Vitalik Buterin présente le concept de « Crypto Cities »

mer 03 Nov 2021 ▪ 23h00 ▪ 13 min de lecture - par Mikaia Andriamahazoarimanana

Dans son site web personnel, Vitalik Buterin nous livre un long article sur le concept de « Crypto Cities ». Des réflexions qui partent d’un constat de l’intérêt croissant de certains gouvernements pour les nouvelles technologies comme la crypto et qui se termine par un partage d’expériences liées à l’économie et la gouvernance. Attachez vos ceintures, ça va secouer !

Les nouvelles tendances

Le fin observateur qu’est Vitalik Buterin a mis en exergue deux grandes tendances du début de son billet de blog.

La première tendance concerne les expérimentations menées par un grand nombre de gouvernements, lesquels sont de plus en plus séduits par le phénomène crypto. Il a cité à l’occasion la stratégie « tech-startup » menée par le maire de Miami sur Twitter pour promouvoir la technologie cryptographique auprès de la population locale. Il a également évoqué les essais entrepris par le Wyoming sur le DAO, les votes quadratiques entamés par le Colorado et d’autres projets radicaux comme Telosa, Nkwashi ou encore Prospera.

La deuxième tendance reflète la rapidité de la vulgarisation des projets crypto  (coins, NFT, DAO, etc.).

Le mix de ces deux tendances nous laisse apprécier des scénarios incluant notamment une ville dotée de son propre coin ou token, ou d’un système d’enregistrement sur la chaîne ou DAO.

D’ailleurs, certains ont déjà compris l’idée, au point de mettre sur pied des projets novateurs comme :

– CityCoins.co : projet construit sur Stacks (STX) visant le lancement de bitcoins (BTC) propres à une ville, à l’instar de MiamiCoin ou San Francisco Coin ». Une partie d’entre ces coins assurant une totale indépendance iront alimenter le trésor municipal ;

– NFT : recours aux tokens pour financer les artistes locaux. C’est ce que la ville de Busan attend présentement du « NFT Busan 2021 » qui ne se limite pas aux retombées économiques, à ce qu’il parait.

– « Blockchainification » de la ville : une initiative proche de celle menée par Hillary Schieve, maire de Reno, dont l’objectif consiste à soutenir l’art local par la mise en place d’un RenoDAO, de RenoCoins en vue de générer plus de revenus par la location de propriétés, de loteries sécurisées sur blockchain…

– Gouvernance DAOifiée : pour ne citer que CityDAO dont la particularité réside dans la construction d’une ville à partir de la blockchainn Ethereum. Contrairement aux expérimentations menées à Miami et à Reno, cette idée promeut la création de villes nouvelles, c’est-à-dire jadis inexistantes.

Autant de mouvements qui rendent propices les évaluations des idées de changement dans le monde contemporain.

Pourquoi s’intéresser aux villes ?

La lenteur des prises de décision et l’absence d’efficacité des projets déjà entrepris dans le passé handicapent certains dirigeants. L’absence de détermination au niveau des acteurs mélangé à des idées farfelues de nos gouvernants constituent un vrai handicap. Au point d’entraver la démocratie dans le sens où le statu quo est généralisé en matière de centralisation.

Parallèlement à cela, certaines localités peinent à avancer de véritables théories capables de convaincre de grand nombre. Pluralité culturelle oblige, le dynamisme se voit poindre à la Saint-Glinglin.

Néanmoins, de l’espoir reste palpable dans les petites localités où l’attention des habitants est facile à capter. De telles conditions seraient, en effet, propice à l’optimisation de l’administration des biens publics, à la planification urbaine ou à l’établissement d’un mode de gouvernance idoine. Autant de défis et d’opportunités auxquels s’exposent les autorités municipales.

De plus, les économies de ces villes témoignent d’une cohésion non moins tangible favorisant une adoption généralisée de la crypto monnaie.

En cas d’insuccès, les insatisfaits ne pourront que sortir par la grande porte pour refaire leur vie ailleurs. Une possibilité que seule la démocratie peut garantir avec le dévouement de dirigeants avisés.

Grosso modo, il semble que les modes de gouvernance locale soient sous-estimés. Seul bémol, cette forme de centralisation qui peine à s’extraire du terrain. Conséquence : des problèmes de transparence et de confidentialité persistent. D’où la nécessité de l’appropriation des technologies blockchain et cryptographiques, qui sont de vrais vecteurs d’ouverture et de participation.

