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DeFi 2.0 : Tout va changer en 2022

mar 21 Déc 2021 ▪ 12h00 ▪ 14 min de lecture - par Satosh

L’année 2021 aura propulsé la DeFi vers de nouveaux sommets. En raison de son jeune âge, la DeFi accuse toutefois de sérieuses failles : sécurité, centralisation, liquidité… etc. Ce sont des défauts auxquels tente de répondre la DeFi 2.0, une nouvelle génération de dApp financières. Le dernier rapport Messari donne quelques pistes d’évolution.

Une DeFi 1.0 incomplète

La finance décentralisée est loin d’être en position de concurrencer le secteur traditionnel. Elle admet encore de nombreuses lacunes :

Scalabilité : les protocoles lancés sur le layer 1 d’Ethereum fournissent des services coûteux en frais de gas.

Décentralisation : il s’agit de la promesse initiale de la DeFi, et pourtant cet objectif a tendance à être délaissé.

Sécurité : les applications de la DeFi ont des niveaux de sécurité qui gagneraient à s’améliorer et beaucoup d’utilisateurs n’ont pas conscience du niveau de risque.

Liquidité : la liquidité a tendance à se répartir sur plusieurs blockchains et plateformes.

Une DeFi 2.0 sans USDT ?

Pas de DeFi sans stablecoin. L’USDT émis par la société Tether est toujours à l’heure actuelle le stablecoin de référence, avec une offre en circulation dépassant les 80 milliards de dollars. Même si l’USDT est la cible de nombreuses critiques, sa position de leader reste incontestable. Il apparaît comme une réserve libellée en dollars quasiment universelle. Disponible sur la plupart des paires de négociations, avec une liquidité bien supérieure à ses concurrents comme l’USDC.

Tether représente une cible évidente pour le régulateur américain si bien que la société a accepté de verser 61 millions de dollars cette année. La société a également publié deux audits de ses réserves, réduisant la crainte d’un cygne noir.

Il semble donc relativement improbable de voir l’USDT s’effondrer en 2022. Le vrai risque serait que les échanges centralisés suppriment le listing du stablecoin en raison de nouvelles restrictions réglementaires. Les régulateurs ont annoncé la couleur, 2022 sera l’année de la régulation des stablecoins.

Nous savons tous que Tether n’est pas une société transparente et qu’elle ne détient certainement pas toutes les réserves annoncées. Toutefois, sa grande efficacité suffit à séduire des millions d’utilisateurs.

UST et DAI : complémentaires plus que rivaux

Les concurrents au DAI et ses 9 milliards de dollars en circulation sont légion, mais une alternative semble crédible : l’UST. Il s’agit d’un stablecoin émis sur la blockchain Terra, qui ne repose pas sur des réserves en dollars. C’est incontestablement le stablecoin décentralisé avec la croissance la plus vigoureuse en 2021 et qui semble le plus apte à challenger le DAI.

Son fonctionnement est complexe et repose sur un mécanisme de création et de destruction de LUNA en fonction de la demande pour l’UST.

La récente mise à jour Colombus-5 de Terra permet au projet d’intégrer des applications de plus en plus innovantes. Le blockchain se veut également plus interopérable avec son intégration à l’écosystème Cosmos. L’UST peut désormais s’intégrer à Ethereum et Solana grâce au bridge Wormhole V2.

L’UST mise sur l’avenir multichain de la DeFi pour concurrencer le DAI, qui demeure actuellement le stablecoin décentralisé préféré dans l’univers Ethereum. Les deux cryptomonnaies ne sont donc pas directement en concurrence et une coexistence est envisageable à l’avenir.

Olympus et le retour des stablecoins algorithmiques ?

Si les premiers stablecoins algorithmiques ont subi des échecs cuisants, de nouvelles propositions technologiques sont apparues ces derniers mois pour améliorer leur conception. L’objectif est de construire des stablecoins déconnectés du cours du dollar, garanties par une trésorerie verrouillée dans des smart contracts.

L’acteur qui domine actuellement cette tendance est Olympus DAO, un projet lancé au printemps 2021. Le protocole incite les utilisateurs à lier des tokens comme du DAI en échange de jetons OHM. Il attire les liquidités en proposant ces OHM à un prix inférieur à la valeur des garanties reçues. Le protocole frappe et brûle des jetons en réponse au prix.

Olympus a connu une croissance très vigoureuse cette année avec une capitalisation avoisinant les 3,5 milliards de dollars et il est présent dans de nombreux compartiments de la DeFi.

