Quand les musiciens rêvent d'un futur transformé grâce aux qualités de la blockchain et des crypto.

lun 15 Fév 2021 ▪ 15h00 ▪ 12 min de lecture - par Claire Desombre

Certains artistes utopistes rêvent d’un avenir où ils pourraient être payés équitablement et rapidement, où la revente des billets serait sans escroc et où les événements artistiques passés pourraient obtenir une valorisation financière.

Or ce rêve n’est peut être pas si loin qu’on ne le pense !

Sur TheCoinTribune, retour en 3 épisodes sur ce qu’ils ont mis en place. Présentation de leurs solutions concrètes qui utilisent les qualités des crypto et des blockchain pour servir l’industrie musicale de demain.

Arrêt sur image : mais qui en est donc cette industrie musicale omniprésente et omnipotente ?

L’industrie musicale est un écosystème à part entière, assez opaque et assez lent il faut bien l’admettre. C’est un immense labyrinthe de labels-maisons de production, éditeurs, distributeurs, collecteurs de droits et autres professionnels en interaction. 

Cahin-chaos, ces rouages fonctionnent relativement bien pour ces professionnels, mais les artistes qui les font travailler et qui les rémunèrent demeurent -eux- impayés pendant des mois et des mois.

L’arrêt des activités imposées par le Covid 19 a remis en exergue les problèmes criants des artistes. 

Leurs questions sont simples : 

  • pourquoi ce système de rémunération est-il si lent et nécessite-t-il autant d’intermédiaires qui ajoutent des délais et qui ponctionnent chacun une commission supplémentaire ? 
  • comment remédier et résorber cet imbroglio pour ne garder que les professionnels indispensables ?

Le magazine Rolling Stone ouvre une brèche en présentant officiellement une étude complète sur des réalisations existantes qui utilisent déjà la technologie blockchain et les crypto, et qui permettent dès aujourd’hui de comprendre ce qu’elles apportent aux artistes et aux œuvres

Des experts tels que Zach Katz, Shara Senderoff, Adam Alpert et RAC ont été interviewés car ils sont à la fois issus du monde de la musique et des crypto-adopters. Chacun d’eux a utilisé cette technologie pour développer des solutions innovantes ouvrant sur de vrais alternatives, des vraies réponses cohérentes, concrètes, réalisables. 

Cet article résume l’étude de Rolling Stone qui présente leurs réalisations et les composantes natives de ces technologies qui permettent de créer de la transparence sur les transactions et de l’indépendance sur les prix et les choix de carrières

Devant nos yeux, labels, artistes et fans racontent leurs innovations et montrent comment ce marché de plusieurs milliards de dollars détenu sans partage par une industrie musicale archaïque est en train d’être disruptée par des pionniers technophiles pour revenir aux fondamentaux de l’œuvre et l’artiste.

Comment aborder ce panorama de solutions blockchain et crypto au service des œuvres et des artistes ?

Pour commencer, il faut comprendre que les solutions qui sont en train d’émerger n’ont pu voir le jour que grâce à la technologie sous-jacente de la crypto et des blockchains. 

C’est à partir de l’invention du protocole Bitcoin et de la cryptomonnaie bitcoin, que de très nombreuses variations ont pu être développées pour répondre aux différents besoins des utilisateurs. C’est dans cette continuité que les token non fongibles (NFT) ont été développés. 

Les token NFT sont un nouveau type de crypto très spécifique car chaque token est absolument unique et c’est cette caractéristique qui est utilisée pour contenir l’unicité d’une œuvre d’art, d’un concert, d’une photo, d’un billet de spectacle tout en possédant en lui ses contraintes de droits et donc de paiements.

La valeur ajoutée que voient les producteurs sur les NFT commence là, sur la diversité des rémunérations.

-Oui- l’éditeur d’un NFT représentant une œuvre digitale (musique, film, photo, …) peut programmer tout un ensemble de règles automatisant le paiement des artistes et des prestataires connexes. 

Concrètement, il peut indiquer dans chaque NFT émis 

  • le pourcentage à reverser à chaque interprète de l’oeuvre, avec ses droits de succession ou tout autre type de négociations contractuelles discrétionnaires
  • la modification automatique de ce pourcentage selon que l’oeuvre ait été achetée, louée, offerte, à utiliser une fois ou sans limite, pour aujourd’hui ou pour un futur défini ou non, dans un pays précis ou dans une zone géographique étendue, etc

Bref, avec le NTF les paiements peuvent être automatisés, instantanés et adaptés à toutes les contraintes légales et techniques qui régissent l’œuvre, la vente de l’œuvre et les lois financières de chaque pays sur ses modes de rémunération de ses artistes 

Ghazi Shami est l’un des plus fervents défenseurs et enthousiastes sur les capacités de la crypto. Pour lui, cette technologie répond parfaitement aux besoins spécifiques du secteur (Ghazi Shami : fondateur et directeur de la société de distribution musicale et du label Empire ayant travaillé avec tous les plus grands de Snoop Dogg à Migos).

Il raconte de façon simple son enthousiasme au magazine Rolling Stone

« Comment se fait-il que je puisse utiliser une application comme BitPay avec laquelle je peux envoyer des bitcoins à toute heure du jour et de la nuit, à n’importe qui n’importe où dans le monde, alors que si je veux envoyer un virement ou du cash à quelqu’un, je dois le faire pendant les heures de bureau, que cela prendra 24 heures, sachant que je ne peux pas le faire ni le samedi ni le dimanche ni les jours fériés ? « . 

