La formation blockchain au sein de l'OCDE : interview de Christophe Debonneuil

mar 28 Sep 2021 ▪ 13h00 ▪ 7 min de lecture - par Jordan Tarlet

La blockchain est une technologie complexe à appréhender à première vue. Cependant, sa démocratisation tend naturellement à créer une vague d’intérêt chez professionnels et particuliers. Aujourd’hui, avec Christophe Debonneuil, nous revenons sur les enjeux de la formation en blockchain. 

O que é a OCDE e por que o Brasil quer fazer parte dela ...

Peux-tu te présenter et introduire tes activités à nos lecteurs ? 

Je travaille avec l’OCDE sur plusieurs missions en rapport avec l’écosystème blockchain et cryptomonnaies. Je propose des formations d’introduction à la blockchain, soit généralistes soit sur des domaines plus spécifiques en lien avec le domaine de travail de la division à laquelle je m’adresse (agriculture, éducation, énergie, logistique…). L’OCDE manifeste un réel intérêt pour les technologies de registres distribués et les analystes veulent comprendre ce que la blockchain va changer dans leurs domaines d’étude. Habituellement, cela se traduit par des groupes d’une quinzaine de personnes à qui je fournis les fondamentaux de la blockchain mais la véritable demande porte sur les améliorations concrètes que peut apporter la blockchain sur un cas d’usage. J’ai également collaboré avec l’UNESCO sur la mise en place d’une journée dédiée à ces technologies, les pays ayant besoin d’en comprendre les enjeux. Globalement, les acteurs institutionnels ne comprennent pas toujours cette industrie et sont preneurs d’éclaircissements. Je donne également des cours à l’ESSEC depuis 2018. Les étudiants sont très intéressés car c’est un sujet en prise avec leur génération et que les évolutions de la technologie sont rapides et constantes.

Selon toi, quels sont les rapports des institutions vis-à-vis de la formation sur les sujets blockchain / crypto ? 

L’OCDE comme beaucoup  d’organisations du même type sont organisées en silos. Cependant, la blockchain est une technologie transversale qui doit être abordée sous son angle pluri-disciplinaire. Aujourd’hui, à l’OCDE, le Centre Blockchain est hébergé au sein de la division financière, mais rayonne sur l’ensemble des divisions de l’institution. Un Forum Blockchain OCDE a été mis en place depuis 2018, qui est un événement annuel où viennent échanger pays, grandes entreprises et start-ups. Le Forum Blockchain a créé une véritable résonance sur les 38 pays membres qui suivent de manière attentive cet état des lieux comme un outil d’aide à la décision pour conduire leur politique publique. Côté formation, jusqu’en 2017, il ne se passait pas grand-chose même si on a pu voir apparaître en Chine dès 2016 les premières formations universitaires sur le sujet. C’est en effet la Chine qui a donné l’impulsion à la formation. Mais selon moi, c’est en mai 2018, que la formation sur la blockchain s’est véritablement structurée. En effet, les entreprises commençaient à être demandeuses. Plus tard, l’année 2019 a marqué une période de proof-of-concept et 2020 a été l’année de l’émergence de nombreux cas d’usages mis en production. Les écoles de commerce se sont progressivement intéressées à ces thématiques. Par exemple, en 2018, à l’X, HEC et l’ESSEC, on a vu apparaître des formations avec des volumes horaires importants dédiées à ces sujets nouveaux. Il est intéressant de relever qu’en 2019, l’arrivée de Libra a incité beaucoup de pays à s’intéresser aux monnaies digitales de banques centrales (en anglais, les CBDC) qui d’ailleurs ne sont pas exclusivement basées sur des registres distribués. Enfin en 2020 puis 2021, la DeFi a rendu incontournable aux acteurs financiers traditionnels le sujet et a initié une convergence du monde de la finance centralisée et de celui de la finance décentralisée.

Quel rôle joue selon toi la formation continue pour la compétence en blockchain ? 

La blockchain est une technologie qui évolue à une vitesse fulgurante. Il faut en permanence être à l’affût des innovations et mettre en place un véritable processus de formation continue afin de rester à jour. Il existe dans l’écosystème blockchain une place absolument incontournable de l’auto-apprentissage, les écoles et universités ne proposant en réalité que des premières introductions. En effet, la blockchain est une technologie née d’internet, avec une véritable dimension communautaire. À ce titre, il existe énormément de contenus explicatifs souvent en anglais avec des niveaux d’accessibilité variés. Cet aspect communautaire est au cœur de la formation sur la blockchain. Bonne nouvelle pour les francophones, on voit émerger de plus en plus de contenus de qualité sur le sujet.

Aujourd’hui, quelle est la place de la formation blockchain au sein des entreprises ? 

Il y a encore quelques années, les entreprises étaient véritablement désireuses de comprendre ce qui se cachait derrière le buzzword « blockchain ». Aujourd’hui, les entreprises, après avoir été dans une phase “Proof of Concept” sont rentrées dans une phase où elles exigent que la blockchain créée réellement de la valeur pour leur activité. Des entreprises comme IBM, Consensys et Nomadic Labs proposent des solutions opérationnelles de blockchains pour les entreprises. 

Selon toi, comment véritablement monter en compétences dans l’écosystème blockchain ? 

Les écoles françaises ont maintenant mis en place de vrais cursus de qualité, abordant des sujets comme l’identité décentralisée qui n’ont pas encore eu d’écho concret massif auprès des entreprises. Il faut rendre compte des  différentes applications de la blockchain, et briser l’équation « blockchain = crypto », et créer des modules d’enseignement spécifiques qui abordent l’ensemble des domaines d’applications et pas seulement, même si elles restent centrales, les applications dans la finance. Enfin, je dirais que le véritable enjeu est plus que technique même si la blockchain ne peut se passer de technique. Il est aussi éthique et social. Il faut réussir à transmettre les valeurs et les modes de pensées de l’écosystème parallèlement aux explications techniques, car quelquefois le “mindset classique” n’est pas adapté. La blockchain, c’est une culture et une communauté. Et bonne nouvelle : tout le monde à la possibilité de rejoindre cet écosystème, pour peu que l’on s’en donne les moyens et que l’on ait la motivation. 

La formation sur la blockchain atteint aujourd’hui la maturité avec une offre riche de contenus que ce soit dans les écoles, dans les entreprises ou encore sur Internet. Ces formations ne constituent cependant qu’un accélérateur d’apprentissage qui ne peut remplacer les recherches que chacun fera individuellement via le réseau ou des rencontres en physique. Une fois que l’on a compris les spécificités de cet écosystème, il est possible d’apprendre vite et bien. Et pour ceux qui arrivent maintenant, il n’est pas trop tard pour se lancer, la blockchain n’en est encore qu’à ses débuts. Les 20 ans de Bitcoin ne seront qu’en 2028 !

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Jordan Tarlet

Issu du monde médical, je nourris un vrai intérêt pour les blockchains. Je suis convaincu que ces technologies seront un véritable axe de pivotement dans les années à venir. Je suis également un grand enthousiaste de la DeFi.

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