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Fidelity pense que le bitcoin ne sera jamais rattrapé

jeu 03 Fév 2022 ▪ 18h00 ▪ 31 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le fond géant Fidelity, qui gère plus de 4 000 milliards de dollars (et qui mine le bitcoin depuis 2014), a publié un rapport très instructif intitulé « Bitcoin first ». Nous avons traduit les 3/4 de ce papier qui explique pourquoi aucune autre cryptomonnaie ne parviendra à prendre la place du bitcoin en tant que bien monétaire.

There is no second best…

Introduction sous forme de résumé du rapport :

« Une fois qu’un investisseur décide d’investir dans les actifs numériques, vient rapidement la question de savoir lequel ?

Bien sûr, le bitcoin est l’actif numérique le plus connu, le tout premier, mais il existe des centaines, voire des milliers d’autres actifs numériques. Les investisseurs se demandent donc si le bitcoin, en tant que premier actif numérique, ne subira pas le même sort que MySpace, rendu obsolète par Facebook.

Beaucoup se demandent également s’il offre le même potentiel de croissance que certains des actifs numériques plus récents et plus petits.

Dans ce papier, nous proposons que :

– Le bitcoin est un bien monétaire. Il est LA réserve de valeur dans un monde de plus en plus numérique, entre autres thèses d’investissement.

– Le bitcoin est fondamentalement différent de tout autre actif numérique. Aucun autre actif numérique n’est susceptible d’améliorer le bitcoin en tant que bien monétaire. La raison étant que le bitcoin est le plus sécurisé et le plus décentralisé, ce qui lui confère la masse monétaire la plus certaine. Toute « amélioration » reviendrait en réalité à faire des compromis.

– Le succès du réseau Bitcoin n’empêche pas le succès d’autres réseaux d’actifs numériques. Au contraire, d’autres actifs numériques peuvent répondre à d’autres besoins ou résoudre des problèmes que le bitcoin n’adresse pas.

– Le bitcoin doit être considéré comme le point d’entrée pour les investisseurs traditionnels qui cherchent à investir dans les actifs numériques. »

Bitcoin le réseau vs Bitcoin l’actif

« L’un des concepts les plus déroutants pour ceux qui découvrent le bitcoin est que le mot “bitcoin” peut désigner deux choses liées, mais distinctes. Il y a Bitcoin le réseau ou le système de paiement, et il y a Bitcoin l’actif.

Le bitcoin n’était à l’origine qu’une idée permettant la création d’une monnaie électronique fonctionnant de pair-à-pair. Bien que nous puissions effectuer des transactions dans le monde physique sans intermédiaire en utilisant de l’argent liquide, cela n’était pas possible dans le domaine numérique jusqu’à l’invention du réseau Bitcoin.

Le réseau Bitcoin est constitué de millions d’ordinateurs qui exécutent tous le même logiciel Bitcoin. Ce code agit comme un protocole et fournit les règles qui régissent le réseau Bitcoin. Ce réseau exploite un système de paiement, où les utilisateurs peuvent envoyer et recevoir un jeton numérique, également appelé bitcoin. »

Pourquoi nous pensons que le bitcoin est avant tout une monnaie

« Qu’est-ce que l’argent ? L’argent est un outil qui permet l’échange plutôt que le troc. Tout au long de l’Histoire, les humains ont cherché ce que pourrait être la “meilleure” monnaie. Un bien monétaire est un bien qui est évalué pour sa capacité à être échangé contre d’autres biens. Tout au long de l’histoire, différentes marchandises ont été utilisées comme monnaie (coquillages, perles, pierres, fourrure, etc). Mais pourquoi certaines choses sont traitées comme des biens monétaires alors que d’autres ne le sont pas ? Les économistes et les historiens suggèrent que la réponse réside dans un certain nombre de caractéristiques. Plus un bien possède de caractéristiques, et plus il peut servir de monnaie.

Voici un résumé :

WHY WE BELIEVE BITCOIN IS BEST
UNDERSTOOD AS A MONETARY GOOD

Le bitcoin possède clairement un grand nombre de caractéristiques propres à la bonne monnaie. Il combine la rareté et la durabilité de l’or, tout en étant plus facile à utiliser, stocker et transporter. »

La valeur du bitcoin est déterminée par sa rareté

« L’une des plus grandes caractéristiques du bitcoin est sa rareté. Non seulement le bitcoin est rare (le taux d’inflation actuel du bitcoin de 1,8 % est à peu près égal au taux d’inflation de l’or en ce moment), mais contrairement à l’or, il est également limité de manière prouvable. Il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins. Aucun autre actif numérique ne possède une politique monétaire aussi immuable que celle du bitcoin.

