Bienvenue aux États-Unis du Zimbabwe

jeu 07 Oct 2021 ▪ 8h00 ▪ 4 min de lecture - par Nicolas Teterel

Les États-Unis feront défaut sur leur dette le 18 octobre si le Congrès US ne rehausse pas le plafond de la dette d’ici là. Une solution miracle fait toutefois son bonhomme de chemin : frapper une pièce de 1000 milliards $…

Un plafond de 28 400 milliards $ …

Le premier article de la Constitution américaine dit que seul le Congrès peut autoriser l’émission de dette. Pour plus de souplesse, le Congrès vote depuis la première guerre mondiale une limite, un « plafond » à la dette globale pouvant être émise.

Ce plafond – modifié plus d’une centaine de fois depuis WW1 – nécessite une super majorité sénatoriale de 60 sièges sur 100 pour être relevé. Problème, l’administration américaine n’en détient que 51. N’ayant pas digéré la dernière élection présidentielle, les républicains semblent désireux de se venger en mettant sur le dos de Biden le premier défaut des États-Unis.

Si le plafond n’est pas rehaussé à temps, certains envisagent une solution « miracle » dont même Bloomberg s’est fait écho. L’explication se trouve dans le texte en bas à droite de ce tweet d’Alex Gladstein (traduction sous le tweet) :

Traduction : « Imaginez que le Trésor US frappe une pièce de 1000 milliards $, rachète un trillion de dette à la Fed avec, et la détruise. Instantanément, la dette du gouvernement US fond de 1 000 milliards $ [ce qui ramènerait la dette totale à 27 400 milliards, soit 1000 milliards en dessous du plafond].

Il n’y aurait aucun effet économique réel car il s’agirait simplement d’un échange d’actifs entre le Trésor et la Fed (c’est la même raison pour laquelle le QE n’a pas eu beaucoup d’effet, car il s’agit simplement d’un échange de monnaie centrale créée par la Fed contre de la dette du Trésor). »

Cette fausse bonne idée a été reprise par Philip Diehl, l’ancien directeur de la Monnaie des États-Unis : « Une pièce en platine de mille milliards $ pourrait être frappée dans les heures qui suivent la décision du secrétaire au Trésor », a-t-il déclaré.

Pour produire une pièce de 1000 milliards $, il suffirait de changer le moule des pièces en platine d’une once produites par l’US Mint. « Cela pourrait être exécuté rapidement en créant un moule en plâtre ».

Le journaliste de Bloomberg qui avance qu’il n’y aurait « aucun effet économique réel » raconte évidemment des bêtises. Le but des artifices comptables du type QE est d’augmenter la dette, ce qui vient automatiquement gonfler la masse monétaire.

Il n’y a pas de secret. La monnaie fiat est un ponzi demandant une croissance infinie. La croissance est le nom que l’on donne à notre capacité à transformer le monde. C’est-à-dire notre capacité à extraire de l’énergie. Une énergie qui s’amenuise…

83 % de l’énergie primaire provient du charbon, du gaz naturel et du pétrole. Or nous avons très probablement déjà franchi le pic pétrolier et nombreux sont les pays qui s’engagent à sortir du charbon pour réduire les émissions de CO2. Dit autrement, la croissance réelle est remplacée par de la dette qui se matérialise in fine, et inexorablement, par de l’inflation.

Le déni des anciennes générations est fascinant. Croire qu’une pièce gravée de 12 zéros repoussera comme par magie les limites physiques (énergétiques) de la croissance et de la folie pure. Seule une monnaie libre de dette peut prétendre fonctionner dans un monde en décroissance. Le bitcoin est prêt.

Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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