Jack Ma a-t-il été Kidnappé par la Mafia Bancaire ?

jeu 07 Jan 2021 ▪ 14h22 ▪ 13 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le milliardaire chinois le plus connu au monde, fondateur d’Alibaba et d’Ant Group (Alipay) a disparu. Jack Ma n’a plus été vu en public depuis un discours hautement politique donné le 24 octobre à l’occasion du 2020 Bund Summit. Il y avait défié l’ancien monde de la Finance en martelant que le futur appartient aux monnaies digitales créées par la Big Tech. Depuis, plus de nouvelles…

Du Gold Standard à la monnaie digitale

Le discours tout entier fut une attaque en règle contre le système bancaire. Le fondateur d’Alipay – un système de paiement digital – s’est fait le porte-parole de la FinTech en appelant en quelque sorte à ce que la Big Tech puisse créer de l’argent comme le font les banques…

« Après la seconde guerre mondiale, le monde avait besoin de renouer avec la prospérité économique. Les accords de Bretton Woods ont été un énorme catalyseur pour l’économie globale. Plus tard, après la crise financière asiatique, les règles de Bâle mirent l’accent sur le contrôle du risque bancaire. Mais ce standard mondial est devenu un carcan. Les règles de Bâle ont fortement limité la capacité de l’Europe à innover, notamment dans la FinTech. Bâle (la banque des règlements internationaux) est un club de vieillards cherchant des solutions aux problèmes d’un système financier décrépit. »

Jack Ma, 24 octobre, Bund summit

Cette dernière phrase qui est probablement le nœud gordien de l’histoire… Très clairement, Jack Ma s’attaque à la banque des règlements internationaux (BRI). La banque des banques centrales, basée à Bâle, en Suisse, est le conclave des gouverneurs des grandes banques centrales du monde entier. C’est elle qui décide de l’effet de levier des banques. Les fameuses « règles de Bâle » qui ne sont pas grand-chose d’autre que le ratio entre les fonds propres des banques et les prêts qu’elles ont octroyés à l’économie. Dit autrement, ces banquiers ne se réunissent pas pour décider de la couleur des carnets de chèques mais du degré de dangerosité du système !

« Internet Powered Finance »

Le milliardaire (58 milliards $) s’est donc montré très acerbe envers la vieille garde bancaire qui refuse de se faire avaler sans coup férir. C’est ce qui était ressorti de l’interview de Augustin Carstens, le Chairman de la BRI, lors du Festival de la FinTech à Singapour il y a moins de trois semaines : « n’essayez pas de marcher sur nos plates-bandes ».

Nous écrivions dans un précédent article (à ne pas manquer) à propos de cette interview :

« Le Chairman de la BIS s’est même senti obligé de concéder que “les banques centrales et leurs monnaies bénéficient de la participation de l’État dans le processus”. Quel aveu de faiblesse pour ces banques qui se targuent d’être « INDÉPENDANTES ». Croustillant. »

« Mieux encore, le banquier s’est emballé en déclarant que la monnaie fiat était adossée à deux piliers que sont l’or et le « soutien fiscal » des États. Là encore, le banquier se réfugie craintivement dans les jupons de la puissance publique… »

Thecointribune

Oui, banques et États sont deux entités mêlées et les vieux usuriers feront tout pour que leurs complices politiques empêchent la Big Tech de les remplacer. Et cela va apparemment jusqu’au kidnapping,…

Que veut Jack Ma ?

Le patron d’Alibaba n’est pas exactement un sauveur face à la mafia bancaire. La FinTech revient à tomber de charybde en scylla via la fusion de la finance avec la Big data. Pour Jack, « le système de crédit doit être basé sur la Big data pour en faire un bien commun ». Selon lui, « il faut arrêter avec cette mentalité du prêteur sur gage » et créer un « système de crédit basé sur la Big Data ».

