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Le FMI voit l’avenir en yuan et oublie un peu vite le Bitcoin (BTC)

Un nouvel article publié sur le Blog du FMI, intitulé “Les glaciers de la finance globale : la composition des réserves de change des banques centrales” suggère que les mouvements géopolitiques et les révolutions technologiques vont bientôt profondément redéfinir la place des monnaies dans le monde. Les quatre auteurs pointent vers le yuan sans le nommer, oubliant malheureusement un peu vite le Bitcoin (BTC)

Les Glaciers Monétaires

Le papier rappelle d’emblée que « sur les 180 monnaies nationales, seules quelques-unes sont utilisées pour les transactions internationales (règlement des balances commerciales, la levée de dette à l’étranger, la facturation ou encore les investissements à l’étranger) ». Ces monnaies sont le dollar, l’euro, le yen japonais, la livre sterling et quelques autres.

Les banques centrales du monde entier détiennent leurs réserves de change dans ces monnaies afin de gérer leurs balances des paiements, intervenir sur le marché des changes et fournir des devises étrangères aux entreprises domestiques qui en ont besoin pour payer leurs importations“, peut-on lire peu après.

Voici une représentation très claire du système monétaire international fournie dans l’article du très select blog du FMI :

Système monétaire international

Se basant sur cette étude du FMI, les auteurs listent les raisons expliquant la composition des réserves de change. Ils prédisent également que les choses vont changer…

Il ressort que la composition des réserves de change des banques centrales n’a quasiment pas changé depuis plusieurs décennies. L’euro, et surtout le dollar, se taillent la part du lion.

“En dépit du rôle grandissant de la Chine dans l’économie mondiale, le yuan chinois ne s’est arrogé qu’une place restreinte dans les transactions mondiales, notamment en matière d’émission de dettes étrangères ou d’échange sur les marchés des changes mondiaux.”

Composition des réserves de change des banques centrales : les glaciers de la finance mondiale, 16 décembre, Blog FMI

En effet, l’empire du milieu est devenu la première économie mondiale à parité de pouvoir d’achat. Voici l’explication du PIB à parité de pouvoir d’achat publiée dans un précédant article :

« Si l’on affiche la valeur du PIB chinois en dollar en fonction du taux de change officiel, oui, les États-Unis restent la plus grande économie du monde. Mais pourquoi traduire le PIB chinois en dollar ? Cela n’a pas de sens… Si vous faites du tourisme à Pékin, vous allez vite réaliser qu’un dollar converti en yuan vous permet d’acheter beaucoup plus de choses qu’à Paris. Une coupe de cheveux coûte beaucoup moins cher en Chine qu’à New York si l’on prend le taux de change officiel en compte. Mais pourquoi devrions-nous valoriser le travail du coiffeur chinois en dessous de celui du coiffeur américain ? Pour éviter cette déformation de la réalité, les économistes comparent les PIB à parité de pouvoir d’achat. C’est-à-dire que l’on utilise un taux de change qui égalise le coût de la vie en prenant en compte non seulement les prix, mais aussi les salaires. Ce taux de change égalise le prix de la coupe de cheveux à Pékin et à New York. Vu sous cet angle, la Chine est déjà la première puissance économique mondiale en plus d’être le plus grand exportateur du monde ET le premier importateur de pétrole. »

Face à la Guerre Economique, le monde a besoin d’un Bitcoin apatride, Juillet 2020, Cointribune

Au rythme où vont les choses, et sans même parler de la parité de pouvoir d’achat, le PIB chinois dépassera celui de l’Oncle Sam d’ici 6 ans. Et pourtant, le yuan n’intervient que dans 2 % des transactions internationales. Même constat au niveau des réserves de change (2 %). A contrario, le dollar est utilisé dans près de 40 % des transactions et représente 60 % des réserves de change des banques centrales.

Cette situation a longtemps satisfait le parti communiste qui a préféré ne pas faire du yuan une monnaie librement convertible afin de contrôler son taux de change et devenir l’atelier du monde. Mais maintenant que Pékin a tous les attributs d’une grande puissance (technologie, industrie, armée), son ambition est désormais de faire du yuan une monnaie de réserve internationale.

Part du dollar dans les réserves de change des banques Centrales :

  • 1985 : 55.3 %
  • 1888 : 54.5 %
  • 1991 : 50.7 %
  • 1994 : 57.1 %
  • 1998 : 69.3 %
  • 2001 : 71.5 %
  • 2004 : 65.8 %
  • 2007 : 63.9 %
  • 2010 : 62.1 %
  • 2013 : 61.2 %
  • 2016 : 65.3 %
  • 2019 : 60.9 %
Réserves de change internationales coffer FMI
Réserves de change internationales / Source FMI

Ces chiffres signifient que plus de 60 % de l’épargne mondiale finance la dette américaine, ce qui permet de laisser courir un déficit commercial sans que le taux de change du dollar ne s’écroule. Pratique…

Pourquoi la composition des réserves de change pourrait rapidement évoluer ?

