement sans contact par carte bancaire ?

Sur la question des frais de transaction, il suffirait de légiférer pour forcer Visa et MasterCard à réduire leurs tarifsLes 3 % ponctionnés sur chaque transaction sont une somme arbitraire largement supérieure au coût de fonctionnement du système. Ce n’est pas pour rien si les deux géants pèsent ensemble plus de 800 milliards en bourse

Non, plusieurs choses inavouables se cachent en réalité derrière cet écran de fumée inclusive. La première est bien évidemment la fin du cash. Ils nieront toujours les faits jusqu’à ce qu’un beau jour… Ne soyons pas dupes. Ce jour-là, ils pourront également instaurer les taux négatifs sur notre épargne sans aucune échappatoire, entre autres joyeusetés dystopiques.

Deusio, il s’agit de siphonner les datas liées à nos achats, l’or du 21ième siècle. En effet, les banques sont tenues par le secret bancaire, ce qui irrite passablement la Big Tech (Google, Facebook, Microsoft, Amazon) qui veut être au courant de tout ce que nous achetons. Rappelons en passant que MasterCard a vendu nos historiques d’achats à Google en 2017… Les deux compagnies ont juré que ces données avaient été anonymisées. Nous les croirons sur parole…

Troisièmement : contrer la Chine

Le président de la FED a dès le lendemain fait écho aux propos de Janet Yellen à propos du Digital Dollar. « Étant donné que le dollar est la première monnaie de réserve internationale, il est plus important de faire les choses bien que d’être la première banque centrale à le lancer », faisant bien entendu allusion à la Chine dont le totalitarisme et la surveillance de masse est effectivement en avance…

Jerome Powell sait que Pékin cherche à internationaliser le Yuan. Sous couvert de créer un « yuan digital », l’empire du milieu espère surtout inciter toutes les banques centrales à se passer du réseau SWIFT. C’est grâce à ce réseau qui noyaute toutes les transactions internationales que les États-Unis parviennent par exemple à maintenir l’Iran sous embargo économique.

Tout prend son sens quand on sait que l’Iran refuse de vendre son pétrole en dollar… La Chine, via son Yuan Digital, essaie de faire émerger un nouveau réseau SWIFT sur lequel les États-Unis n’auront pas d’emprise. Le but étant d’inciter les pays à vendre leurs matières premières en yuan plutôt qu’en dollar, sans craindre les embargos américains.

Nous retrouvons d’ailleurs cette préoccupation dans le discours de Christopher Giancarlo dont nous parlions en début d’article :

« Bien que nous nous inspirions des projets de CBDC de la Banque populaire de Chine, la BCE, la Banque de France et la Banque des règlements internationaux, nous nous focalisons sur la création d’un Digital Dollar prenant en compte le caractère unique et primordial du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. »

Christopher Giancarlo, Digital Dollar Project, Novembre 2020

Tout doit changer pour que rien ne change

Jerome Powell a aussi réitéré que le MIT travaillait en tandem avec la FED de Boston sur un « hypothétique » Digital Dollar, affirmant de ce fait que les États-Unis ne se laisseront confisquer le privilège exorbitant du pétrodollar.

D’autre part, ajoutons que la Banque des règlements internationaux (BRI) n’est pas non plus ignorante des manœuvres chinoises en vue de contourner le réseau SWIFT. La banque de Bâle travaille sur son propre SWIFT à la sauve CBDC depuis un certain temps maintenant, espérant rafler la mise au cas où…

En définitive, il est permis de douter que le Digital Dollar “international” voit le jour si la Chine cesse ses efforts d’internationalisation du yuan par cette voie.

Néanmoins, cela ne signifie pas que la FED ne marchera pas un jour dans les pas de la Banque centrale chinoise en lançant un Digital Dollar “domestique”. Mais se posera alors le problème du Bank run Digital que Yellen n’a pas manqué de souligner durant son interview par le NY Times.

Le risque du Bank Run digital suggère fortement que la FED ne cours-circuitera pas les banques privées avec un CBDC. Il est beaucoup plus probable que le Dollar Digital soit distribué par les banques privées, comme l’ambitionne le Think Tank « Digital Dollar Poject » de M.Giancarlo. Soulignons en passant que ce dernier anticipe également l’introduction d’identités digitales en symbiose avec l’internet of thing des “smart cities”.

Nous en revenons donc à la fin du cash et la surveillance de masse… Cela est encore plus évident lorsque l’on sait que plus de 97 % des dollars en circulation sont DÉJÀ sous forme digitale ! La question qui se pose désormais est de savoir si le chèque de 1200 $ promis par Biden sera versé sous forme de “Digital Dollar”…

Bref, tout cela pour dire que l’amalgame avec le Bitcoin ne prend pas. Si ces monnaies fiat digitales étaient finalement lancées, soyez certain que le Bitcoin s’envolera puisqu’il sera la dernière monnaie permettant de payer de manière anonyme et d’échapper au système orwellien du “Crédit social” à la chinoise.

PS : Vous l’aurez compris, le Digital Dollar ne sera bien évidemment pas une blockchain…

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( Rédacteur )

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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