Quelles possibilités pour les villes ?

Beaucoup de choses restent à tester. Pour ne citer que l’ajout de pistes cyclables supplémentaires, l’usage de compteurs de CO² ou de lampes de désinfection émettant des UV capables de tuer le virus Covid-19 à l’insu de tout le monde. Certaines localités peuvent aller jusqu’à financer des recherches sur l’allongement de la durée de vie de leurs habitants.

En ce qui concerne la blockchain, celle-ci est capable de :

– rendre les processus existants plus fiables, transparents et vérifiables ;

– promouvoir de nouvelles expériences en matière de propriété foncière ou à partir d’autres actifs rares jusqu’à modifier la démocratie existante.

Nous sommes tous au courant que la blockchain embarque avec elle plusieurs avantages dont la possibilité de vérifier les choses publiques, la connexion et l’interconnexion avec d’autres applications intégrées dans son écosystème, etc. L’efficacité des systèmes basés sur cette technologie dépasse de loin celle associée au papier. N’est-il pas possible de partir du même principe pour créer une nouvelle forme de tribune via laquelle les citoyens peuvent contribuer, ne serait-ce par des commentaires, à la résolution d’un ou plusieurs problèmes concernant leur ville ?

Cap sur la fiabilité et la transparence

Certains responsables gouvernementaux sont déjà à l’œuvre. La preuve : ils créent des stablecoins à usage interne pour surveiller les paiements des fonctionnaires. Et il semble qu’ils suivent de près le paiement d’impôt individuel ou collectif sur la même base.

Dire que la blockchain peut offrir mieux que les stablecoins de l’administration publique. Cette technologie offre tout ce qu’il y a de mieux pour garantir la transparence de ces paiements. Elle permet de démontrer que le calcul des montants à payer est dénué d’opacité, les transferts s’avèrent transparent et le suivi accessible à qui veut le faire.

Les possibilités ne s’arrêtent pas là. La blockchain peut aussi apporter un coup de pouce au processus de passation de marchés publics en intégrant dans ses chaines de blocs le contrat remporté par le soumissionnaire.

Sinon, question fiabilité, la technologie blockchain peut créer de meilleures circonstances pour la mise en place de :

– générateurs de nombre aléatoires équitables. Ceux-ci feront en sorte que les supports comme les VDF puissent accorder plus de fiabilité aux loteries ;

– certificats sécurisés et vérifiables. Grâce à des preuves cryptographiques, tout résident d’une ville jouira d’une pièce dont la vérification de l’authenticité peut se faire en chaîne ;

– registres d’actifs comme ceux associés aux propriétés foncières ou autres. Ici, le tribunal se dote d’une nouvelle alternative de règlement de litiges vu que les enregistrements en chaîne lui sont très importants.

L’on ne peut sous-estimer l’efficacité de la blockchain dans la gestion d’un vote électronique même si le système actuel demande quelques peaufinages.

Des expériences en matière d’économie et de gouvernance

Au stade où l’on est, la certitude n’est pas toujours au rendez-vous. Le co-fondateur d’Ethereum suggère la voie de l’expérimentation. De la sorte, il est possible d’apporter des ajustements en cas d’échecs.

Deux expériences sont attendues à l’occasion :

– Expérience numéro 1 : vision globale des city tokens

CityCoins.co nous donne un aperçu sur le fonctionnement des tokens de ville. Certes, c’est une vision percutante, mais elle reste de loin la seule qui convient. L’approche choisie n’est pas exempte de risque, notamment du côté de la durée. L’émission de tokens pour les cinq années à venir, conviendra-t-elle aux besoins des cinquante années à venir ? En voilà une bonne matière à méditer.

L’autre point abordé par Vitalik Buterin dans cette expérience est l’accessibilité à la propriété foncière. Le fait qu’une maison soit considérée à la fois comme lieu de vie et actif d’investissement nous met logiquement dans l’embarras. Car d’un côté nous avons une logique d’investissement, de construction en vue de revenus, et de l’autre une logique de bien-être qui pourrait être gênée par d’éternelles quêtes de retours sur investissement.

