Bitcoin (BTC) : La hausse des taux mettra-t-elle fin à l’inflation ?

lun 10 Jan 2022 ▪ 18h00 ▪ 15 min de lecture - par Yanis A

L’explosion de l’inflation créée par les injections monétaires massives aura finalement poussé la Fed à changer légèrement de cap en 2022. Sa politique sera-t-elle réellement efficace pour éradiquer ce mal persistant ?

Volte-face

La Fed a annoncé le 15 décembre plusieurs mesures pour endiguer l’inflation qui progresse aux États-Unis depuis plusieurs mois. Le plus haut niveau d’inflation depuis 1982 a été atteint en novembre avec un record à 6,8 %. Alors que Jerome Powell parlait d’une inflation transitoire, le banquier central semble avoir tourné casaque.

En effet, l’inflation augmente dans le monde entier en raison de la combinaison d’une politique monétaire excessive et des problèmes de chaîne d’approvisionnement causés par les fermetures. Celle-ci a d’abord concerné les biens non reproductibles et relativement rares avant de s’étendre à d’autres secteurs. Les prix des denrées alimentaires ont atteint de nouveaux records et les plans de relance massifs n’ont pas eu les effets escomptés.

Parmi la salve de mesures annoncées, la Réserve fédérale mettra fin à son programme d’achat d’obligations trois mois plus tôt que prévu et prévoit trois augmentations de taux au lieu d’une seule en 2022. S’ensuivront trois augmentations en 2023 et deux en 2024. Les taux des fonds fédéraux passeraient à 0,9 % en 2022, 1,6 % l’année d’après et 2,1 % en 2024.

Les achats de titres adossés à des prêts hypothécaires, qui soutenaient le marché immobilier américain seront réduits de 10 milliards par mois et les obligations souveraines diminueront de 20 milliards. Il s’agit d’accélérer la fin du programme en mars 2022, plutôt qu’en juin. La Réserve fédérale achètera donc 60 milliards de dollars d’obligations tous les mois, ce qui représente la moitié du niveau précédant l’ajustement de novembre.

Les banques centrales sont devant un dilemme : laisser filer l’inflation et marcher vers la stagflation ou réduire leurs achats, effrayer les marchés et prendre le risque d’une crise des dettes souveraines.

Chroniques d’un appauvrissement

La Fed s’attend à ce que l’inflation de base demeure supérieure à 2,7 % en 2022, à 2 % en 2023 et 2024. Selon ces projections, c’est plus de 14 % d’inflation cumulée. N’oublions pas que l’inflation est un phénomène cumulatif !

US consumer price index YoY

Combien de citoyens américains verront leur salaire augmenter de 14 % sur ces trois années ? Très peu.

Les salaires réels ont baissé et les marges des entreprises se sont creusées. En effet, le salaire horaire moyen américain a augmenté de 4,7 % en 2021, sachant que l’inflation est de 6,8 %.

Après l’inflation, la récession ?

L’emballement inflationniste observé en 2021 n’est pas sans conséquence. On considère généralement qu’une inflation de 10 % sur 12 mois entraîne une chute de la croissance de 0,2 % et de l’investissement de 0,4 % l’année d’après. L’effet sur la croissance et l’investissement de cette politique vont vraisemblablement perdurer encore plusieurs années. There is no free lunch.

Il est donc probable que nous entrions progressivement dans une récession inflationniste, à l’instar des années 70.

Alors que les gouvernements s’attendaient à ce que l’ère post-COVID soit une période florissante, le rebond est bien maigre. Selon Bloomberg Economics, l’économie mondiale connaîtra au cours de la décennie 2020/30 une croissance plus lente que durant la décennie précédente.

Les chiffres de l’emploi américain sont particulièrement médiocres au regard de l’ampleur de la relance. En décembre, la création d’emplois était de 199 000 alors que les experts l’estimaient à 450 000. L’indice de misère, qui additionne le chômage et l’inflation, s’établit à 10,8 %, soit le chiffre le plus élevé de la décennie.

« L’inflation est comme l’alcoolisme. Lorsqu’un homme se livre à une beuverie, le soir même cela lui fait du bien. Ce n’est que le lendemain qu’il se sent mal », disait Milton Friedman.

L’inflation est une politique

L’inflation est une politique délibérée qui conduit à la dilution du pouvoir d’achat de la monnaie. Cette dilution est la conséquence des manipulations de la masse monétaire, ce qui entraîne une augmentation persistante des prix.

Contrairement aux affirmations d’Elisabeth Warren, ce n’est pas la cupidité des entrepreneurs qui est à l’origine de l’inflation, mais uniquement la politique monétaire.

Un bien peut certes voir son prix augmenter en raison d’un événement inopiné et transitoire, mais aucune hausse généralisée ne peut en résulter. Par exemple, si le prix du blé passe de 200 $/t à 20 000 $/t à cause d’un problème climatique, les consommateurs accorderont une part plus importante de leurs revenus à l’achat de blé. Mécaniquement, ils auront moins de revenus pour acheter d’autres marchandises, qui verront alors leur prix baisser. Le niveau général des prix reste stable.

