Explosion de la Zone Euro, quel Impact pour le Bitcoin (BTC) ?

dim 01 Nov 2020 ▪ 14h00 ▪ 10 min de lecture - par Nicolas Teterel

Est-ce que l’euro est une monnaie solide ? Sera-t-il encore là dans 5 ou 10 ans ? Cette question intéresse bien entendu les bitcoiners et nul besoin d’aller très loin pour trouver un début de réponse. Il se trouve que la Banque Centrale Européenne (BCE) publie régulièrement ce que l’on appelle dans le jargon les comptes TARGET II qui permettent d’observer d’un rapide coup d’œil ce que les États se doivent entre eux. L’ardoise commence à se faire très lourde, mettant en péril le futur de la monnaie unique.

TARGET II (Trans-European Automated Real-time Gross Settlement Express Transfer System)

Une réalité toute simple se cache derrière ce nom barbare. Il s’agit de l’ardoise que les pays de la zone euro ont les un envers les autres. TARGET II fonctionne de manière très simple. Exemple :

Une entreprise allemande, mettons Mercedes, vend des voitures à un concessionnaire Italien. Ce dernier va donc payer Mercedes via un transfert bancaire. Un transfert bancaire qui voyagera depuis la Banque Centrale italienne vers la Banque Centrale allemande au travers du système TARGET II. Dit autrement, les banques italiennes et allemandes ne se font pas des transferts d’argent directement entre elles. Les paiements passent par leurs Banques Centrales.

La même opération aurait lieu en sens inverse dans le cas d’un touriste allemand passant ses vacances en Italie. Mais le fait est – pour caricaturer – que les Italiens dépensent plus d’argent en Mercedes que les Allemands en pizzas génoises. Il en découle donc un déficit commercial entre l’Allemagne et l’Italie. Un déficit qui s’observe de manière très pratique au niveau des comptes TARGET II.

Bamance commerciale

Pour aller un peu plus loin dans l’analyse, il faut dire que l’Italie affiche un déficit budgétaire chronique précisément à cause de l’euro. Ce dernier est trop fort pour la botte qui a du mal à maintenir ses parts de marché à l’exportation. Tout le contraire de l’Allemagne pour qui la monnaie unique sous-évaluée facilite ses exportations.

L’euro est trop fort pour l’Italie car elle ne vend pas des produits haut de gamme comme l’Allemagne. En vendant surtout des produits que d’autres pays peuvent aussi fabriquer, contrairement aux Mercedes, l’Italie s’expose à la concurrence mondiale tout en étant plombée par un euro fort qui rend ses produits non compétitifs à l’étranger.

L’absence de taux de change entre l’Italie et l’Allemagne fait que le déséquilibre persiste. Et d’autant plus facilement que la BCE accepte que les banques italiennes lui empruntent toujours plus d’argent en dépit du fait qu’elles détiennent des centaines de milliards de créances douteuses dans leurs bilans.

Si l’Italie avait gardé la lire, cette dernière se déprécierait face à l’euro/mark allemand. Ce mécanisme d’ajustement automatique permettrait de résorber le déficit commercial car les produits Italiens deviendraient progressivement très attractifs à l’étranger.

Bref, pour en revenir à notre exemple, la Banque Centrale italienne, à cause de l’euro, voit son ardoise s’alourdir sur les comptes TARGET II.

Un Déséquilibre de 1000 milliards

Voici l’ardoise européenne :

TARGET II

Le reste de l’ensemble de la zone euro doit environ 1150 milliards à l’Allemagne. Soit une hausse de plus de 25 % entre janvier et août. La crise du Covid a aggravé les choses puisque les touristes allemands ont préféré éviter leurs vacances sur les côtes italienne et espagnole.

Les plus grands débiteurs de Berlin sont de loin Rome et Madrid. Ensemble, les sudistes affichent une ardoise de 1300 milliards vis-à-vis du reste de la zone euro. Une hausse de près de 300 milliards en 6 mois. Comparé au PIB, c’est la Grèce qui voit son déficit se creuser le plus rapidement (+45 Mds).

Les comptes TARGET II reflètent l’ampleur des déséquilibres garantis par la BCE. Ils sont d’ailleurs l’une des raisons qui expliquent pourquoi la Deutsche Bank, première banque européenne, ne vaut plus rien en bourse… Comme dit le proverbe : si vous devez beaucoup d’argent à la banque, ce n’est pas vous mais la banque qui a un problème !

