La blockchain, la solution au pass sanitaire et à la Covid-19 !

sam 20 Mar 2021 ▪ 14h00 ▪ 13 min de lecture - par Karen Jouve

Alors que le sujet est sur toutes les lèvres depuis plusieurs mois, le pass sanitaire n’a pas encore totalement été concrétisé, en raison notamment de freins liés à la protection des données. Dans ce contexte, IBM, le géant technologique a imaginé un pass sanitaire basé sur la blockchain qu’il testera à grande échelle dès cet été dans l’Etat de New York, mais il n’est pas le seul puisque de plus en plus d’initiatives voient le jour à travers le monde et notamment en Europe avec l’Estonie et désormais Air France qui testent une solution dans le cadre des voyages.

Pourquoi la Blockchain pourrait bien être la technologie pour sortir de la crise ? 

Nous sommes allés enquêter Outre-atlantique et en Europe pour tenter de mieux comprendre pourquoi et comment une telle solution basée sur la blockchain pouvait venir révolutionner la sortie de crise et la gestion d’une telle pandémie. Les initiatives de passeport sanitaire se développent à travers le monde et la blockchain s’impose progressivement comme la technologie de sortie de crise grâce à ses caractéristiques intrinsèques de sécurisation, de désintermédiation et de traçabilité de l’ensemble de ses transactions, le tout de façon cryptée et anonymisée.

Alors qu’Air France a lancé le 11 mars dernier l’expérimentation d’une solution de pass sanitaire basée sur la blockchain pour les vols vers l’outre-mer, que l’Estonie a développé un projet européen et qu’IBM déploie son premier pass sanitaire sous la forme d’une application dans l’Etat de New York, pourquoi la blockchain constitue-t-elle sans doute LA technologie pour sortir de la crise sanitaire ? 

Avec l’accélération de la campagne de vaccination, la réouverture progressive en ligne de mire de certains commerces et lieux publics jusqu’alors fermés, l’espoir d’un retour à une vie “normale” s’accroît. Mais cela ne suffirait à priori pas, et c’est désormais la grande majorité des gouvernements à travers le monde qui se plaît à imaginer le saint graal de la sortie de crise tant espérée : le fameux pass sanitaire, qui deviendrait le nouveau garant de votre immunité, sorte de carte d’identité augmentée réfléchie pour nous permettre de voyager, d’aller au restaurant voire même à l’université. 

Si beaucoup commencent à lever le drapeau d’un manque de liberté, la majorité croit en son bienfait. Pour autant, comment le concevoir, comment le sécuriser et être sûr que les données sont fiables ? Là se trouvent tous les questionnements de notre société.

Alors que la Chine, à l’avant-garde habituelle a déjà lancé le sien, la commission européenne doit, elle, présenter une première version de son passeport sanitaire. Si le format reste encore inconnu, il faut l’avouer, peu d’entre nous savent dire à quoi ressemblera ce nouveau document, de plus en plus d’expérimentations se développent à travers le monde notamment en version digitale et avec une technologie qui ne devrait pas vous surprendre : la blockchain.

Seule technologie à même de garantir l’authenticité des informations, leur historique tout en assurant la protection des données personnelles, la blockchain s’érige peu à peu comme la technologie de sortie de crise et se déploie progressivement : ICC AOK Pass lancé par Aifrance, Excelsior Pass lancé par l’Etat de New York et IBM, ou encore la solution déployée en Estonie avec SICPA Europe et l’OMS.

La Blockchain permet aussi de réaliser une chaîne continue d’informations afin de tracer l’ensemble des transactions tout au long de la chaîne d’approvisionnement comme ce peut être le cas pour les vaccins, on vous en parlait dans un précédent article.

De la même manière que votre carte bleue vous permet aujourd’hui de payer partout dans le monde, les solutions proposées doivent aussi être interopérables pour s’adapter à un contexte mondialisé. Enfin, il convient de prendre des normes internationales si l’on souhaite universaliser le pass sanitaire et faciliter sa vérification.