Mais comment la rareté du bitcoin (son plafond de 21 millions) est-elle garantie ? Deux caractéristiques clés sous-tendent cette crédibilité et sont nécessaires pour comprendre pourquoi le bitcoin se distingue de tous les autres actifs numériques.

La première est la décentralisation du bitcoin. Aucune personne, société ou gouvernement n’est propriétaire ou ne contrôle le réseau Bitcoin. Le plafond de 21 millions fait partie du code source du bitcoin. Aucune entité en particulier ne peut changer cette règle.

Cela étant dit, il ne s’agit jamais que d’un code, et un code peut être modifié. Mais seulement par consensus des participants au réseau (les « nodes »). Ainsi, une modification du calendrier d’émission du bitcoin est théoriquement possible, mais en réalité quasiment impossible.

Tout d’abord, obtenir un tel consensus est extrêmement difficile à réaliser étant donné que le réseau Bitcoin et ses participants sont très dispersés. Il n’y a pas de grand « consortium » qui aurait de l’influence ou du pouvoir de vote. Plus important encore, les participants aux réseaux sont incités à ne pas modifier le plafond de 21 M. Il ne serait pas dans leur intérêt d’augmenter le plafond puisque cela ne servirait qu’à diluer la valeur de leurs bitcoins. Nous voyons ici les effets puissants de la théorie des jeux à l’œuvre : il est dans l’intérêt de tous les participants de coordonner, de coopérer et de ne pas modifier le plafond de l’offre.

Deuxièmement, le réseau Bitcoin est résistant à la censure. Aucune personne, société ou gouvernement ne possède ou ne contrôle le réseau Bitcoin. De plus, le réseau Bitcoin n’a pas de frontières géographiques, ce qui rend difficile pour un État-nation de prendre le contrôle ou de réguler le réseau et le code du Bitcoin.

Résumé des raisons qui expliquent pourquoi nous pensons que le bitcoin est un bien monétaire ayant de la valeur :

1. Un bien monétaire est quelque chose auquel on attribue une valeur supérieure à sa valeur d’utilité ou de consommation. Bien que le réseau de paiement de Bitcoin ait certainement une valeur utilitaire en tant que réseau de paiement, les gens attribuent également une valeur monétaire aux bitcoins.

2. L’une des principales raisons pour lesquelles les investisseurs attribuent une valeur au bitcoin est sa rareté. Son plafond fixe est la raison pour laquelle le bitcoin est une réserve de valeur.

3. La rareté du bitcoin est garantie par sa décentralisation qui le rend résistant à la censure.

4. Ces caractéristiques sont codées dans le bitcoin et ne seront certainement jamais modifiées pour la bonne et simple raison que les personnes qui attribuent une valeur au bitcoin et le possèdent n’ont aucune raison de le faire. »

Pourquoi nous pensons que le bitcoin peut devenir le principal bien monétaire

« Les investisseurs peuvent convenir que le bitcoin possède de nombreuses qualités qui font une bonne monnaie, mais qui peut dire qu’un seul bien monétaire peut ou va exister ?

Nous n’aurons pas l’audace de prédire qu’il n’y aura jamais qu’une seule monnaie, mais nous pensons qu’un bien monétaire finira par dominer l’écosystème des actifs numériques en raison de la puissance de l’effet de réseau.

Les effets de réseau monétaire sont extrêmement puissants. De nombreux investisseurs connaissent la puissance des effets de réseau qui veut que sa valeur augmente de manière exponentielle à mesure que le nombre de ses utilisateurs croît. Les réseaux monétaires ne sont pas différents. Cependant, ils sont encore plus puissants que les autres réseaux, car l’incitation à choisir la bonne monnaie est beaucoup plus forte que tout autre choix de réseau, tel qu’un réseau social, un réseau téléphonique, etc.