Le papier avance que les liens financiers sont un driver clef de la composition des réserves de change ? Par conséquent, le dollar restera la principale monnaie gardée en réserve par les banques centrales tant que les États-Unis domineront la finance et le commerce mondial. Mais les auteurs préviennent :

« Cependant, tout comme le mouvement imperceptible des glaciers peut parfois basculer brusquement, la composition des réserves de change pourrait subir une transformation soudaine, inattendue et accélérée. »

Composition des réserves de change des banques centrales : les glaciers de la finance mondiale, 16 décembre, Blog FMI

Parmi les bouleversements ayant le potentiel de réduire la part du dollar, le papier met en avant la finance internationale en citant en exemple les levées de dette de la Commission Européenne. Pour les auteurs, cette dette, libellée en euros, montre qu’il y a une demande pour des substituts à la dette libellée en dollar.

« Les pays émergents et en développement pourraient également émettre davantage de dettes libellées dans les monnaies des pays créanciers comme la Chine afin d’assouvir leurs besoins de financement. La dénomination monétaire de la dette publique est un déterminant très important pour la composition des réserves de change des pays émergents et en développement. »

Composition des réserves de change des banques centrales : les glaciers de la finance mondiale, 16 décembre, Blog FMI

À ce titre, notons que le stock de dette chinois détenu par des étrangers a augmenté pour le 25ᵉ mois consécutif. Il a plus que doublé entre 2018 et 2019 et atteint désormais plus de 1000 milliards de yuans en tout. Autre développement saillant : en 2019, la Chine a échangé 200 000 milliards de yuans avec le reste du monde. Soit une hausse de 24 % par rapport à 2018. La Chine part de loin mais les choses se décantent très vite…

Commerce international en Yuan
Échanges en yuans avec l’étranger / Source : banque centrale chinoise

Les changements de liens commerciaux ainsi que les pratiques de facturation peuvent aussi faire évoluer les réserves de change. La “guerre commerciale sino-américaine et la pandémie” ont notamment montré que “la chaîne d’approvisionnement mondiale est fragile“, ce qui pourrait déboucher sur une “relocalisation des productions ainsi qu’une réduction de la demande pour des réserves de change”.

Les alliances militaires et l’émergence de nouveaux traités commerciaux sont aussi soulignés. Le tout récent traité Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) signé par 15 pays asiatiques est notamment mis en avant.

Enfin, le papier cite aussi l’arrivée de nouvelles monnaies telles que DIEM de Facebook (que le papier déclare faussement être une blockchain…). Ces dernières pousseraient les banques centrales à accélérer leurs travaux sur la monnaie digitale (CBDC) et les systèmes de paiement internationaux.

« La Banque centrale européenne et la Banque populaire de Chine, entre autres, étudient la possibilité d’émettre des monnaies digitales, ce qui pourrait accroître la demande pour leurs monnaies. »

Composition des réserves de change des banques centrales : les glaciers de la finance mondiale, 16 décembre, Blog FMI

Bitcoin, la monnaie de la paix internationale

Dans l’ensemble, le papier note que les réserves de change sont figées mais que nous pourrions avoir des surprises à l’avenir en raison des évolutions économiques, géopolitiques, financières et technologiques.

Allons plus loin en précisant que ce sont surtout les projets d’infrastructure titanesques le long des nouvelles routes de la soie, financés par les pays concernés via des emprunts en yuan, qui vont chambouler les réserves de change des banques centrales.

Néanmoins, le gros du commerce mondial restera toujours lié à l’énergie. Et notamment au pétrole. L’or noir reste jalousement libellé en dollar. Les Saoudiens refusent le yuan mais il est écrit que la Chine finira par acheter le pétrole perse en yuan.

Washington empêche pour le moment cette jonction de se faire en maintenant l’Iran sous embargo grâce au réseau SWIFT qui noyaute toutes les transactions bancaires internationales. Mais qu’à cela ne tienne puisque la Chine a lancé son propre système de paiement international, le CIPS. En 2019, 33 900 milliards de yuans ont transité via ce nouveau réseau. Cela représente environ 15 % des 200 000 milliards de yuans échangés via le réseau SWIFT.

Emblème de cette irrésistible internationalisation du yuan : plus de la moitié des échanges entre Shanghai et le reste du monde se font désormais en yuan :

utilisation du yuan pour les transactions internationales
Part des échanges réalisés en yuan entre ces métropoles et l’étranger en 2019

La question est désormais de savoir si les États-Unis accepteront de voir le yuan remplacer le dollar sans coup férir ? Si les Américains refusent, il faut s’attendre à la guerre en Iran. Ou bien un blocus maritime à la sortie du détroit d’Ormuz. Ni plus, ni moins…

L’autre scénario plus pacifique serait que les nations utilisent enfin une monnaie de réserve internationale apatride. C’est-à-dire qui ne profite à aucun pays en particulier. L’or a longtemps rempli cette fonction avant que les États-Unis n’imposent leur billet vert par la force.

Et alors que les puissances militaires tendent à s’équilibrer (la Chine met à l’eau l’équivalent de la marine Française tous les quatre ans), le bitcoin apparaît de plus en plus comme la monnaie universelle. Une monnaie apatride, permissionless, anti-inflationniste, permettant d’éviter cette confrontation mortelle pour l’hégémonie monétaire. D’ailleurs, l’Iran a jouté le Bitcoin aux réserves de change de sa banque centrale…

Monnaie de réserve internationale bitcoin
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( Rédacteur )

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.
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