Zoom sur le projet Excelsior Pass développé par IBM et expérimenté à New York 

La blockchain s’impose ainsi progressivement pour sécuriser les pass sanitaires à travers le monde et c’est à New York qu’elle trouve une de ses premières applications officialisées à travers le partenariat conclu avec IBM et son application Excelsior Pass. 

Déjà largement connu pour ses applications IBM Watson dans l’IA ou IBM Food Trust dans la blockchain, le géant de la tech américaine remet le couvert pour développer sa propre solution de pass sanitaire sur une blockchain.

Si la solution semble aussi simple qu’un papier imprimé par un laboratoire, elle démontre toutefois de caractéristiques uniques et particulièrement intéressantes dans le contexte : infalsifiable, non-duplicable et entièrement digitale, la solution basée sur le Digital Health Pass d’IBM prend ainsi l’ensemble de l’offre valeur de la technologie blockchain afin de garantir aux citoyens et organisations étatiques un pass impossible à trafiquer ni à prêter à plusieurs personnes. D’abord testée à petite échelle, l’offre d’IBM sera expérimentée à New-York pour vérifier l’immunité des spectateurs lors d’événements sportifs particulièrement prisés des habitants au Madison Square Garden et au Barclays Center.

Cette nouvelle technologie a été testée avec succès lors de la phase initiale du projet pilote pendant le match des Brooklyn Nets au Barclays Center le 27 février.

Comment fonctionne-t-il ?

La solution hébergée sur l’application Digital Health Pass d’IBM permet à un organisme certifié d’émettre une signature électronique certifiante une vaccination ou un test PCR négatif. 

Comme pour une carte d’embarquement mobile d’une compagnie aérienne, les usagers pourront soit imprimer leur carte, soit la stocker sur leur smartphone en utilisant l’application « Wallet App » d’Excelsior Pass.

L’utilisateur peut ensuite présenter le QR Code affiché sur son application qui permet de présenter son immunité de manière digitale, sécurisée et totalement personnalisée à l’entrée d’un stade par exemple :

Ainsi si on prend l’exemple d’une manifestation sportive, l’agent de sécurité privée agréé peut en un clic vérifier l’identité de la personne et vérifier que la signature électronique a été délivrée par l’organisme de santé et que l’individu est bien apte à entrer.

Les résultats du programme pilote lancé par IBM seront utilisés pour améliorer la qualité de l’application, en maximisant le ROI et en économisant du temps de développement, avant de la soumettre à Apple et Google pour qu’ils approuvent son lancement dans leur catalogue d’applications.

Grâce à la technologie blockchain, les citoyens pourront partager volontairement leur état de santé par le biais d’un wallet numérique crypté sur leur smartphone, sans avoir à partager des informations médicales et personnelles sous-jacentes qui sont par nature confidentielle. La technologie est flexible et conçue pour être mise à l’échelle, ce qui permet à d’autres États de la rejoindre et de favoriser une transition plus sûre et fiable vers une réalité post-pandémique, c’est en tout cas tout l’enjeu d’IBM.

Mais le géant de la tech américaine n’est pas le premier à avoir imaginé ce genre de solutions, et d’autres initiatives à travers le monde voient le jour, notamment en Europe.

Tour d’horizons des initiatives européennes premises grâce à la blockchain dans le cadre de la crise 

En Europe, deux projets se sont lancés : le premier piloté par l’entreprise SICPA spécialisée dans l’authentification, l’OMS et l’Estonie ; et le second, plus récemment, par Air France. Qui a dit que l’Europe était à la traîne en matière d’innovations technologiques ?

Le projet Estonien

D’abord, l’Estonie, connu pour son temps d’avance en matière de nouvelles technologies mais aussi d’e-gouvernement. Dans un projet conçu en consortium avec l’organisation internationale et la société SICPA, cette dernière adapte une application déjà déployée depuis 3 ans au cas bien précis du Covid : de la même manière que l’on certifie un diplôme, il s’agit là de certifier un test PCR ou un vaccin. Tout l’enjeu de SICPA réside donc dans la sécurisation de la transaction permise grâce à la chaîne qui relie l’émetteur (organisme de santé), au receveur (l’usager) et à la donnée (positif ou négatif, vacciné ou non vacciné). Dit comme cela, je vous l’accorde, cela nous paraît simple, mais c’est bien là l’intérêt de recourir à la blockchain.