Si les investisseurs recherchent un actif numérique comme bien monétaire, un actif ayant la capacité d’agir comme une réserve de valeur, ils choisiront naturellement l’actif numérique dont le réseau est le plus grand, le plus sûr, le plus décentralisé et le plus liquide. Le bitcoin, en tant que premier actif numérique véritablement rare jamais inventé, a bénéficié de l’avantage du premier entrant et l’a conservé. Notez que si la domination du bitcoin (capitalisation de marché en pourcentage de l’ensemble de l’écosystème des actifs numériques) est passée de 100 % à environ 50 %, ce recul n’est pas dû à une diminution de sa taille, mais plutôt à la croissance du reste de l’écosystème.

Les réseaux monétaires ont également une propriété réflexive. Les gens observent les autres qui rejoignent un réseau monétaire, ce qui les incite à le faire également, car ils veulent aussi être sur le réseau où se trouvent leurs pairs ou leurs partenaires commerciaux. On peut observer ce phénomène à plus petite échelle avec les réseaux de paiement d’aujourd’hui, car des plateformes comme PayPal et Venmo se sont développées de façon accélérée.

Dans le cas du bitcoin, la propriété réflexive est encore plus prononcée, car elle ne concerne pas seulement les détenteurs passifs de l’actif, mais aussi les mineurs qui augmentent activement la sécurité du réseau.

[…]

Cette concurrence entre les réseaux est susceptible de déboucher sur un scénario du type « winner-take-all » à mesure que le réseau se développe et prend de la valeur. La raison étant que le choix de tout autre réseau monétaire qui échouerait à devenir dominant entraînera une perte d’investissement. Dit autrement, tout bien monétaire ultérieur reviendrait à « réinventer la roue ».

L’expression « ne pas réinventer la roue » est si courante qu’elle est devenue un cliché. Néanmoins, nous pensons qu’elle s’applique au bitcoin en tant que bien monétaire numérique. L’invention de la roue représentait une technologie entièrement nouvelle qui, une fois inventée, ne pouvait jamais être réinventée. De même, jamais dans l’histoire de l’humanité le problème de la rareté numérique et d’une véritable monnaie électronique de pair-à-pair n’avait été résolu avant l’invention du bitcoin.

Étant donné que le bitcoin est actuellement le réseau monétaire le plus décentralisé et le plus sûr (par rapport à tous les autres actifs numériques), un actif numérique plus récent qui tenterait d’améliorer le bitcoin en tant que bien monétaire devra nécessairement se différencier en sacrifiant l’une de ces propriétés, voire les deux. Un concurrent qui essaierait simplement de copier l’intégralité du code de Bitcoin échouerait également, car il n’y aurait aucune raison de passer du plus grand réseau monétaire à un réseau totalement identique, mais bien plus petit. »

Pourquoi est-il peu probable qu’un autre actif numérique supplante le bitcoin en tant que bien monétaire ?

« Les investisseurs s’accordent peut-être à dire que le bitcoin est actuellement le meilleur bien monétaire sur le marché des actifs numériques et qu’il est probable qu’un bien monétaire numérique domine le marché en raison des effets de réseau.

Cependant, une version supérieure ou améliorée du bitcoin ne pourrait-elle pas être créée et prendre sa place ? Le code du bitcoin n’est-il pas open source, de sorte que tout le monde peut le copier et tenter de l’améliorer ?

Bien que cela soit certainement possible dans un marché libre d’actifs numériques émergents, nous pensons qu’il est hautement improbable que le bitcoin soit remplacé par un actif numérique « amélioré » pour plusieurs raisons. L’une des principales raisons est que toute amélioration d’une caractéristique du bitcoin, par exemple l’amélioration de sa vitesse de transaction, entraîne une réduction d’une autre caractéristique. Ce compromis est connu sous le nom de trilemme de la blockchain. »

Le trilemme de la blockchain

« La blockchain ne peut offrir que deux garanties sur trois à la fois, parmi :

Décentralisation / Sécurité / Vitesse de transaction

Sécurité

La sécurité fait référence à la probabilité que le réseau puisse être attaqué ou compromis. Dans le cas d’un réseau décentralisé comme le bitcoin, la principale préoccupation est une attaque « 51 % », par laquelle une seule personne ou entité contrôle plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau Bitcoin (connue sous le nom de hashrate). S’il y parvient, l’attaquant pourrait contrôler le réseau ou, plus précisément, apporter des modifications au registre des transactions, par exemple en effectuant des doubles dépenses ou en annulant des transactions. La confiance dans le réseau serait perdue et le réseau entier pourrait s’effondrer. À mesure que le réseau Bitcoin s’élargit, avec plus de nodes et de mineurs de plus en plus éparpillés dans différentes zones géographiques, il devient plus difficile et plus coûteux l’attaquer.

