Bitcoin (BTC) - La FED va imprimer moins d'argent

ven 05 Nov 2021 ▪ 11h30 ▪ 6 min de lecture - par Nicolas Teterel

La FED a décidé ce jeudi de brider sa planche à billets, elle qui tourne à plein régime depuis septembre 2019. S’agit-il d’un véritable changement de paradigme monétaire à même d’égratigner le bitcoin ? Ou bien est-ce de l’esbroufe ?

120 milliards par mois

La FED imprime tous les mois plus de 120 milliards $. 80 milliards de dollars sont créés ex nihilo pour racheter la dette du gouvernement. Et 40 milliards $ supplémentaires pour acheter des MBS (Morgage Backed Securities). C’est-à-dire des produits financiers adossés au marché immobilier. Dit autrement, la FED rachète des crédits immobiliers.

Ce mois-ci, cette création monétaire sera réduite de 15 milliards (10 Mds de dette gouvernementale et 5 Mds de crédits immobiliers en moins). C’est le fameux « tapering ».

À ce rythme, la FED cessera théoriquement d’imprimer de l’argent à l’été 2022. « Théoriquement », car le président de la FED a bien prévenu qu’il se réserve le droit de modifier ce montant. La réduction mensuelle au cours des mois suivants pourrait dont être de seulement de 10 ou 5 milliards supplémentaires.

Cette flexibilité téléphonée suggère que J. Powell remettra au pot si jamais la bourse flanche… Il a d’ailleurs refusé de dire si le Bilan de la FED diminuera ou bien restera stable à la fin du « tapering ».

Ce refus de répondre est très intéressant car il suggère que la FED ne souhaite pas diminuer la taille de son bilan, ce qui signifie en retour qu’elle devra continuer à acheter un certain montant de dette afin de compenser celle qui arrive à maturité.

Par exemple, si la FED achète un titre de dette à deux ans, ce titre disparaîtra du bilan au bout de deux ans (lorsque le gouvernement US remboursera). L’argent que la FED avait créé ex nihilo pour acheter ce titre revient dans ses caisses et est détruit. Il en découle qu’au fur et à mesure que la dette rachetée par la FED arrive à maturité, son Bilan diminue.

C’est ce qu’il s’est passé en 2018. Et vous pouvez voir sur le graphique ci-dessous (en rouge) que cette diminution du la taille du bilan de la FED a coïncidé avec des krashs boursiers. Les banquiers centraux ont donc rapidement ressorti la planche à billets du placard pour arrêter le bain de sang à Wall Street.

Courbe ROUGE : Bilan de la FED / Courbe BLEUE : S&P500 (bourse américaine)

Le S&P 500 (bourse américaine) a progressé de 55 % depuis septembre 2019, lorsque la FED s’est remise à imprimer. A contrario, la bourse n’avait progressé que de 4 % entre le moment où le Bilan de la FED a commencé à diminuer (janvier 2018) et le moment où la FED a imprimé de nouveau (sept 2019).

You can’t taper a ponzi…

En d’autres termes, malgré ces effets d’annonce, il est écrit d’avance que la FED ne cessera pas complètement d’imprimer. Sinon, c’est le krash boursier assuré et la ruine des pensions de retraite qui dépendent directement du ponzi financier.

Jerome Powell a lâché un autre indice confirmant que la FED n’est pas près d’arrêter les frais :

« Notre décision aujourd’hui de commencer à réduire nos achats de dettes n’implique aucun signal direct concernant notre politique de taux d’intérêt ».

Cette déclaration est lourde de sens puisque c’est précisément grâce aux achats de dette que les taux restent au plancher. Les taux s’envoleraient aussitôt que la FED cesse d’injecter des liquidités dans le système.

Cette promesse de maintenir les taux bas peut donc s’interpréter comme une promesse d’imprimer ce qu’il faudra pour que le système tienne. Les bourses ne s’y sont pas trompées hier puisqu’elles ont clôturé au plus haut historique…

Un coup d’œil du côté du vieux continent achèvera de convaincre les sceptiques car FED et BCE ne peuvent pas se permettre d’avoir une politique monétaire trop divergente (afin que le taux de change EUR/USD reste stable). Le même jour que la conférence de presse de la FED, Christine Lagarde a déclaré depuis Lisbonne qu’une hausse des taux directeurs en 2022 est « très improbable » :

L’ancienne présidente du FMI a précisé que la BCE « continue d’utiliser son programme de rachat de dette (PEPP) pour s’assurer que les taux ne remontent pas ».

Or l’enveloppe de 1850 milliards d’euros du PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) sera vide en début d’année prochaine… Faut-il s’attendre à une grosse enveloppe surprise pour décembre ?

En résumé, les gesticulations de la FED ne sont pas à prendre au sérieux. La banque centrale américaine continuera à imprimer pour la bonne et simple raison qu’un système de création monétaire à partir de dette et d’intérêts nécessite une augmentation continue de la dette. C’est mathématique.

« You can’t taper a ponzi ». On ne peut pas cesser d’abreuver un ponzi, sous peine de récession (chômage massif). L’alternative est de continuer la fuite en avant, ce qui provoque de l’inflation qui est actuellement exacerbée par les limites physiques de la croissance qui se font de plus en plus palpables. Il n’y pas de miracle. La seule façon de s’en sortir est de ne pas être le dernier à rejoindre le Bitcoin.

Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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