C’est en essence ce que propose le FMI qui a publié un article sur son blog faisant l’apologie d’un système de « credit scoring ». Dit autrement, un système analysant les données personnelles (big data) et qui juge si quelqu’un est digne de recevoir un prêt.

Voici deux passages du Blog du FMI que nous avions commenté dans un précédent article :

« Les banques traditionnelles sont confrontées à la concurrence de start-ups/banques en ligne. Le COVID-19 a accéléré la demande pour des services numériques, incitant les réseaux sociaux à se lancer dans les paiements et l’activité de crédit. »

« L’innovation la plus transformatrice de la FinTech est l’utilisation accrue de nouveaux types de données provenant de l’empreinte numérique des diverses activités en ligne des clients – principalement pour l’analyse de la solvabilité. »

What is Really New in Fintech, Blog FMI, 17 décembre 2020

Nous avions alors écrit que « ce « Credit Scoring » n’est pas sans rappeler le « Crédit social » chinois… Le papier fait une distinction entre « hard information » (salaire, temps passé sans emploi, actifs, dettes) – qui ont toujours été utilisées par les banques pour juger de notre solvabilité – et d’autres données plus privées comme notre historique de recherche Google, notre type de navigateur internet ou encore notre historique d’achats en ligne« .

Amalgame avec le Bitcoin

Jack Ma a parfois utilisé dans son discours le terme « cryptomonnaie » et d’autres fois « monnaie digitale », essayant de faire l’amalgame avec le Bitcoin (BTC). « Big data, cloud computing, Blockchain, tout est prêt pour bâtir un nouveau système financier » a-t-il déclaré.

Pourtant, s’il y a bien une chose qui ne va pas de pair avec la surveillance de masse, c’est la cryptomonnaie Cypherpunk Bitcoin ! Laisser une IA espionner notre activité sur internet pour trier ceux pouvant emprunter ou non est orwellien. C’est une boîte de pandore qui se terminera par une apartheid 2.0. Ceux qui auront une autre philosophie que celle du parti se verront interdire toute ascension sociale…

Voyez le gouvernement Macron qui vient de créer un fichier dans lequel pourra figurer les choses suivantes :

  • Juif
  • Militant écologiste
  • Malade du cancer
  • Actif sur twitter
  • Locataire
  • Refuse le vaccin Covid
  • Syndiqué CGT
  • Cercle d’amis et familial

L’histoire nous apprend que le fichage se termine généralement mal…

Lois scénérates

Mais tout cela n’est rien par rapport aux données collectées par les GAFAM Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft. Sans oublier leurs équivalents chinois BAXT (Baidu, Alibaba, Xiaomi, Tencent). Ils rêvent tous d’un « Great Reset » et ont besoin pour cela de convaincre la société du bien fondé d’un fichier individuel permettant d’instaurer un crédit social.

Fan Ruoying (范若滢), un chercheur de l’Institut de recherche de la Banque centrale chinoise, a déclaré que le perfectionnement du système de crédit social en Chine continuerait à nécessiter d’énormes efforts, et notamment :

  • La création d’un fichier regroupant les informations des autorités fiscales, judiciaires et financières, en élargissant la couverture du système de crédit social
  • L’ajout de la Big Data au système de crédit social (intégrer les données collectées par les BAXT)
  • Encourager les entreprises à communiquer activement les informations pertinentes pour établir la solvabilité des gens

L’offensive de Ma fut probablement une manière de signifier au parti communiste qu’il ne bradera pas ses datas sans contrepartie. Cette contrepartie étant de laisser Big Tech créer de l’argent à l’instar des banques. Ni plus, ni moins.

C’est déjà le cas à vrai dire. La MYbank de Ma existe depuis quatre ans et a prêté plus de 2 000 milliards de yuans (290 milliards de dollars) à près de 20 millions de petites entreprises grâce à un système de gestion des risques qui analyse plus de 3 000 variables. Les emprunteurs font leur demande en quelques clics sur un smartphone et reçoivent de l’argent liquide presque instantanément s’ils sont approuvés. L’ensemble du processus prend trois minutes et n’implique aucun banquier humain.

