Face à l’inflation, même le syndicat de la BCE veut des hausses de salaires

jeu 25 Nov 2021 ▪ 20h00 ▪ 7 min de lecture - par Nicolas Teterel

Ironie quand tu nous tiens. Le syndicat des travailleurs de la Banque centrale européenne réclame des augmentations de salaires face à l’inflation galopante. Croustillant…

L’arroseur arrosé

Le syndicat IPSO a demandé à ce que l’augmentation annuelle des salaires soit révisée à la hausse. Bloomberg s’est procuré un mail envoyé aux employés de la BCE dans lequel le syndicat estime que la hausse de 1,3 % proposée par la BCE « ne protège plus nos salaires contre l’inflation ». « Même si la hausse de l’inflation pouvait être de nature temporaire, ce que nous espérons tous, nous n’avons aucune garantie de récupérer nos pertes. »

L’IPSO n’a pas poussé la révolte jusqu’à critiquer les modes de calculs de l’inflation, mais elle a tout de même raillé l’institution : « La BCE n’est pas en mesure (ou n’a pas la volonté ?) de protéger son propre personnel contre l’impact de l’inflation ! »

L’inflation officielle dans la zone euro est actuellement de 4,2 % par an. La BCE clame à qui veut l’entendre que cette inflation est temporaire, mais les Allemands semblent perdre patience.

Alors que les projections économiques de la BCE anticipent que l’inflation n’ira pas plus haut, la Bundesbank avance pour sa part qu’elle atteindra bientôt 6 % (ce qui est déjà le cas aux États-Unis). Pour rappel, une inflation de 6 % par an, à salaire constant, signifie une perte de 50 % de son pouvoir d’achat en 7 ans…

projections d'inflation zone euro BCE
Projections de la BCE concernant l’inflation/La BCE pense que l’inflation n’ira pas plus haut que les 4,2 % atteints en octobre…

Il y a du gaz dans l’air entre la présidente de la BCE Christine Lagarde et Jens Weidmann, le président de la puissante Bundesbank. Nous rapportions dans notre analyse BTC/USD du mercredi que ce dernier s’est opposé à sa présidente lors d’une conférence réunissant les deux protagonistes : « compte tenu de l’incertitude considérable qui entoure les perspectives d’inflation, la politique monétaire ne devrait pas rester expansionniste trop longtemps ».

A contrario, l’ancienne présidente du FMI avait appelé deux heures plus tôt à ne pas resserrer prématurément la politique monétaire. Dit autrement, la réunion de décembre s’annonce mouvementée. La raison étant que l’enveloppe de 1 850 milliards allouée aux achats de dettes sera vide autour du mois de février 2020 et que la BCE a probablement l’intention d’en remettre une couche.

Il en résulterait une divergence de politique monétaire avec la Fed qui vient d’amorcer une réduction de ses achats mensuels de dette. D’où la baisse d’EUR/USD sur le Forex, soit dit en passant.

L’inflation ne sera pas « transitoire »

C’est en tout cas ce que suggèrent plusieurs facteurs directement liés à la hausse des prix. À court terme, le prix du transport reste très élevé en raison de la crise logistique mondiale. Goldman Sachs n’anticipe pas un retour à la normale avant 2023…

Plus d’une centaine de porte-conteneurs patientent actuellement au large du port de Los Angeles. Ces embouteillages provoquent des pénuries ainsi qu’une très forte hausse des prix du transport par conteneur.

worldwide composite freight rate benchmark
Indice mondial du prix de transport en conteneur (courbe noire : prix du voyage en conteneur depuis Shanghai vers Los Angeles)

À cela s’ajoute la hausse du prix du baril, en sachant que 94 % du transport mondial utilise encore du pétrole.
Or la hausse du prix du baril risque fort de ne pas être quelque chose de temporaire même s’il est peu probable que que nous dépassions les 80 $ pour un baril. La raison étant que les pans fragiles de l’économie sont détruits au-delà de 80 $, ce qui réduit la demande et fait baisser en retour le prix du pétrole.

Néanmoins, nous sommes à ce moment charnière où la production de pétrole globale commence à chuter. Et cela alors que l’augmentation de la population promet une augmentation de la demande. En d’autres termes, l’inflation liée à la pénurie énergétique ne sera pas « transitoire ».

Par ailleurs, voici la hausse des prix des produits de base au cours de l’année dernière…

Le café : +109 %
Essence : +82 %
Pétrole brut WTI : +75 %
Mazout de chauffage : +75 %
Gaz naturel : +74 %
Pétrole Brent : +72 %
Coton : +58 %
Blé : +40 %
Aluminium : +37 %
Maïs : +36 %
Cuivre : +34 %
Sucre : +34 %
Bois d’œuvre : +30 %
Soja : +7 %
Argent : +1 %
Or : -1 %.

Même constat au niveau des matières premières stratégiques comme l’uranium (+50 % sur un an) et autres terres rares absolument essentielles pour la transition énergétique post-pic pétrolier.

La transition énergétique dépend de minéraux et autres métaux indispensables dont la disponibilité sera plus ou moins critique selon les choix qui seront faits (éolienne et solaire vs nucléaire/Vélo vs véhicules électriques, etc.).

Par exemple, la production actuelle de lithium (300 000 tonnes par an) devra être multipliée par 10 d’ici 2030 pour satisfaire les objectifs de réduction des émissions de CO2. Ambitieux quand on sait que le prix du lithium, nécessaire à la fabrication des batteries électriques, est déjà au plus haut historique, en hausse de 324 % sur un an.

Dans son scénario « développement durable » (Sustainable Development Scenario SDS), l’AIE anticipe une multiplication par 30 de la demande globale de minéraux pour les véhicules électriques entre 2020 et 2040.

Projections de l’AIE concernant la demande de minéraux pour les batteries de véhicules électriques (la demande pour les véhicules électriques représente la moitié de la demande totale de minéraux)/Source AIE

Tout compris (minéraux requis pour construire les éoliennes, les panneaux solaires, etc.), la demande de lithium sera même multipliée par 42 d’ici 2040. Par 25 pour le graphite. 21 pour le cobalt. 19 pour le nickel. 7 pour les terres rares. Le poids de l’ensemble de ces minéraux à transporter est multiplié par 4 (plus de 30 millions de tonnes par an). Or, rappelons-le, 94 % du transport mondial utilise encore du pétrole, sans parler des machines qui servent à creuser le sol…

La transition énergétique nous promet une inflation absolument pas transitoire. Ont-ils déjà demandé des augmentations de salaire du côté de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ? Ils feraient mieux d’acheter du bitcoin…

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A
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Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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