Les cryptomonnaies comme inspiration pour un modèle monétaire idéal ?

jeu 31 Déc 2020 ▪ 18h30 ▪ 10 min de lecture - par Thomas Andrieu

Les cryptomonnaies diffèrent de manière assez marquée des monnaies traditionnelles. Elles permettent de répondre à certains besoins économiques que n’assurent pas les monnaies traditionnelles. Cependant, dans la mesure de leur application économique totale, les cryptomonnaies montreraient très certainement des limites majeures. Dans tous les cas, les cryptomonnaies permettent d’avancer l’idée d’un modèle monétaire idéal que ne permettent pas les monnaies traditionnelles aujourd’hui. Ce modèle « cryptomonétaire » pourrait représenter une véritable opportunité économique d’ici 10 à 15 ans si la digitalisation et la perte de souveraineté étatique se confirment.

Ce qui fait le succès monétaire des cryptomonnaies

Libre marché monétaire et libre circulation

Les cryptomonnaies peuvent être vues dans une certaine mesure comme la consécration de la mondialisation. Partout dans le monde ou presque, vous pouvez échanger avec des cryptomonnaies. Dit autrement, les cryptomonnaies ne dépendent pas d’un État aux limites nationales. La libre circulation des capitaux s’en trouve donc favorisée, ce qui est un processus sain de concurrence. Dans cette mesure, nous pouvons considérer que les cryptomonnaies répondent au besoin (très partiel aujourd’hui) de monnaie mondiale. Aucune suprématie étatique, aucun conflit géopolitique ouvert.

L’autre innovation majeure des cryptomonnaies est que les agents peuvent choisir librement leur monnaie. Certains y verront un danger économique, d’autres une véritable opportunité. Le libre marché monétaire peut-être une limite économique dans la mesure où les agents ne sont pas contraints à l’utilisation d’une monnaie unique. À l’inverse, c’est un véritable avantage pour la liberté économique des individus et la libre concurrence monétaire. Les agents iront vers les monnaies les plus reconnues comme sûres.

Rapidité et sécurité

C’est tout l’avantage derrière la blockchain. Ce système décentralisé permet des échanges avec moins d’intermédiaires, et avec une sécurité et une rapidité souvent plus importante. Les monnaies traditionnelles, moins digitalisées et centralisées, n’ont pas de tels avantages. Pour tenter de diminuer la concurrence des cryptomonnaies, les Banques centrales tentent de mettre au point des monnaies digitales de banques centrales (MDBC). Le principal problème reste évidemment celui de la centralisation de ces monnaies.

Au-delà de la sécurité que peut permettre la blockchain, de très nombreux investisseurs se sont tournés massivement vers les cryptomonnaies en 2020 pour leur caractère refuge. De très nombreux gestionnaires (Stanley Druckenmiller, Rick Rieder de BlackRock, Paul Tudor Jones, etc…) se sont montrés très favorables au Bitcoin, en particulier pour son caractère refuge. Le fait que les principales cryptomonnaies ont un caractère souvent limité permet d’assurer une confiance de base.

Le problème des monnaies traditionnelles

Les Banques centrales face à une problématique monétaire majeure

L’interventionnisme massif des Banques centrales n’est pas une nouveauté historique. Les effets du cycle monétaire à très long terme sont une dérive économique naturelle. Historiquement, les périodes monétaires hyper-expansionnistes durent 3 décennies environ. De plus, nous vivons aujourd’hui dans une époque où l’interventionnisme arrive sur des niveaux extrêmes. La principale raison est que les Banques centrales rachètent des dettes publiques qui ne seront jamais remboursées.

En rachetant des dettes publiques qui ne peuvent être remboursées, la destruction monétaire dans le Bilan des banques centrales n’est plus opérante. Il en résulte une irréversibilité des politiques monétaires (impossibilité de réduire leur Bilan à long terme), et une hausse du prix des actifs (les liquidités disponibles ne font qu’augmenter).

Quantités de dollars en circulation (M2$L) et utilisation de chaque unité de monnaie (M2V, vélocité). Source : livre sur l’or et l’argent, Thomas Andrieu.

Ce graphique reprend la vélocité du dollar (en noir, mesuré sur l’axe de gauche, il s’agit du nombre de fois où la monnaie est utilisée en un an) et la quantité de dollars en circulation (en pointillés). Le fait que les quantités de monnaies en circulation augmentent de manière quasi-exponentielle montre bien le caractère irréversible des politiques monétaires.

Cela conduit à une perte de confiance graduelle des agents envers les institutions politiques (qui se retrouvent restreintes budgétairement par des déficits graduels) et envers la monnaie. La dévaluation monétaire extrême est un réel problème économique de nos jours, et les Banques centrales sont contraintes de s’y soumettre. Ce qui est dangereux à très long terme et profite aux cryptomonnaies.

L’autre problème des monnaies traditionnelles :  la centralisation

 Par définition, une monnaie dépend d’un État ou d’une Banque centrale avec la législation correspondante. Le caractère national ou quasi-national des monnaies traditionnelles peut être un frein à la mobilité des capitaux. Comme l’explique notre dernier article, le XXIe siècle se traduit par une mobilité extrême des individus, des capitaux et des produits. Les États sont en concurrence entre eux, et les individus peuvent librement ou presque choisir l’État de leur choix, celui avec le meilleur rapport qualité/prix (niveau de vie/fiscalité). Le fait de pouvoir librement choisir sa monnaie ne ferait que confirmer la perte naturelle de souveraineté des États.