Une hausse de la majorité des prix dans une économie ne peut être causée que par l’augmentation des unités monétaires.

Ce n’est pas un problème de supply chains

Il est devenu courant d’entendre que l’inflation « transitoire » serait causée par les ruptures d’approvisionnement et un problème lié à l’offre. Pourtant les données disent le contraire : la production industrielle américaine est supérieure à ses niveaux d’avant COVID. En réalité, nous assistons à une explosion de la demande qui ne peut être soutenue par la production.

Par exemple, dans le cadre des semi-conducteurs, il n’y a aucune réduction de la production. Ce qui a changé, c’est une augmentation massive de la demande de puces utilisées dans les ordinateurs, téléphones, consoles… qu’un consommateur achète lorsqu’un gouvernement lui remet des chèques en plein confinement. Par conséquent, les usines de semi-conducteurs sont devenues incapables de suivre la demande.

Gross output by industry: AI industries

Lorsque les gens ont plus d’argent, ils dépensent plus et si l’offre ne peut plus soutenir cette demande, les prix augmentent. Élémentaire. La Fed est donc la seule responsable de l’inflation.

Le gouvernement a besoin de l’inflation

La Fed et le gouvernement n’ont pas l’intention de faire un effort sérieux pour contrôler l’inflation. S’ils le voulaient vraiment, ils augmenteraient les taux au-dessus du taux d’inflation comme Paul Volcker en son temps. Le banquier central avait fixé le principal taux directeur de la Fed à 20 % en 1981 pour éradiquer l’inflation. Ce fut un véritable succès.

En réalité, le gouvernement a absolument besoin d’une inflation de 3 à 6 %, car il s’agit du seul moyen pour éponger les milliers de milliards de dettes. La seule crise de la COVID-19 représente un coût plus important que la 2de guerre mondiale pour les États-Unis. Augmenter les impôts et baisser les dépenses est très impopulaire auprès des consommateurs-électeurs. Il ne reste donc plus que la planche à billets. En augmentant les prix, les gouvernements perçoivent également plus de recettes fiscales liées aux impôts indirects.

How the US paid for second world war

La Réserve fédérale souhaite néanmoins éviter à tout prix une inflation à deux chiffres, qui serait difficilement contrôlable, mais désire maintenir une inflation moyenne. C’est pourquoi elle cherche à ancrer les anticipations.

Pour ce faire, la Fed s’assure de fournir des projections à la baisse, tente de convaincre le public qu’il s’agit d’une inflation transitoire et qu’elle mobilise tout son arsenal pour l’endiguer. Elle détourne l’attention avec ses histoires de supply chains, d’entrepreneurs cupides et de consommateurs gourmands.

Parce qu’elle sert les gouvernements, l’inflation n’est pas près de disparaître.

Une inflation énergétique durable

Au-delà des injections monétaires, l’inflation énergétique a une origine structurelle, qui risque de durer. Les gouvernements européens ont adopté depuis plusieurs années une politique énergétique volatile et intermittente. L’Europe est donc devenue beaucoup plus dépendante aux fluctuations des prix du gaz, qui a augmenté de 200 % en 2021.

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Des années de sous-investissement dans l’énergie ont également contribué à une inflation qui s’annonce durable. JP Morgan estime que plus de 600 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires pour répondre à la demande de la décennie en cours. Les gouvernements ont opté pour une transition énergétique aveugle et irréaliste à court terme. La voie empruntée par certains pays comme l’Allemagne pour sortir du nucléaire ne conduira qu’à plus d’inflation et d’appauvrissement.

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La hausse des prix des permis d’émission de CO2 sur le marché européen a également atteint un nouveau record en décembre. Mis en place dans le cadre des accords de Kyoto, il s’agit d’un système de quotas d’émission de carbone. Les gouvernements européens ont volontairement limité l’offre de ces droits pour augmenter mécaniquement le prix des émissions et ainsi accroître leurs recettes fiscales.

Un plan à 1 200 milliards

Pour ne rien arranger, le plan Biden sur les infrastructures multiplie les dépenses dans des secteurs hautement intenses en énergie.

Ce plan de 1200 milliards $ fraîchement imprimés est susceptible de créer des défis majeurs en matière d’inflation et de pénuries d’approvisionnement. Près de 110 milliards pour moderniser les routes et les ponts, 105 milliards pour les transports en commun ou encore 73 milliards à destination des réseaux électriques. Il ne fait aucun doute que ces dépenses nécessitent plus de pétrole, de gaz ou encore d’aluminium.

