BISQ: l'exchange de bitcoins (BTC) en peer to peer

ven 24 Sep 2021 ▪ 7h30 ▪ 10 min de lecture - par Rédaction TCT

Débuter en cryptomonnaies implique de s’en procurer et cela est parfois problématique pour beaucoup. Diverses approches, plus ou moins répandues, peuvent être adoptées. Dans cet article, nous allons nous concentrer sur l’application Bisq, qui propose une solution complètement décentralisée pour échanger ses bitcoins.

Débuter dans l’achat de Bitcoin et de crypto n’est pas toujours facile

Pour se procurer des bitcoins, le moyen qui semble le plus évident consiste à passer par des bourses d’échange ayant pignon sur rue, ce qui implique de montrer patte blanche avec des procédures de conformité assez lourdes voire intrusives. De plus, les transactions cryptos effectuées via ces bourses d’échange sont facilement traçables ce qui constitue une entrave à la vie privée.

Si l’on veut éviter les fourches caudines du KYC et de la traçabilité, plusieurs possibilités existent. Tout d’abord, vous pouvez vous concerter avec certains de vos proches pour acheter et vendre entre vous des cryptomonnaies. Cette approche reste certes très limitée, mais sa mise en pratique offre l’avantage de vulgariser l’utilisation de cryptos entre particuliers et permet déjà un usage concret de la technologie. Il existe par ailleurs des solutions pour acheter des bitcoins en espèces.

Plus répandue, l’utilisation des plateformes d’échanges décentralisées (DEX) permet un réel anonymat. Elles reposent sur des smart contracts basés le plus souvent sur Ethereum (mais pas toujours) ; l’inconvénient pouvant être des frais relativement élevés dans le cas de transactions modestes.

D’autres plateformes sont apparues afin de proposer des échanges de cryptomonnaies en peer to peer. Malheureusement, on se retrouve là aussi à devoir suivre un processus de KYC pour prouver son identité. Mis à part pour Evonax, mais là, on ne peut qu’échanger des cryptos et on n’a pas accès aux échanges Fiat. Retour à la case départ donc.

C’est dans ce contexte que se démarque BISQ, un logiciel peer-to-peer qui propose de mettre en relation acheteurs et vendeurs de bitcoins, sans KYC et en toute sécurité. Alors, l’application tient-elle toutes ses promesses ? Et si oui, comment ?

BISQ, une solution intéressante : comment ça marche ?

Bisq se présente sous la forme d’une application Windows, Mac ou Linux qui va se connecter à des pairs à travers le réseau TOR, pour garantir un total anonymat. Rappelons que TOR est un réseau informatique permettant d’anonymiser les connexions et le trafic entre différents interlocuteurs. Conséquence, Bisq a tendance à solliciter lourdement le CPU, au moins par périodes, ce qui se manifeste par un fonctionnement pour le moins inhabituel du ventilateur de l’unité centrale…

Pour pouvoir utiliser Bisq, vous allez devoir envoyer des bitcoins vers un portefeuille créé lors de l’installation du logiciel. Ils pourront ainsi être bloqués et utilisés comme caution pour sécuriser les transactions que vous serez amenés à faire. Car c’est bien là ce qui semble être un paradoxe : si vous voulez acheter des bitcoins, il faut d’abord en déposer sous séquestre. C’est un principe récurrent dans le monde  de la DéFi et des cryptomonnaies en général : Dans un contexte décentralisé, le dépôt d’une caution couvrant la transaction, en totalité ou en partie, est le seul moyen de garantir un niveau de sécurité suffisant.

A ce stade, est-il encore nécessaire de rappeler qu’il sera impératif de sauvegarder de manière sécurisée et fiable les accès à votre portefeuille. Rien ne pourra être fait si vous les avez perdus…

La prochaine étape consiste à définir ses moyens de paiement. Vous pouvez en définir plusieurs dans les devises que vous désirez. Pour chacune d’elles, il peut y avoir des types de transfert spécifiques. Par exemple, pour l’Euro, on peut choisir les transferts SEPA, SEPA Direct. Dans tous les cas, on peut aussi régler par transfert d’argent type Western Union ou Moneygram ce qui est particulièrement utile dans les zones faiblement bancarisées ou bien si l’on souhaite justement éviter de passer par des banques. Dans ce dernier cas, la documentation Bisq recommande explicitement d’éviter les libellés d’ordres faisant référence à des opérations relatives aux crypto-monnaies. 

Il est maintenant possible de créer une nouvelle offre d’achat ou de vente en précisant le mode de transfert et le compte de paiement à utiliser. Les montants autorisés dépendront de votre propre mise initiale en Bitcoin. D’un autre côté, vous pouvez exiger le pourcentage du montant en Bitcoin (en général 25%) que le correspondant devra avoir mis sous séquestre pour pouvoir accepter la transaction.