Ces problèmes ne devront pas, toutefois, démotiver les acteurs de l’immobilier. D’ailleurs, les subventions étatiques (toujours dans une optique de motivation) dans le secteur sont toujours les bienvenues. Mieux il se porte, plus il est possible d’instaurer une harmonie entre l’homme et le milieu dans lequel il évolue. L’idéal serait l’intégration d’un city token divisible et fongible, un actif qui évoluera en qualité et en quantité en fonction de la prospérité de la ville.

Les enjeux du city token sont multiples :

– augmentation des sources de revenus durables pour le gouvernement central ;

– conciliation du développement économique des résidents et celui de la ville ;

– promotion de l’épargne et de l’accumulation de patrimoine ;

– encouragement des activités pour le développement social, sans nuire aux ressources existantes ;

– promotion de l’égalité entre riche et pauvres.

Avec le city token, l’accès à une kyrielle de services devrait être autorisé. C’est le cas de MiamiCoin qui a encouragé les entreprises à suivre cette orientation. L’idéal serait d’accéder aisément à des services publics grâce à la détention d’un certain nombre de token.

Ainsi, il est difficile d’y arriver sans une incitation à l’accumulation de tokens avec une valeur stable et à privilégier la détention de ces actifs par les résidents locaux au lieu des étrangers. De même, il incombe aux décideurs de s’orienter vers une cohésion économique territoriale pour rendre la ville plus attrayante et motiver par la suite les résidents à user des espaces publics payants. À ne pas oublier non plus qu’il s’avère nécessaire de faire comprendre que l’appropriation d’une résidence ne rime pas avec l’acquisition d’un endroit isolé. En effet, ce patrimoine représentera toujours une partie intégrante de cette ville. Et enfin, mieux vaut recommander l’usage durable des ressources, exit l’idée de vouloir abuser des tokens (ou autres actifs) pour éviter toute forme de gaspillage.

Bref, notre visionnaire n’est pas du genre à s’emprisonner dans une idée spécifique. Dans certaines parties de son exposé, il a eu tendance à mettre en avant la pluralité.

Expérience numéro 2 : formes de gouvernance plus radicale et participative

Cette nouvelle expérience se rapproche beaucoup plus des idées de Radical Markets mettant en avant les taxes Harberger, le vote quadratique ou le financement éponyme. Nul besoin d’un city token pour y arriver. À titre d’exemple sur le vote et le financement quadratique : les initiatives du parti démocratique du Colorado, le Boulder Downtown Stimulus de Gitcoin ou encore le hackathon promu par la présidence taïwanaise.

Pour leur réalisation sur le long terme, le mieux serait d’inciter les développeurs à améliorer l’esthétique des bâtiments à construire, faire en sorte que les taxes Harberger (ou n’importe quel mécanisme financier) puissent réformer les règles de zonage, ou encore faire appel aux blockchains pour rendre ces mécanismes fiables et efficaces.

Sur le court terme, subventionner intelligemment les entreprises locales doit être à l’ordre du jour. Ainsi, les nouvelles formules comme le Downtown Stimulus doivent faire l’objet de plus d’attention, tant dans son importance que dans sa durabilité. Les financements quadratiques iront également revitaliser les nouvelles localités industrielles, comme le fera le vote quadratique à appliquer lors du visionnage de spots publicitaires. Un gain d’originalité et de créativité en perspective.

Le terme « incitation » se cache derrière cette longue réflexion, dirait-on. La démocratie serait la pierre angulaire de ces visions : une démocratie numérique digne du 21e siècle, loin de sa forme initiale du 20e siècle présentant des tas d’imperfections. Avec l’appui de la blockchain, il y a bien sur fort à parier que les votes seront de plus en plus sécurisés. Histoire de redorer le blason de la politique avec des idées aussi novatrices.

Pour conclure, Vitalik Buterin a fait un survol d’idées plus intéressantes sur le déploiement d’un city token dans une ville déjà existante ou une localité en phase de constitution. Les personnes richement nanties financièrement sont conviées à se pencher sur ce genre de projet. Avec l’aide de la blockchain, la confiance est à nouveau dans les airs, et corolairement la démocratie numérique. De nos gouvernants nous attendons donc des initiatives, pas forcement le grand saut, mais des petites avancées qui connaitront sans nul doute un aboutissement.

Mikaia Andriamahazoarimanana

La révolution blockchain et crypto est en marche ! Et le jour où les impacts se feront ressentir sur l’économie la plus vulnérable de ce Monde, contre toute espérance, je dirai que j’y étais pour quelque chose

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