Il dénonce aussi la prise d’otage des banques qui empêchent leurs clients d’emporter leur numéro de compte s’ils veulent changer de banque … Si d’aventure, son label voulait changer de banque, le « travail [qu’il devrait réaliser serait] titanesque » car tous les comptes des vendeurs devraient être changés manuellement alors que « si je contrôlais mon numéro de compte, je pourrais aller n’importe où avec. La crypto étant une affaire de peer-to-peer. C’est plus rapide, c’est plus fluide ». 

C’est en réalisant ces avantages que Ghazi Shami s’est interrogé et a cherché d’autres bénéfices tangibles que pourrait offrir cette technologie. 

Par exemple : que se passerait-il si on utilisait ce processus pour recevoir les paiements des plateformes de streaming numérique telles Apple, Spotify, Amazon et YouTube ?

Réponse de Ghazi Shami :  » Vous pourrez créer des séquences de paiement beaucoup plus claires et nettes pour être payé par ces plateformes ». 

D’autant qu’avec les stablecoins qui sont échangés à l’échelle mondial, les taux de conversion lors d’un achat ou d’une location extraterritoriale seraient supprimés.  (stablecoins: cryptomonnaies conçues pour garder une valeur stable quelque soit les variations des autres crypto et des monnaies nationales telles le dollar, l’euro, le Yen etc)

Autre réflexion : actuellement les labels ont un processus de paiement des redevances qui est laborieux et difficile. Les règles de paiement se transfèrent et se déversent dans différents systèmes de facturation où chaque intermédiaire travaille avec son propre système et son propre logiciel, ce qui impose qu’à chaque étape il y ait un rapprochement logiciel et un rapprochement des codifications avec vérifications et contre-vérifications sur tous les documents émis à chaque étape …. 

Pas étonnant qu’avec un process aussi fastidieux, les coûts augmentent et les artistes attendent pour récupérer leurs rémunérations-peau de chagrin ! Sans parler des délais du système bancaire lui-même où les virements prennent trois à cinq jours ouvrables. 

« Alors que si j’avais une adresse crypto dédiée à chaque personne, lorsque nous serions en deal et devrions effectuer des paiements, cela pourrait se faire en direct grâce à l’utilisation de la technologie de la blockchain, qui me permettrait de lui envoyer en direct ses royalties en quelques secondes seulement « .

C’est pour toutes ces raisons que Ghazi Shami ose évoquer un futur plus complet que le simple paiement direct et instantané en crypto. Ses réflexions englobent cet ensemble archaïque construit en couches superposées qui laisse le champ libre aux manipulations et aux fraudes, alors que la blockchain et la crypto peuvent à la fois simplifier ces process et réduire ces risques, tout en augmentant la sécurité des transactions de paiement.

Il parle à partir d’expériences vécues car « en tant que label, vous devez faire des affaires avec les autres labels. Il y a des artistes secondaires, des autorisations et des partages de royalties pour certains sujets. Grâce aux crypto, nous pourrions nous payer mutuellement plus facilement, nous pourrions interagir les uns avec les autres de manière beaucoup plus aisée, nous pourrions payer nos artistes plus facilement et nous pourrions même suivre les paiements« . 

Cela dit, il admet que la crypto et les paiements en crypto ne sont pas de tout repos car un petit moment d’inattention peut coûter très cher … comme la perte d’un mot de passe qui entraîne irrémédiablement et définitivement la perte de millions

Il est malheureusement conscient qu’il faudra beaucoup de temps et d’efforts éducatifs pour que tout le monde puisse appréhender cette innovation et comprendre les avantages de ces nouveaux paradigmes, difficiles certes mais tellement plus vertueux !

Dans cette évolution technique logique, Shara Senderoff préconise l’interconnexion des services et des blockchains. Pour elle, il serait impensable de chercher à créer un standard commun unique à tous, à partir du moment « où toutes les blockchains peuvent être interconnectées, peuvent s’informer et se parler ».

C’est pourquoi, Shara Senderoff et Zach Katz ont pris la direction du Raised in Space Enterprises, une entreprise soutenue par le protocole Ripple, dont la mission est de découvrir, investir et guider l’évolution de jeunes startups tech travaillant dans le domaine de la musique et de l’informatique afin de préparer le numérique musical de demain. (Raised in Space Enterprises / RISE)

Son enjeu majeur est d’être prête pour « le moment où ces formes de technologies et la progression de ces livres intercalaires que toutes les grandes blockchains s’efforcent de créer et de faire participer » sera aboutie et généralisable ! Même si elle admet que les gens ne comprendront probablement les intérêts de ces sujets blockchain et crypto pour l’univers de la musique que d’ici 2 à 5 ans.  (Shara Senderoff, direction de productions musicales, multimédia et technologies et Zach Katz : cofondateur de Beluga Heights Records et ancienne directrice des opérations américaines de BMG).

Certains producteurs ont donc déjà saisi que les règles imposées par l’industrie musicale d’hier sont en passe d’être bouleversées par ces technologies …. Ils se préparent, testent des solutions voire se regroupent pour faire corps avec ces nouvelles opportunités de demain made in crypto ….

Le prochain épisode de « Quand les musiciens rencontrent et réécrivent le futur de l’industrie musicale grâce à la blockchain et les crypto » présentera ce que les artistes prévoient d’obtenir comme plus-values de la part des crypto, des NFT et des blockchains en général. 

Claire Desombre

Passionnée d’innovations et blockchains, j’espère arriver à vous partager ma fascination pour ces changements qui se dérouler devant nos yeux !

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