Les stablecoins algorithmes sont toutefois des objets nouveaux, qui ont souvent failli. Il faut être prudent quant à la résistance de ces protocoles dans un bear market. L’absence de collatéral signifie théoriquement qu’un protocole peut tomber à zéro et faire faillite.

Uniswap V3, un acteur incontournable de la future DeFi

Incontestablement, la V3 d’Uniswap est prometteuse et le protocole aspire à demeurer le DEX d’Ethereum de référence en 2022.

La principale nouveauté apportée cette V3 consiste à rendre possible la concentration de l’apport de liquidité dans des fourchettes de prix, ce qui améliore l’efficacité du capital. Ceci représente une opportunité importante pour les professionnels qui devront constamment établir une fourchette de prix, moyennant des APY supérieurs. Bientôt, l’apport en liquidité passif ne sera plus aussi rentable et ces stratégies de plus en plus sophistiquées se multiplieront.

La DeFi va-t-elle se professionnaliser en 2022 ?

La V3 permet également de passer des ordres à cours limités et introduit des frais modulables en fonction de la paire, ce qui incite les apporteurs de liquidité à aller sur des paires peu liquides.

La concentration de la liquidité est indéniablement une innovation majeure. Preuve en est, la part de marché du DEX a augmenté de 70 % depuis le lancement de la V3.

Les DEX avec carnets d’ordres représenteront-ils l’avenir de la DeFi ?

Perp ou Dydx, quelle plateforme de trading va l’emporter ?

L’échange décentralisé Dydx hébergé sur Ethereum est une véritable plateforme de trading « gas free ». Sa croissance en 2021 a été exceptionnelle, avec un volume supérieur à 9000 % en quelques mois, battant parfois même le record de Coinbase sur le plan des volumes d’échange nominaux.

Les récentes restrictions chinoises sur les cryptomonnaies n’y sont sans doute pas pour rien. Elles inciteraient les traders à rejoindre la DeFi, écosystème encore peu régulé par le gouvernement.

Le lancement des layers 2 a permis aux plateformes de produits dérivés décentralisés de connaître une croissance fulgurante.

Perpetual Protocol (PERP) a préféré se développer sur XDai, une sidechain d’Ethereum et sur le rollup Arbitrum. DyDx utilise plutôt la technologie ZkSTARKS de StarkWare. Les transactions sont traitées sur un layer 2, qui publie de manière périodique des preuves à divulgation nulle de connaissance.

Finalement, ce surcroît de scalabilité apporté par les L2 permet aux perpetuals de s’échanger de manière efficace.

Une valeur contrôlée par les protocoles

Le boom de la DeFi s’est d’abord construit sur la rémunération sous forme de jetons natifs distribués aux apporteurs de liquidités. Ce modèle a permis d’augmenter considérablement la liquidité sur les protocoles. Toutefois, la rémunération a eu tendance à diminuer, car les capitaux passent d’un protocole à un autre. On comprend mieux l’enjeu de maintenir une liquidité constante.

Certains projets ont alors compris que ce modèle n’était pas viable à long terme. Par exemple, Olympus a créé des obligations qui vendent des jetons OHM à un prix réduit en échange d’actions LP d’Olympus. La DAO Olympus dispose d’une trésorerie titanesque de 700 millions de dollars et ses actifs sont mis au service des DEX, des agrégateurs de rendements ainsi que des protocoles de prêt.

Tokemak a créé un market maker décentralisé qui se connecte directement à la trésorerie de la DAO désireuse de prêter des jetons natifs au DEX en échange de TOKE. Ici, la liquidité est fournie au niveau de la DAO et non pas au niveau du fournisseur de liquidité, ce qui rend le protocole plus résilient.

Plus de revenus et des coûts réduits, la promesse de la DeFi 2.0 est immense.

Quid de l’automatisation dans la DeFi ?

L’avenir de la DeFi est dans l’automatisation, c’est-à-dire l’utilisation de bots pour exécuter automatiquement des processus logiciels. Ces logiciels sont appelés des « exécuteurs » ou des « gardiens ». On pourrait croire que l’automatisation est déjà présente dans la DeFi par le biais des smart contracts, ce qui est faux en dehors des liquidations.

Sans impulsion extérieure, ils sont inactifs et pour modifier leur état, ils ont besoin qu’un tiers externe leur envoie une transaction.

Les protocoles d’automatisation permettent de rééquilibrer des positions de liquidité entre les AMM et les layers 1. Ils proposent aussi de recycler les récompenses. Par exemple, Convex Finance recycle les jetons de Curve (CRV) et des LP tokens en échange de récompenses supplémentaires et de jetons de gouvernance.

Les « extenders » sont des services qui empilent divers protocoles DeFi. Alchemix en est un bon exemple. Le protocole réhypothèque ses actifs collatéraux et les dépose dans des agrégateurs de rendement comme Yearn.

