Le CBDC Petroyuan dévoilé lors du Forum de la BRI

dim 28 Mar 2021 ▪ 13h45 ▪ 7 min de lecture - par Nicolas Teterel

Les banquiers centraux du monde entier ont discuté du Great Reset Digital, aka Fin du Cash, lors du récent BIS Innovation Summit (22-25 mars). Mis à l’écart du gratin bancaire mondial, le patron de l’autorité monétaire de Hong Kong a pris part à l’événement, tout seul… Son discours a toutefois probablement fait l’effet d’une bombe dans les cercles initiés.

Le Covid et la fin du cash

Le monologue ne pouvait pas commencer sans une référence à la pandémie du Covid-19 qui a « dévasté les petites et moyennes entreprises tout en rendant prospère l’e-commerce ».

L’intéressé observe « une accélération du processus de digitalisation », se traduisant notamment par le fait que « les consommateurs ont de plus en plus recours aux paiements digitaux ». Ce qui, soit dit en passant, n’a rien d’anormal quand on ferme tous les commerces…

Howard Lee avance un peu plus loin que « les cryptomonnaies et les stablecoins sont une nouvelle catégorie d’actifs dont on prétend parfois qu’ils constituent également un moyen d’échange, malgré leur volatilité ».

« L’adoption des cryptomonnaies par le grand public pourrait diminuer l’utilisation de la monnaie souveraine, voire affecter les opérations monétaires d’une banque centrale », ajoute-t-il avant de glisser que les banques centrales devraient en réaction lancer leurs propres monnaies digitales. Comme si la monnaie n’était pas déjà virtuelle…

E-CNY

Nous apprenons ensuite que M.Lee travaille avec la division hongkongaise de l’Innovation Hub de la banque des règlements internationaux ainsi que les banques centrales de Thaïlande, des Émirats Arabes unis et de Chine, pour connecter leurs Wholesale CBDC. C’est-à-dire un CBDC utilisé uniquement par les banques centrales. Le projet s’appelle Multiple CBDC Bridge.

Pour le dire autrement, il s’agit de l’architecture embryonnaire appelée à remplacer le réseau SWIFT. Celui-là même qui noyaute depuis de nombreuses décennies toutes les transactions internationales entre banques centrales. Le fait que les Émirats Arabes unis soient de la partie suggère fortement que la Chine va bientôt pouvoir acheter son pétrole dans sa propre monnaie, au grand dam de l’Oncle Sam et du pétrodollar. Les plaques tectoniques géopolitiques et monétaires ont bougé…

Concernant le retail CBDC à l’attention de monsieur et madame tout le monde, « nous n’avons pas encore pris de décision », a déclaré M.Lee. Le « nous » faisant référence à toutes ces banques centrales qui réfléchissent à faire disparaître le cash.

Gageons que l’émergence du bitcoin n’est pas étrangère à cette hésitation… Il est certain que la zizanie règne au sein de la banque des règlements internationaux, là où les banquiers centraux ont l’habitude d’accorder leurs violons sur la meilleure façon de nous tenir en laisse.

Le projet Aurum

« Nous étudierons les avantages et les défis que présentent différents types d’architectures concernant le retail CBDC à usage général. Nous pourrions le lancer via les banques privées. Ce projet s’appelle Aurum. »

Aurum signifie « or » en latin. Est-ce que cela suggère que ce CBDC aura une masse monétaire fixe ? C’est en tout cas ce qu’ils aimeraient nous faire croire…

Malheureusement pour eux, seule une monnaie décentralisée permet de s’assurer que la masse monétaire ne sera jamais modifiée. Le bitcoin étant évidemment la seule monnaie assez décentralisée pour prétendre avoir une masse monétaire absolument fixe. Difficile d’en dire autant avec la monnaie des banques centrales… Les montagnes de dette sont là pour attester que les puissants ne peuvent par résister à la tentation d’imprimer toujours plus…

À vrai dire, ils n’ont pas vraiment le choix… Pourquoi ? À cause des intérêts… Les banques doivent perpétuellement augmenter leurs prêts afin que chacun puisse trouver assez d’argent dans le magma de l’économie pour rembourser sa dette ET les intérêts.

On ne dirait pas comme ça, mais le paragraphe ci-dessus résume à lui seul l’arnaque du système bancaire moderne… Ajoutons que cette fuite en avant est génératrice d’inflation à mesure que les ressources énergétiques nécessaires à la croissance s’amenuisent…

Bref, notons aussi que l’autorité monétaire d’Hong Kong travaille avec la banque centrale chinoise afin que l’E-CNY devienne monnaie courante. Dit autrement, M.Lee annonce son intention de laisser les Chinois avaler monétairement la perle de l’Orient.

IA et surveillance de masse

« Un autre grand domaine de la Fintech est l’utilisation des données. C’est un cliché de dire que les données sont le nouveau pétrole, mais c’est une réalité : ceux qui possèdent le plus de données et la capacité d’en tirer des informations utiles peuvent en tirer un profit énorme », lâche enfin le hongkongais.

Lee se lamente ensuite que les petites entreprises « n’ont pas de Crédit Social, contrairement aux individus ». Pour rappel, les Chinois sont notés (crédit social), et certaines multinationales comme Ant Group prêtent de l’argent en fonction de la qualité des historiques de recherches sur internet de leurs clients

Pour la taupe chinoise, il faut permettre aux petites entreprises – au bord de la faillite à cause de la crise Covid-19 – « d’accéder plus facilement à des prêts en échange du partage de certaines de leurs données ». Il est fait état par exemple des statistiques de ventes journalières. On devine toutefois aisément que bien d’autres données finiront par être collectées une fois le doigt dans l’engrenage. Le nom des clients ?…

Ainsi, l’empire du milieu se lance dans les grandes manœuvres. Lee a fait savoir durant ce Bis Innovation Summit que la Chine compte bien jouir aussi du fameux privilège exorbitant. Le CBDC E-CNY pourrait aussi bien s’appeler « petroyuan » si les Émirats Arabes unis l’acceptent en paiement pour leur or noir.

Terminons en soulignant que les banquiers sont décidément très attirés par nos données privées. La crainte de se faire ravir leur orbe monétaire par la Big Tech est plus que palpable. Mais serait-ce pas une fausse bonne idée que d’imiter les GAFAM ? Le succès du bitcoin est certes lié à sa masse monétaire fixe, mais l’anonymat qu’il confère est loin d’être négligeable…

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Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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