Du fait de l’architecture en peer-to-peer, précisons qu’une fois que vous avez émis une offre, il est impératif de garder Bisq en ligne pour que celle-ci soit visible par les intéressés et qu’elle puisse être acceptée. Couplée à la contrainte de la consommation CPU, cette exigence va sans doute emmener les plus gros utilisateurs à envisager de dédier une machine spéciale pour cela.

Pour plus de confort, vous pouvez coupler votre instance Bisq à une application iPhone ou Android qui va vous permettre de recevoir les notifications des transactions acceptées et ainsi les traiter sans nécessairement être devant votre PC. Une facilité non négligeable…

Une fois qu’une offre est acceptée, les informations de paiement sont transmises aux deux parties ; Il faut ici souligner que Bisq ne gère que le côté bitcoin d’une transaction à l’aide d’une transaction multi-sig; l’autre côté étant géré via des services de paiement fiduciaire (banques, mandats, espèces). Les intervenants devant alors communiquer pour s’assurer que chacun a bien fait sa part de travail.

Il est également possible de mettre en place des échanges entre bitcoin et d’autres crypto-monnaies. Là aussi, seule est gérée la partie bitcoin de la transaction, la contrepartie étant laissée à la charge des intervenants. Cette particularité est pour le moment assez peu exploitée, sauf peut-être pour les paires Bitcoin / Ethereum et Bitcoin / Monero.

Zoom sur le traitement des Litiges

Le dénouement d’une offre étant laissée au bon vouloir des participants, il est crucial de pouvoir recourir à un mécanisme efficace d’arbitrage en cas de litige. Le dépôt initial d’une caution en bitcoin étant la première étape, voyons comment se passe la procédure de résolution, les étapes devenant de plus en plus contraignante pour le demandeur :

  • La première étape consiste tout simplement à échanger par chat sous Bisq avec son interlocuteur afin de faire le point sur ce qui ne va pas.
  • Si cela ne suffit pas, il faut ouvrir une procédure de médiation, menée par un médiateur rémunéré pour cela. Les deux parties doivent coopérer et le médiateur proposera une solution de paiement avec application éventuelle de pénalités puisées dans la caution.
  • Si l’une des parties n’est pas d’accord avec la décision du médiateur, elle peut demander une requête d’arbitrage. L’arbitre déclenchera le remboursement au demandeur s’il estime qu’il est dans son droit
  • Enfin, si tout le reste a échoué, il reste la possibilité d’émettre une demande de remboursement la DAO (decentralized autonomous organisation) qui sera soumise au vote des membres.

Donc, faut-il faire confiance à tel acheteur ou vendeur pour faire une transaction ? Les mécanismes de résolution proposés par Bisq sont bien pensés et les choses se déroulent généralement plutôt bien. Les cas litigieux sont rares et en général résolus dès la phase de médiation. Après, il faut bien prendre conscience que l’on est dans un système décentralisé et que la décision de conclure ou pas une offre vous appartient exclusivement. Dans un tel contexte, la notion de libre arbitre est essentielle et il n’y aura pas ici d’autorité centrale qui vous prendra en charge « pour votre sécurité, merci pour votre compréhension » …

Coup d’oeil au jeton BSQ

Chaque transaction sous Bisq génère des frais destinés à rémunérer les intervenants du projets (arbitres, médiateurs, etc). Par défaut, ils sont prélevés en bitcoins, mais les utilisateurs sont incités, par des tarifs plus avantageux, à utiliser plutôt des jetons BSQ. Il s’agit de bitcoins colorés dont l’utilisation permet une plus grande décentralisation dans la rémunération des contributeurs et le fonctionnement du réseau. 

Bisq étant basé sur une organisation décentralisée (DAO), l’utilisation des jetons BSQ plutôt que des bitcoins, permet de rendre le modèle de gouvernance de Bisq aussi décentralisé et résistant à la censure que le réseau Bisq lui-même.

Application très complète, Bisq permet de résoudre la problématique des échange de bitcoins décentralisé, de la même façon qu’un prestataire comme LocalBitcoins, mais sans KYC. Au prix toutefois de contraintes (dépôt de BTC en caution, consommation CPU et nécessité de laisser Bisq en ligne lorsque des offres sont en cours) qui laissent conclure que son utilisation serait plutôt destinée à des utilisateurs avertis.

Rédigé par Claude Bernardini pour Cointribune. 

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Derrière la signature générique « Rédaction TCT » se trouvent de jeunes journalistes et des auteurs aux profils particuliers qui souhaitent garder l’anonymat car impliqués dans l’écosystème avec certaines obligations.

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