Le bitcoin est de loin l’actif numérique le plus sûr si l’on compare sa puissance de calcul (hashrate qui sécurise le réseau) à celle d’autres actifs numériques utilisant le même algorithme de hachage :

En raison des différences entre les algorithmes de hachage, le hashrate du bitcoin ne peut pas être directement comparé au hashrate de certains actifs numériques, notamment celui d’Ethereum, le deuxième actif numérique en termes de capitalisation boursière. Cependant, nous pouvons comparer l’utilisation annuelle totale de l’énergie comme un indicateur de la sécurité. La quantité d’énergie utilisée est un proxi de la sécurisation du réseau.

Selon cette mesure, on estime que le bitcoin consomme environ 137 térawattheures (TWh) annualisés, contre environ 25 TWh pour Ethereum.

Décentralisation

La décentralisation fait référence au degré de contrôle qu’une personne, une entité ou un groupe peut avoir sur un réseau. Dans un réseau décentralisé, le consensus est obtenu par une sorte de mécanisme de vote. Dans ce système, aucune entité unique ne peut contrôler ou restreindre le réseau. Dans un réseau décentralisé ouvert, chacun est également libre de se joindre au réseau et aucune entité ne peut l’exclure tant qu’il respecte les règles (le protocole) du réseau.

Cela permet au réseau de fonctionner sans intermédiaire. Mais le coût d’une décentralisation poussée est la diminution du débit du réseau (la vitesse des transactions) en raison de la nécessité d’un consensus large.

[Le bitcoin pourrait tout à fait avoir une vitesse de transaction illimitée. Mais cela ferait grossir la blockchain. Or, pour que le réseau soit décentralisé, il faut qu’il y ait beaucoup de votants (nodes qui vérifient que les transactions sont exactes). S’il devient trop coûteux en disques durs pour stocker la blockchain, il y aura moins de nodes, ce qui réduirait la décentralisation du réseau. Fidelity explique tout cela en détail plus loin dans son papier en racontant la « Guerre du big block ». Le cas du Bitcoin Cash, un hard fork lié à cette guerre, est également décortiqué.]

Le bitcoin est l’actif numérique le plus décentralisé sur la base de nombreux facteurs. Par exemple, comme l’a noté un récent rapport de CoinMetric, la décentralisation du bitcoin continue d’aller croissant : le nombre de détenteurs est devenu distribué, les adresses actives continuent d’augmenter et les pools de mining du bitcoin continuent de se fragmenter et de se concurrencer. En outre, le hashrate, a récemment subi une grande distribution. Il y a quelques années seulement, on estimait qu’environ 75 % du hashrate du réseau Bitcoin provenait de mineurs situés en Chine contre seulement 4 % aux États-Unis. Plus récemment, en raison de l’interdiction du mining par la Chine, pratiquement aucun mineur n’est resté en Chine. Ce sont désormais les États-Unis qui occupent la première place avec environ 35 % de part de marché.

Vitesse de transaction

La vitesse de transaction fut un temps le talon d’Achille du réseau Bitcoin. Ce dernier maximise la décentralisation et la sécurité, ce qui se paie par un débit de transactions lent. Le réseau Bitcoin ajoute un nouveau bloc en moyenne toutes les 10 minutes, et parce que la taille du bloc de Bitcoin est limitée, chaque bloc ne peut contenir qu’un nombre limité de transactions. Pour mettre cela en perspective, le réseau Bitcoin est capable de traiter environ trois à sept transactions par seconde, contre 1 700 transactions par seconde (voire plus si nécessaire) pour le réseau de paiement hautement centralisé qu’est Visa.

[Cela étant dit, le lightning Nerwork offre au Bitcoin la capacité de rivaliser avec Visa. Fidelity en parle plus loin dans son papier.]

