L’Iran va commercer en bitcoins (BTC) avec la Russie, l’Inde et la Chine

jeu 13 Jan 2022 ▪ 20h00 ▪ 6 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le Financial Tribune rapporte que l’Iran est sur le point d’autoriser le paiement des importations en bitcoins pour contourner l’embargo américain. Le gouvernement et la banque centrale ont donné leur feu vert après s’y être déjà montrés favorable au printemps dernier.

A l’origine du mal

La querelle entre Washington et Téhéran ne date pas d’hier. La rupture diplomatique date de 1953, suite au coup d’État fomenté par la CIA et le MI6 contre le gouvernement de Mohammad Mossadegh. Le pantin installé par Washington et Londre sera renversé par la révolution islamique de 1979. S’ensuivra la très médiatisée prise d’otage de l’ambassade américaine de Téhéran.

L’empire prendra sa revanche cinq ans plus tard en poussant Sadam Hussein à la guerre avec son voisin iranien. Après la victoire de l’Iran, les États-Unis décréteront des embargos à répétition qui culmineront en 2012 avec une déconnexion du réseau SWIFT. Les exportations de pétrole furent divisées par deux du jour au lendemain.

Le pays sera reconnecté au système financier international peu avant que Barak Obama quitte le pouvoir. Une décision qui sera annulée par le président Trump. Après quelques protestations, l’Inde finira par cesser d’importer le pétrole iranien, contrairement à la Chine qui, à ce jour, brave encore l’embargo sur le naphte perse.

D’où la guerre commerciale qui a éclaté entre la Chine et les États-Unis dans la foulée. La raison étant qu’il s’agit d’une attaque frontale contre le pétrodollar. En effet, l’Iran refuse de vendre son pétrole en dollar, ce qui a le don d’enrager les Américains dont le niveau de vie dépend directement de leur hégémonie monétaire.

L’empire du milieu a même prévu d’investir plusieurs centaines de milliards de dollars dans les infrastructures (ports en eau profonde, raffineries, etc) qui permettront à l’Iran de redevenir un exportateur majeur de pétrole. Le pays de Cyrus le Grand possède la deuxième plus grande réserve de pétrole au monde après celle de l’Arabie Saoudite. Ce à quoi nous pouvons ajouter le plus grand gisement gazier du monde (partagé avec le Qatar).

D’après l’agence de presse iranienne IRNA, depuis 2018, l’embargo américain a privé l’Iran de 100 milliards de dollars en revenus pétroliers. Soit 1,8 milliard de barils de pétrole qui auraient pu être exportés. Le ministre du Pétrole Bijan Namdar Zanganeh compte bien changer la donne en portant bientôt sa production de 2,3 à 6,5 millions de barils par jour. Est-ce la naissance du pétrobitcoin ?…

Bitcoin vs SWIFT

Le réseau SWIFT noyaute toutes les transactions financière internationales. Il est contrôlé par les États-Unis et l’Europe qui s’arrogent le droit de s’en servir pour décréter des embargos. Cette arme financière de destruction massive permettant d’empêcher n’importe quel pays de commercer avec le reste du monde.

Être déconnecté du réseau SWIFT est synonyme d’inflation massive, car rares sont les pays ayant la chance de posséder toutes les ressources nécessaires. Heureusement pour elle, l’Iran regorge d’énergie fossile, ce qui est déjà pas mal.

Soit dit en passant, les États-Unis menacent désormais de déconnecter la Russie du réseau SWIFT. Notre article le plus lu du mois de décembre traite justement de ce scénario.

Le bitcoin est un formidable outil d’émancipation pour les pays écrasés sous la botte de l’oncle Sam. Le fait qu’il soit « permissionless » est d’ailleurs l’une de ses facettes les plus importantes. Peut-être plus encore que sa masse monétaire finie de 21 millions d’unités.

À ce propos, la Turquie ferait bien de s’inspirer de son voisin si elle veut endiguer les fuites de capitaux qui aggravent son taux de change et l’inflation. Retrouvez ICI notre article défendant cette thèse. Venons-en maintenant au but :

Cité par le Financial Tribune, le chef de l’Organisation chargée de promouvoir le commerce d’Iran Alireza Peyman Pak a annoncé vendredi 07 janvier que les entreprises pourront bientôt commercer avec le reste du monde en bitcoin :

« Nous sommes en train de finaliser un mécanisme qui permettra aux importateurs et exportateurs d’utiliser des cryptomonnaies dans leurs transactions internationales. »

Dit autrement, la banque centrale iranienne va se servir des bitcoins minés sur son territoire pour commercer avec les entreprises étrangères qui le souhaiteront.

M. Pak a précisé qu’il pourrait y a voir « des restrictions sur certains marchés cibles, en particulier dans des pays comme l’Irak, l’Afghanistan ou le Pakistan, mais pas sur nos principaux marchés comme la Russie, la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud-Est, où l’utilisation des crypto-monnaies est courante… ».

Douze millions d’Iraniens possèdent déjà du BTC où d’autres cryptomonnaies. Soit 14 % de la population. Il est par ailleurs estimé que l’équivalent de 180 millions de dollars sont échangés chaque jour sur les exchanges de BTC iraniens. Le Think Tank Iranian Presidential Center for Strategic Studies, très proche du pouvoir, incite même à viser 11 % du hashrate global, contre 3-4 % actuellement…

A
A
Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

Cours & Indices

BITCOIN (BTCUSD) 41 620,94 $ -1.5%
ETHEREUM (ETHUSD) Ξ 3 117,23 $ -2.93%
DEFI (DEFIPERP) 8 841,50 $ -2.49%
MARKETS (ACWI) 102,96 $ -1.45%
GOLD (XAUUSD) 1 819,94 $ 0.06%
TECH (NDX) 15 325,46 $ -1.83%
CURRENCIES (EURUSD) 1,13 $ -0.52%
CURRENCIES (EURGBP) 0,835250 £ -0.01%
CRUDEOIL (USOIL) 85,03 $ 0.89%
IMM. US (REIT) 2 773,03 $ -0.97%
Le pourcentage exprime l’évolution depuis 24h Acheter des cryptos sans risques
Newsletter

Recevez le meilleur de l’actualité Crypto dans votre boite email