Actuellement, les codes QR donnent accès à différentes bases de données, selon l’entité qui a réalisé le test ou le vaccin. Là, le QR code contient à la fois les données et leur certification, sans avoir à interroger la base de données. »

Philippe Gillet, Chief Scientific Officer, SICPA

 L’enjeu final étant, que ce soit du côté de la solution développée par IBM ou celle développée par SICPA de rendre le contrôle aux citoyens sur leurs données de santé, vaste débat. En effet, à la différence d’autres solutions qui ne sauraient s’adapter au cadre très restrictif du RGPD, la blockchain permet de ne conserver qu’une signature cryptographique comme preuve que la donnée est authentique et non pas la donnée en tant que telle. Petite révolution me direz-vous ? 

Développée en partenariat avec Open Health, le géant français des données de santé, il suffit donc aux Etats d’inscrire les professionnels de santé qu’il souhaite, à même de pouvoir délivrer une signature cryptographique en tant qu’émetteur certifié et de faire le pont entre le système français et celui de SICPA qui se chargera de délivrer le graal sur l’application des usagers.

Enfin, au-delà même de la sécurité des données et la confidentialité, l’enjeu du développement de telles solutions réside dans leur capacité à être interopérable : imaginez que vous vous fassiez vacciner en Israël ou en Grande-Bretagne, il faudra bien que la certification émise par l’organisme de santé étranger fonctionne en France, et c’est là tout l’intérêt de travailler avec des solutions “ouvertes” afin de fédérer l’ensemble des solutions à travers le monde sans nécessairement chercher une solution globale à l’ensemble des citoyens du globe.

AOK Pass, la solution testée par Air France

Enfin, dernier né de la série, AOK Pass, la solution aujourd’hui testée par Air France pour les voyageurs se rendant en outre-mer.

Le secteur aérien, lui aussi en souffrance comme la restauration, le sport et le monde de la culture, prend les devants et imagine une solution pour sortir de la situation actuelle. Ainsi, Air France, Air Caraïbes et French Bee annonçaient il y a quelques jours l’expérimentation de l’application mobile ICC AOK PASS pour les vols à destination de l’outre-mer.

Cette application, présentée ci-dessous permet d’enregistrer les résultats d’un Test PCR réalisé dans les 72 heures précédent le vol et les scanner via un QR Code :

D’abord un enjeu de fluidification des contrôles mais aussi de lutte contre la fraude, la solution basée sur la blockchain a été développée par une société singapourienne Medair/International SOS et la Chambre de Commerce Internationale (ICC).

Comme nous pouvons le lire sur leur site : 

“AOK Pass vient certifier, authentifier et sécuriser les résultats d’un test de dépistage de la Covid-19 auprès des acteurs du transport aérien et des autorités locales comme sanitaires”.

Débutant le 11 mars, l’expérimentation doit durer 4 semaines et couvrira les vols et passagers allant à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et Fort-de-France (Martinique), sur la base du volontariat avec l’objectif de recueillir un maximum de retours d’expérience avant de généraliser à l’ensemble des vols d’ici la fin mars. Ce dispositif a déjà été déployé dans plusieurs aéroports, et selon BFM TV, 170 aéroports à travers le monde seraient prêts à utiliser la solution. La chaîne d’acteurs concernés dans ce cas d’usage sont à la fois les aéroports, les douanes, et les compagnies aériennes.

Si la Blockchain était déjà une technologie prometteuse dans le domaine de la santé (je vous invite d’ailleurs à suivre de près la tribune de Jordan Tarlet à ce sujet) elle se révèle être la technologie de sortie de crise et ce n’est pas pour nous déplaire ! Affaire à suivre…

Karen Jouve

Passionnée des nouvelles technologies, et de blockchain ! Dénicheuse de news tendances, des dernières évolutions du marché, et des pépites de l'écosystème, je me fais un plaisir de vous faire découvrir cet univers sous toutes ses couleurs.

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