Aucune des caractéristiques ci-dessus n’est en soi meilleure qu’une autre. Cela dépend du cas d’utilisation. Certains utilisateurs peuvent préférer la vitesse de transaction à la décentralisation et vice versa. Notre sujet ici est qu’il existe un compromis inhérent à la blockchain.

Pour résumer, nous pensons que le bitcoin est actuellement le réseau monétaire le plus sûr et le plus décentralisé. Par conséquent, cela exclut les autres réseaux qui sont en réalité en concurrence pour des cas d’utilisation différents de celui de la monnaie. Nous pensons également que le réseau bitcoin restera le plus sûr et le plus décentralisé. […] Nous pensons aussi que l’effet de réseau massif d’un réseau monétaire implique que la sécurité et la décentralisation du Bitcoin ne feront que se renforcer au fil du temps. Est-ce que qu’un autre réseau améliorera le bitcoin en tant que réseau monétaire ? La probabilité n’est pas nulle, mais elle est incroyablement faible. »

Un exemple concret de tentative d’amélioration du bitcoin : La Big Block War

« La vitesse de transaction du Bitcoin est limitée à la fois par le temps qui s’écoule entre l’ajout de chaque bloc (environ toutes les 10 minutes), et par la taille des blocs (1 Mo), qui limite le nombre de transactions pouvant tenir dans chaque bloc.

Certains utilisateurs et développeurs ont donc proposé une solution apparemment simple et directe pour résoudre ce problème : augmenter la taille des blocs. Bien que ce changement puisse sembler simple et ne prêtant pas à controverse, il a provoqué une guerre féroce de plusieurs années au sein de la communauté des développeurs.

On peut résumer le débat en classant les points de vue opposés en deux camps : le camp des « small blockers » contre les « big blockers ». Alors que la taille du bloc était au centre du débat, l’enjeu était en réalité plus large. Il touchait à l’essence même du Bitcoin et comment il devrait ou ne devrait pas évoluer. Ceux qui voulaient de petits blocs étaient généralement en faveur de règles de protocole robustes et très difficiles à modifier, avec un objectif à long terme de stabilité du bitcoin. Cette philosophie se poursuit aujourd’hui avec de nombreuses propositions de changements de code, même des mises à jour considérées comme des améliorations, qui ne sont pas mises en œuvre. De leur point de vue, toute modification du code pourrait potentiellement rendre le réseau Bitcoin vulnérable à un vecteur d’attaque nouveau ou imprévu. Les small blockers pensent également que la possibilité que des individus puissent gérer un node est important pour préserver la sécurité et la décentralisation du Bitcoin. De gros blocs signifieraient une blockchain plus grosse, ce qui rendrait par conséquent le fonctionnement d’un node plus coûteux (besoin de plus de disques durs).

A contrario, les big blockers souhaitaient que les règles du protocole puissent être modifiées plus facilement afin de pouvoir contourner les obstacles plus rapidement et saisir les opportunités qui se présentent avec une mentalité plus proche de celle d’une « start-up ». Des blocs plus grands permettraient une plus grande évolutivité et des transactions plus rapides.

Cependant, l’augmentation de la taille des blocs n’est pas sans inconvénients. Tout d’abord, des blocs plus gros conduisent à des blockchains plus grosses. Actuellement, l’ensemble de la blockchain (toutes les transactions jamais enregistrées sur le registre open source de Bitcoin) fait environ 400 gigaoctets. Cela rend possible pour presque tout le monde de télécharger l’ensemble de la blockchain et d’exécuter un node à partir de son ordinateur personnel ou même d’un ordinateur basique spécialement construit pour l’occasion, qui coûte environ 100 dollars. Si la blockchain devenait beaucoup plus grosse, il deviendrait plus coûteux et plus difficile pour les particuliers de faire fonctionner un node, ce qui conduirait à moins de décentralisation, car seules les entités relativement riches pourraient gérer des nodes.

Des blocs plus gros signifient également qu’il pourrait y avoir des blocs plus ou moins vides, ce qui entraînerait de faibles frais de transaction. Bien que cela contribue certainement à la vitesse de transaction, cela pourrait à l’inverse réduire les incitations pour les mineurs en raison de la baisse de leurs revenus. D’autant plus que la récompense par bloc (l’émission programmée des 21M de BTC) est divisée par deux tous les quatre ans. Si les mineurs cessent leurs activités, la sécurité du réseau Bitcoin s’en trouve diminuée.