C’est un peu comme si les banques commerciales allemandes prêtaient de l’argent aux banques italiennes et espagnoles pour qu’elles puissent continuer à faire rouler leurs dettes. Nous pourrions même pousser le raisonnement un peu plus loin en disant que les épargnants allemands prêtent à des taux très bas aux consommateurs italiens pour qu’ils achètent des produits allemands…

A vrai dire, les banques italiennes n’empruntent pas directement aux banques allemandes. Tout cela se joue au niveau des comptes TARGET II. Mais il ne s’agit que d’un écran de fumée car TARGET II reproduit en réalité très fidèlement les déficits commerciaux au sein de la Zone Euro.

Étant donné que chaque pays a besoin d’une quantité relativement stable de monnaie de banque centrale pour huiler les échanges économiques intérieurs, les sorties de capitaux (balance commerciale déficitaire) réduisant le stock de monnaie dans le pays doivent être compensés par l’émission continue de nouvelles dettes. C’est-à-dire la création de nouvelle monnaie de banque centrale. Sauf en Allemagne où les banques commerciales reçoivent beaucoup d’argent en raison de la balance commerciale très excédentaire du pays. Elles ont donc moins besoin de se refinancer auprès de la BCE.

Mais à force de faire rouler leurs dettes, les entreprises italiennes deviennent chaque jour un peu plus insolvables. Pour le dire autrement, les chances augmentent pour qu’elles fassent faillite et ne remboursent jamais leurs dettes.

Salvini, premier ministre italien, basta euro
Salvini, ancien premier ministre Italien

Mutualisation du Risque via la BCE

La BCE, ou « l’Eurosystème », garantit ces déséquilibres tel un payeur en dernier ressort. Cela est lié au fait que les banques commerciales se financent auprès d’elle.

En effet, lorsque les banques commerciales ont besoin d’argent, il ne leur suffit pas d’en demander gentiment à la BCE. Il leur faut apporter un actif financier en collatéral permettant à la BCE de se protéger contre une éventuelle faillite. Il peut s’agir d’un titre de dette de l’État Italien ou d’une multinationale où de produits titrisés…

Mais encore faut-il que ces actifs soit acceptés par la BCE. Aucun problème si l’actif apporté en collatéral est du Bund allemand noté AAA. Mais ce ne sera pas la même affaire s’il s’agit d’un titre de dette de l’État Grec (B+)…

Cela étant dit, la BCE a récemment fortement abaissé le niveau minimum de la note des actifs financiers qu’elle accepte en collatéral (BB-). Une précaution protégeant les pays des dégradations des agences de notation américaines et garantissant que certains pays comme l’Italie puissent continuer à emprunter malgré des collatéraux de plus en plus douteux.

C’est un fait, les banques italiennes sont criblées de centaines de milliards de créances douteuses. C’est-à-dire des prêts n’étant plus ou partiellement remboursés. Ils représentaient 17.1 % du total en septembre 2015. Ce ratio est tombé à 7 % en mars de cette année mais gageons que la crise du Covid a de nouveau dégradé la situation.

Tout cela pour dire qu’une bonne partie des actifs financiers apportés en collatéral auprès de la BCE risquent de ne plus rien valoir. Alors que se passera-t-il en cas d’explosion de la Zone Euro ?

Se posera alors la question de l’ardoise des pays qui empruntent trop auprès de la BCE. L’Allemagne, en partageant la même monnaie que les pays du Sud, est devenu leur créancier. La crise de la Zone Euro est en réalité une crise des balances commerciales. Elle est similaire à la crise de Bretton Woods qui a débouché sur la fin du Gold Standard.

Toute la question est de savoir combien de temps les Allemands accepteront de financer la sécurité sociale des Italiens, Grecs et Espagnols…

Le Dilemme Cornélien

Le dilemme est très simple. Ou bien l’Allemagne accepte de prêter toujours plus d’argent (via la BCE) aux pays ne parvenant pas à équilibrer leur balance commerciale. En sachant que l’euro fort garantit que les choses ne s’arrangeront jamais.

Ou bien l’Allemagne arrête les frais en revenant au mark. En sachant que le nouveau taux de change rendra impossible pour les Italiens et Espagnols l’achat de Mercedes et que l’industrie allemande s’en trouvera plombée.

Chaque jour qui passe rend l’expérience de la monnaie unique plus problématique avec un chômage de masse exaspérant promettant à terme d’autres « Brexit ». Or un éclatement de la Zone Euro signifierait la disparition de la seconde monnaie de réserve internationale. En effet, l’euro représente 20 % des réserves de change des Banques Centrales du monde entier contre 60 % pour le dollar.

Ce scénario, qui semble inéluctable à moins d’instaurer un revenu universel, serait extrêmement positif pour le Bitcoin qui renforcerait alors sa position de monnaie de réserve internationale apatride. La Banque Centrale d’Iran vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle utilisera désormais le Bitcoin pour régler ses importations

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Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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