La centralisation des monnaies traditionnelles en quelques institutions (Banques centrales, États, Banques commerciales) reste un problème majeur aujourd’hui. La forte mobilité des capitaux, des produits et des hommes aujourd’hui nécessite un besoin de concurrence et de rapidité plus fort. Ce que ne permettent pas les monnaies traditionnelles qui dépendent fortement des aléas institutionnels et des décisions centrales.

Un modèle idéal ?

Une monnaie idéale : décentralisée et internationale ?

Le caractère international d’une monnaie est probablement le caractère répondant le plus aux besoins économiques du XXIe siècle. La possibilité d’utiliser une monnaie, qui ne dépend d’aucun État à n’importe quel endroit du monde, serait une avancée monétaire forte. De plus, la possibilité pour les agents de choisir librement leur monnaie permettrait une certaine concurrence monétaire, ce qui peut être considéré comme un processus sain. Néanmoins, le « libre marché monétaire » peut impliquer une instabilité plus forte dans le succès ou le déclin des monnaies. Mais la possibilité d’échanger plusieurs cryptomonnaies avec rapidité et sécurité permettrait un certain lissage des cycles d’émergence et de déclin des cryptomonnaies (mobilité des monnaies dans temps).

Par ailleurs, le caractère décentralisé permettrait une avancée majeure dans les échanges, en limitant le nombre d’intermédiaires, les prises de contrôle étatiques, et l’insécurité. L’utilisation de la Blockchain serait probablement le cœur de ce fameux modèle monétaire idéal. Les Banques centrales ont bien saisi ce concept et cherchent à créer leur propres cryptomonnaies. La décentralisation totale permet de s’affranchir d’institutions externes et ainsi d’optimiser les échanges.

Des limites à éviter ?

Au regard du contexte économique actuel, une application totale des cryptomonnaies pourrait présenter certaines limites. Tout d’abord, l’instauration d’une monnaie décentralisée ne permettrait pas aux Banques centrales de pratiquer des politiques expansionnistes (comme c’est le cas aujourd’hui) ou restrictives (comme au début des années 1980). En cela que la seule réelle utilité de l’étalon-or (limiter les quantités de monnaie) se retrouverait avec des cryptos comme Bitcoin.

Il existe ainsi deux principales limites économiques (éventuelles) :

  1. Le fait que les cryptomonnaies soient limitées. Dans un monde où l’endettement arrive sur des niveaux extrêmes, et où l’impact des politiques expansionnistes reflète un enjeu systémique, les cryptomonnaies ne correspondraient pas totalement, par leur caractère limité, à l’équilibre actuel. On peut en effet rappeler le fait qu’un système monétaire restrictif empêche souvent le développement économique. Néanmoins, les politiques expansionnistes ne sont pas éternelles et devraient changer d’ici 10 à 15 ans. Ce qui pourrait traduire une opportunité économique pour un nouveau modèle monétaire (même restrictif).
  2. Le fait que les cryptomonnaies soient non-nationales et digitales. L’absence de cash pour un modèle monétaire pro-cryptos serait une limite aujourd’hui avec des pays vieillissants, ou faiblement digitalisés. Le succès d’un modèle « cryptomonétaire » dépend inévitablement du degré de digitalisation. Enfin, le caractère international des cryptomonnaies peut être à la source de régulations, de contrôle, ou de limitations abusives pour certains États. Nous vivons dans un système économique où l’État conserve un rôle providentiel, à l’inverse de cryptomonnaies qui apparaissent comme une innovation libérale.

Pour finir, une utilisation des cryptomonnaies comme monnaies de réserve et d’épargne serait à l’origine d’une progression accrue des cours et une certaine instabilité des prix. Admettons que 20% des portefeuilles d’actifs des principaux gérants mondiaux (USA, EU, UK, Japon) soient non pas en euros ou dollars, mais en Bitcoin (BTC) par exemple, cela équivaudrait à une demande supplémentaire pour 12 000Mds$ de Bitcoins. Soit une capitalisation monétaire largement supérieure à l’or, et une capitalisation 22 fois supérieure à la capitalisation du Bitcoin fin 2020.

Le XXIe siècle s’ouvre sur une perte de contrôle budgétaire, et monétaire. Ce qui est dangereux. Les politiques hyper-expansionnistes menées par les Banques centrales sont de nature à dégrader la monnaie et la confiance des agents. À côté de cela, les cryptomonnaies offrent certaines innovations monétaires majeures, en particulier en matière de fluidité des échanges. Ce qui est un avantage économique considérable. Cependant, au regard de l’équilibre économique actuel, une utilisation totale des cryptomonnaies serait incohérente. Le fait que l’équilibre économique et monétaire évoluera inévitablement d’ici 10 à 15 ans peut réduire fortement ces limites et impliquer une opportunité de changement monétaire.

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Thomas Andrieu

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l'analyse et l'étude des marchés et de l'économie.

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