En résumé, la guerre du Big Bloc démontre le trilemme de la blockchain inhérent au réseau Bitcoin. Des blocs plus gros pourraient augmenter la vitesse de transaction, mais au prix d’une perte au niveau de la décentralisation et de la sécurité.

[…] Les différents hard forks qui ont eu lieu à cause de ou en relation avec la guerre de la taille des blocs ont soit échoué complètement (comme le Bitcoin XT et le Bitcoin Classic) ou ont eu du mal à obtenir une quelconque domination du marché (tels que Bitcoin Cash [BCH] et Bitcoin SV [BSV] ou la « vision de Satoshi »).

Étude de cas Bitcoin Cash

« L’un des hard forks les plus remarquables issus de la guerre du bloc est le Bitcoin Cash (BCH).

Les partisans de ce hard fork pensent que le bitcoin devrait avant tout être un « système monétaire électronique de pair-à-pair », c’est-à-dire un système capable de gérer un grand nombre de transactions. En d’autres termes, les partisans de Bitcoin Cash pensent que le bitcoin devrait d’abord s’efforcer de devenir un moyen d’échange fiable plutôt qu’une réserve de valeur.

Nous insistons sur le fait qu’il n’y a rien d’intrinsèquement « mauvais » dans cette approche, mais elle démontre une fois de plus que les compromis faits pour une plus grande vitesse de transactions. Rien n’empêche de choisir Bitcoin Cash pour des paiements plus rapides ou moins chers, au détriment de la sécurité et de la décentralisation.

Cependant, nous pouvons constater qu’en matière de valeur globale, avec une capitalisation du bitcoin 100 fois supérieure à celle du Bitcoin Cash (BCH), les investisseurs ont préféré choisir le bitcoin (BTC) comme réseau monétaire préféré. Ils semblent donc préférer une réserve de valeur sûre et solide plutôt que des paiements plus rapides ou moins chers. »

Le bitcoin, en tant que bien monétaire supérieur, a plus de valeur qu’un réseau de paiement supérieur

« Cela nous amène à un autre point qui explique pourquoi nous pensons que le bitcoin devrait être considéré principalement comme un bien monétaire plutôt qu’un réseau de paiement. Le fait que le marché ait manifesté une préférence pour le bitcoin, qui est plus lent, indique que le marché apprécie actuellement le fait d’avoir une réserve de valeur hautement sécurisée et décentralisée plutôt qu’un autre réseau de paiement.

Comme nous l’avons déjà souligné, l’invention révolutionnaire du bitcoin fut de résoudre le problème de la rareté numérique, et non d’apporter une amélioration progressive à un système de paiement. »

Étude de cas Ethereum

« Il n’entre pas dans le cadre de cet article d’examiner le réseau Ethereum et le jeton ether dans son intégralité. Toutefois, il est instructif d’observer certaines des similitudes et des différences entre le bitcoin et l’éther, qui est le deuxième actif numérique en termes de capitalisation.

Dès sa création et sous la forme d’une idée publiée dans un « white paper », le bitcoin a tenté de résoudre le problème d’une « version purement peer-to-peer de la monnaie électronique ». Son réseau a été conçu pour être décentralisé et sécurisé afin que la valeur puisse être envoyée sans avoir à faire confiance à un intermédiaire. Combiné à un calendrier monétaire préprogrammé ainsi qu’un plafond d’offre de 21 millions de BTC, le bitcoin a pu devenir un bien monétaire et une réserve de valeur.

Ethereum a également commencé avec la publication d’un white paper en 2013. En résumé, Ethereum s’est fixé pour objectif d’utiliser la technologie blockchain développée par le bitcoin et de l’étendre à d’autres capacités, notamment la possibilité d’effectuer des transactions plus complexes. D’après le livre blanc d’Ethereum d’Ethereum : « What Ethereum intends to provide is a blockchain with a built-in fully fledged Turing-complete programming language that can be used to create “contracts” that can be used to encode arbitrary state transition functions… »

[Les fameux « smart contracts »]

Cela permet au réseau blockchain Ethereum d’héberger et d’exécuter des « contrats intelligents » qui peuvent être utilisés pour programmer toutes sortes d’applications. C’est pour cette raison que certains aiment se référer au réseau Ethereum comme un « ordinateur mondial distribué ». Le réseau permet également d’émettre différents jetons sur la blockchain Ethereum. Ce réseau agit comme une sorte de plate-forme que d’autres peuvent utiliser pour construire de multiples applications par-dessus d’autres applications financières décentralisées, de jeux, d’outils de médias sociaux, etc.