Le taux de défaillance (non remboursement des prêts) de MYbank est d’environ 1 % (c’est ce qu’ils disent…). Guo Wengui, un milliardaire chinois exilé aux États-Unis, affirmait en 2019 que 45 % des prêts en Chine ne sont plus, ou en partie, remboursés…

Mais Jack voudrait pouvoir s’affranchir des règles de Bâle pour pouvoir prêter plus… Sans compter que le taux de rémunération des dépôts d’Ant Group, supérieurs à 4 %, ont aspiré des quantité phénoménales d’argent depuis les banques étatiques qui rémunèrent l’épargne plutôt autour de 3.85 %. Et cela dérange fortement la vieille oligarchie bancaire chinoise qui est très intriquée dans le parti communiste chinois (PCC)…

Trump vs Jack Ma

Et alors que Macron (qui a préfacé l’avant-dernier livre de Herr Klaus Schwab) prépare le terrain en commençant à ficher la population (que fait la CNIL?), Donald Trump a pris le chemin inverse.

Le président américain a signé mardi un décret visant à interdire toute transaction avec 7 applications chinoises. Une décision prise au nom de la sécurité nationale et de la souveraineté numérique. Elle est d’autant plus logique que Pékin se protège derrière un « Great Firewall » lui permettant d’interdire Google, Facebook, Twitter…

Les applications visées sont notamment :

  • WeChat Pay (Tencent), un système de paiement par QR code que même les mendiants utilisent pour faire la manche (1.2 milliards d’utilisateurs actifs)
  • Alipay (Alibaba), qui est la plus grande plateforme de paiement au monde et permet aussi de faire des paiements via des QR codes dans 80 millions de magasins. Avec 700 millions d’utilisateurs chaque mois, Alipay brasse 5 fois plus d’argent que Paypal
  • QQ (Tencent), qui est le « MSN » chinois. L’ancêtre de Wechat revendique tout de même plus de 760 millions d’utilisateurs et sert également de plateforme de paiement.
BAXT

Il s’agit dans l’ensemble d’aspirateurs à datas utilisées pour entraîner des « intelligences artificielles » qui seront incontournables pour créer un « crédit social » omnipotent.

L’ambition de Jack Ma est/était de faire disparaître le cash, modifier le concept de monnaie, mettre la main sur le système financier chinois et probablement dicter à Xi Jinping ce à quoi devrait ressembler le Crédit Social.

« Les monnaies digitales pourraient redéfinir le concept de monnaie. Si les principales fonctions de la monnaie peuvent être conservées, les monnaies digitales vont certainement redéfinir la monnaie de la même manière que l’Iphone a redéfini les téléphones portables. A tel point que passer un appel n’est plus la fonction principale des téléphones. »

Jack Ma, 24 octobre 2020, Bund summit

Peut-être que Jack Ma parle ici de ce dont nous nous faisions l’écho il y a peu. A savoir le fait de créer de l’argent ayant une date d’expiration, entre autres joyeusetés. Ce qui ne serait possible que si le cash disparaît.

Pour résumer, nous assistons à un combat de titans entre banque/gouvernements d’un côté, et la Big Tech de l’autre. Le premier refuse à l’autre le droit de créer de l’argent. Et le deuxième refuse de donner ses datas et son IA. Mais tous sont probablement d’accord pour faire disparaître le cash, condition sine qua non à l’instauration d’un crédit social.

La lutte de pouvoir entre Big Tech Brother et la banque pourrait durer un certain temps. Inutile cependant d’attendre passivement un éventuel dénouement liberticide. Dans ce futur dystopique qui se dessine, le Bitcoin sera LA monnaie libre, anti-inflationniste et permissionless par excellence.

JAck Ma Bill Gates
A
A
Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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