De nouvelles formes de prêts sont également apparues, comme les prêts autoremboursés où la garantie génère des intérêts pour le prêteur et permet de rembourser l’emprunt sans avoir à débourser des intérêts. Des assurances contre les smart contracts défaillants ou l’impermanent loss se sont aussi développer ces derniers mois.

Quelles blockchains pour la DeFi 2.0 ?

Alors que le réseau Ethereum demeure congestionné sur sa couche principale, 2021 aura été l’année des L2. De nouvelles blockchains plus centralisées ont émergé comme Solana ou Avalanche. Cosmos a débloqué la communication multichain et les enchères de parachains ont débuté sur Polkadot. Nous voyons donc que les technologies se sont adaptées aux problématiques de scalabilité dEthereum.

L’approche la plus simple pour un protocole consiste à déployer des copies des contrats uniquement sur les L2 d’Ethereum comme Arbitrum ou Optimism. D’autres stratégies vont plus loin et lancent le protocole sur l’ensemble des chaînes compatibles avec l’EVM, à l’instar d’Aave. Enfin, des projets plus ambitieux décident même de lancer leurs propres blockchains comme Coumpound Chain et son prototype Gateway.

La DeFi 2.0 semble donc s’orienter vers un avenir multichain et de moins en moins décentralisé. Alors que la mise à niveau de Bitcoin, Taproot est désormais effective, de plus en plus de développeurs parlent de la proposition RGB qui permettrait de lancer des protocoles DeFi en s’appuyant sur la sécurité indiscutable de Bitcoin.

À long terme, la solution la plus décentralisée et sûre pour accueillir les protocoles DeFi n’est-ce pas Bitcoin ?

Vers un frontend décentralisé ?

Si les smart contracts sont plus ou moins décentralisés en fonction du consensus et de la chaîne, il n’en reste pas moins que les équipes de développeurs gardent souvent un contrôle décisif sur le frontend des applications. Par exemple, Uniswap Labs a retiré certains jetons de son frontend suite à la pression juridique. De même, 1inch interdit aux utilisateurs américains d’utiliser son frontend.

Le risque est de basculer totalement vers la CeDeFi, qui perdrait grandement de son intérêt.

En réponse à cette faille, certaines solutions sont développées à l’instar de Homescreen qui cherche à décentraliser les frontend des applications DeFi.

La CeFi va-t-elle remplacer la DeFi ?

Les institutionnels ne veulent pas passer à côté d’une innovation qui pourrait menacer leur cœur d’activité. C’est pourquoi certaines banques comme la Société Générale s’intéressent de plus en plus à la DeFi. Le géant français a soumis une proposition publique pour que ses nouveaux jetons d’obligations soient approuvés comme garantie pour 20 millions de dollars en DAI.

Si ces projets sont encore au stade embryonnaire, ils n’en restent pas moins ambitieux et il est très probable que cette dynamique s’intensifie. On peut penser que ce mouvement s’accompagnera d’un surcroît de régulation et de la généralisation du KYC sur la DeFi.

Le risque d’une centralisation et d’une reprise en main des protocoles par les acteurs traditionnels n’est pas négligeable, surtout dans des systèmes à preuves d’enjeu moins résilients.

Sécuriser les protocoles pour crédibiliser la DeFi

Les fonds des utilisateurs ne sont pas aussi en sécurité qu’on l’entend : wallets, bourses d’échanges… etc. Aucun de ces services n’est à l’abri d’une faille de sécurité, d’autant plus que ces systèmes sont toujours plus complexes.

Avant qu’un projet ne soit déployé sur le réseau principal, les développeurs auditent généralement le contrat pour identifier les problèmes courants. Ce modèle n’est pas optimal, c’est pourquoi des solutions alternatives et basées sur l’incitation économique naissent.

Des services d’assurance pour smart contracts comme Nexus ou encore les bibliothèques de smart contracts sécurisés sont des projets que l’on voit apparaître dans l’écosystème.

Par exemple, Forta propose un service décentralisé de détection des menaces à travers un réseau d’opérateurs de nœuds incités à repérer les actes frauduleux en échange d’une récompense. Le protocole crée donc un marché de la sécurité d’exécution.

Le renouveau de la DeFi est déjà amorcé. Ce laboratoire financier évolue vite et les problématiques que l’on rencontrait sur les premiers protocoles sont en train d’être résolues. Cet écosystème en pleine ébullition se professionnalise et séduit les institutionnels. La DeFi de 2021 ne ressemblera sans doute pas beaucoup à celle de 2022.

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Satosh

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