Le carnet de commandes des producteurs de pièces détachées s’étoffera sans doute, mais ceci se fera au prix d’une augmentation des coûts énergétiques et de transports. Un plan aussi énergivore lancé dans un contexte où les prix du pétrole, du gaz, du cuivre et de l’aluminium ont atteint des niveaux records depuis plusieurs années laisse présager une persistance de l’inflation.

Plus d’argent pour un même nombre de biens conduit systématiquement à une augmentation des prix.

Le spectre d’une boucle prix-salaire

Le mécanisme le plus déterminant dans l’emballement de l’inflation est définitivement la boucle prix-salaire. Dès lors que les employés à faibles revenus réclament et obtiennent des hausses de salaire pour compenser l’inflation, alors un cercle vicieux se dessine. Les coûts du personnel augmentent, ce qui amène les entreprises à répercuter cette baisse de marge sur les prix. Les employés réclament alors de nouveau une augmentation de salaire…

Ce scénario serait de plus en probable aux États-Unis. Le secteur privé enregistre un taux de démission record. Les salariés les moins bien rémunérés du tertiaire et notamment dans le secteur de la santé ont tendance à quitter davantage leur emploi. La croissance des salaires observée en décembre devrait donc continuer à s’intensifier dans les prochains mois. Près de 48 % des propriétaires de petites entreprises ont déclaré avoir augmenté les salaires le mois dernier et près d’un tiers prévoient de le faire. Le variant Omicron favorisera également cette hausse de salaire en donnant aux employés un plus grand pouvoir de négociation (primes…).

Si les travailleurs de la classe moyenne américaine, dont l’épargne est inexistante ou diluée fortement par l’inflation réclament des hausses de salaire, l’inflation pourrait encore persister durant de long mois.

BCE : entre le marteau et l’enclume

L’inflation des prix à la consommation a récemment atteint près de 4,9 % dans la zone euro et l’augmentation importante des prix à la production nous laisse croire que l’inflation a encore un potentiel de persistance. En Allemagne, la croissance de 19,2 % du PPI en novembre représente un record depuis 1951.

Malgré une inflation galopante, la BCE maintient une politique monétaire très accommodante : taux d’intérêt négatifs et rachat d’obligation représentant l’intégralité des émissions nettes des États.

La zone euro s’est habituée à la monétisation des déficits qui rend l’endettement public supportable. Le bilan de la BCE s’est considérablement étendu à près de 80 % du PIB de la zone euro. À côté, le bilan de la Fed paraît bien modeste.

Une maigre hausse des taux non compensée par une diminution drastique des dépenses deviendrait rapidement insupportable. Le plus probable reste donc le maintien du programme d’achats et des taux négatifs conduisant lentement l’Europe vers une stagflation, sur le modèle japonais.

L’euro n’a clairement pas le privilège exorbitant américain. La demande mondiale pour le billet vert permet aux États-Unis de changer brutalement de politique monétaire. En effet, le dollar absorbe l’épargne du monde entier en rendant l’obligation à 10 ans plus attrayante pour les investisseurs.

Bitcoin contre l’inflation

Lorsque la Fed réduira massivement ses achats d’obligations et laissera les taux d’intérêt augmenter, les portefeuilles se contracteront et les dépenses diminueront. L’économie se dégradera et les programmes temporaires d’aide sociale prendront fin.

La prédiction de Ryan Selkis, CEO de Messari pour 2022 va également dans ce sens. Il pense que l’inflation va s’empirer cette année et qu’elle restera supérieure à 5 %. Selon lui, les hausses de taux sont inévitables et ralentiront la dynamique explosive sur les marchés boursiers.

Cette récession suscitera une réponse politique et les gens voteront pour le plus offrant. Le cycle se répétera alors et l’inflation retrouvera son sentier dévastateur. Les déficits budgétaires des pays occidentaux empêchent toute normalisation durable de la politique monétaire.

Il est possible que cette hausse des taux marque l’entrée dans le bear market. On remarque que la corrélation entre le bitcoin et les marchés est en hausse alors que le BTC a longtemps été décorrélé des actifs traditionnels.

Bitcoin est un espoir. L’espoir de mettre fin à cet impôt invisible qu’est l’inflation et de retrouver enfin une croissance saine. Sa force vient de sa rareté. 21 millions et pas un de plus. Tout ça, garanti par un système de gouvernance non manipulable. Peu importe les fluctuations à court terme, à la fin il gagnera.

Il est donc probable que l’inflation continue de poser problème cette année. Période durant laquelle, les salaires réels continueront de diminuer, l’épargne d’être diluée. Les banques centrales le reconnaissent : l’inflation ne baissera pas en 2022, la vitesse de l’inflation diminuera par rapport à 2021, ce qui est radicalement différent.

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Yanis A

Le bitcoin change tout ! Issu d’une formation financière, tout me passionne dans cette technologie. Chaque jour, j’essaie d’enrichir mes connaissances sur cette révolution qui permettra à l’humanité d’avancer dans sa conquête de liberté.

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