Si Ethereum peut être considéré par certains comme un réseau supérieur ou plus avancé que Bitcoin, les capacités et la flexibilité supplémentaires ont un coût. Un réseau plus complexe augmente le risque de bugs. Par ailleurs, la décentralisation est moindre, de même que la sécurité.

Vous trouverez ci-dessous un résumé de certaines des différences et des compromis entre les réseaux Bitcoin et Ethereum. En sachant qu’Ethereum va bientôt passer en Proof of Stake :

summary of some of the differences and tradeoffs between the Bitcoin and Ethereum networks
PS : Il est désormais possible de réaliser des smart contracts sur le Bitcoin

The Bitcoin Lightning Network

« Nous assistons déjà à la construction d’une application intéressante de « layer 2 » par dessus la blockchain (layer 1) du réseau Bitcoin : le réseau Lightning. Il s’agit d’un réseau décentralisé construit à l’aide de la fonctionnalité des smart contracts et qui permet des transactions hors chaîne en BTC. Une analogie simple de ceci serait participants ouvrant un onglet privé entre eux sur leur navigateur internet afin de pouvoir faire des transaction rapides avec des frais de transaction très faibles. Le Ligthning Network permet d’augmenter la vitesse de transaction tout en sauvegardant la sécurité du Bitcoin.

Le scénario du « winner takes all » (Bitcoin)

L’internet et sa « layer 1 », TCP/IP, en sont le parfait exemple. La suite de protocoles Internet connue sous le nom de TCP/IP est une couche de base à code source ouvert qui permet de communiquer. Le protocole TCP/IP n’appartient à personne. La propriété n’est possible qu’au niveau des applications construites par-dessus. En revanche, la propriété de la « layer 1 » (la blockchain du Bitcoin) est possible dans le monde des actifs numériques. Comme TCP/IP, des applications peuvent également être construites en utilisant la couche de base (layer 1), ce qui vient augmenter la valeur de cette couche de base. Les innovations d’Amazon, Facebook, Google, Netflix et autres ont rendu la couche de base de l’internet beaucoup plus précieuse et importante. De la même manière, l’innovation qui a lieu dans et autour de protocoles d’actifs numériques fait augmenter leur valeur.

Ce qui est intéressant dans cette architecture, c’est qu’un investisseur peut posséder une partie de la couche de base de cette nouvelle technologie et peut être relativement agnostique quant aux applications spécifiques qui sont construites au-dessus. Cela reviendrait à posséder la couche de base d’Internet et à s’exposer à toutes les innovations qui s’y trouvent (par exemple, Google, Amazon, etc.) sans avoir à choisir les gagnants et les perdants.

Bien sûr, nous ne savons pas à quoi ressemblera le nouveau système d’actifs numériques au fur et à mesure de sa maturation, ni si nous verrons un monde multi-chaînes de différents jetons avec différents degrés de centralisation ou si nous verrons une approche « winner-take-all » où plus d’applications sont construites sur la chaîne la plus sécurisée et décentralisée (Bitcoin). Cependant, il semble à ce stade que le bitcoin ait trouvé un rôle dans l’écosystème des actifs numériques, au moins en tant qu’actif rare et de réserve de valeur. La capacité de tous les autres actifs numériques à remplir d’autres cas d’utilisation reste à voir, à notre avis… On ne peut pas en dire autant du bitcoin. Cela crée des profils d’investissement risque/rendement très différents entre le bitcoin et tous les autres actifs numériques, et devrait finalement avoir un impact sur la façon dont les investisseurs envisagent d’incorporer chacun d’eux dans leur portefeuille d’investissement. »

D’autres paragraphes intéressants sont disponibles dans le rapport en anglais. Les titres de ces paragraphes sont :

  • How bitcoin may position itself against the rest of the digital asset ecosystem
  • A winner-take-all or most world
  • Digital assets’ place in a portfolio
  • Bitcoin’s risks, potential sources of return, and role in a portfolio
  • Non-bitcoin risks & return drivers

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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