Bitcoin est la monnaie de la décroissance

dim 22 Août 2021 ▪ 19h30 ▪ 8 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le troisième volet du résumé aux décideurs du rapport du GIEC a fuité. Nous y apprenons que les émissions de gaz à effet de serre doivent atteindre un pic d’ici quatre ans. Ce constat implacable est malheureusement de bon augure pour le bitcoin car décroissance et monnaie-dette ne font pas bon ménage.

GIEC-LEAK

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publie tous les 5 ans un rapport en trois volets. Le 3ième volet traite de ce que nous devons faire pour atténuer le réchauffement climatique et ne devait sortir qu’en 2022.

Les scientifiques en ont décidé autrement, probablement pour éviter que les politiques n’édulcorent les conclusions. Nous pouvons y lire que la « décroissance » est la clé pour tacler le problème du réchauffement climatique. Le mot est lâché…

Sans réduction de la production, les auteurs du rapport nous promettent un avenir sombre :

« La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en développant de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L’humanité ne le peut pas. »

Voici deux autres extraits très parlants que nous voulions citer avant d’expliquer en quoi le bitcoin est la monnaie de la décroissance :

« Les émissions de CO2 doivent atteindre un pic avant 2025 et un niveau net zéro entre 2050 et 2075 ». [Oui, vous avez bien lu. « Net zéro » signifie que nos émissions de CO2 ne doivent pas dépasser ce que la biosphère peut absorber naturellement]

« La croissance de la consommation d’énergie et de matériaux est la principale cause de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Le léger découplage observé entre la croissance et la consommation d’énergie [qui est largement dû à la délocalisation de la production et non pas des gains de productivité technologiques] n’a pas permis de compenser l’effet de la croissance de l’économie et de la taille de la population. »

Moins de CO2 = Moins de croissance

L’humain étant ce qu’il est, lorsque son système de pensée et ses croyances sont chamboulés, il enclenche un mécanisme naturel de protection psychologique : le déni. Nous préférons nier plutôt que nous retrouver coincés avec une contradiction mentale inconfortable.

La société industrielle telle qu’elle s’est constituée depuis deux siècles est au bord de l’abîme et il faut être bien armé psychologiquement pour accepter que notre vision du futur vole en éclats. La prise de conscience est d’autant plus difficile que le cerveau humain est câblé pour réagir à un risque immédiat, visible, ayant déjà eu lieu par le passé et de cause simple. Tout le contraire du changement climatique qui est invisible, totalement nouveau, étalé dans le temps et plutôt complexe.

Néanmoins, faire l’autruche n’empêchera pas l’inéluctable. Nous devons d’urgence fermer les centrales à charbon, réduire notre consommation de viande et nos mouvements qui représentent à la louche respectivement 25 %, 20 % et 15 % de nos émissions totales de gaz à effet de serre.

Et qu’on se le dise, le « Great Reset » n’est rien d’autre qu’un démantèlement contrôlé (et forcé) d’un système arrivé dans ses derniers retranchements. Le pass-sanitaire est très précisément l’outil qui se transformera bientôt en pass-carbone pour rationner la société et enclencher la décroissance. Avec en bonus l’instauration d’un système de surveillance de masse bientôt parachevé par les CBDC à taux négatif. C’est-à-dire une « monnaie fondante ». Une monnaie qui s’autodétruit lentement.

La monnaie des banques centrales souffrira d’un taux négatif non pas pour faire joli, mais parce que c’est obligatoire pour s’accommoder de la décroissance. En effet, si nous produisons moins, il faudra bien réduire la masse monétaire pour éviter un dérapage incontrôlé de l’inflation.

Et puis, au-delà du risque climatique, il faut bien comprendre que l’approvisionnement en hydrocarbures liquides de l’Europe a de toute façon déjà baissé. De 12 % depuis le pic de 1990. Pire, le dernier rapport du Shift annonce un recul compris entre 10 % et 20 % au cours de la décennie 2030. Ainsi, que l’on soit climato-sceptique ou pas, la décroissance est de toute façon inévitable.

La physique nous dit qu’en l’absence d’énergie, rien ne bouge. Et si rien ne bouge, il ne peut pas y avoir de croissance. Je vous renvoie aux superbes travaux de Jean-Marc Jancovici qui montrent que la croissance économique est étroitement corrélée à la consommation de pétrole.

Un mètre cube de pétrole contient 40 gigajoules contre 5 GJ pour le charbon et 0.037 GJ pour le gaz. Cette mise en perspective révèle que l’or noir est le roi de l’énergie. Le fait que le pic de pétrole conventionnel (et le plus haut historique de son prix :150 dollars le baril) ait coïncidé avec l’explosion de Wall Street (2008) n’est pas un hasard.

Nous sommes déjà en décroissance. Et c’est très bien comme ça. Le problème est que nous utilisons toujours un système de création monétaire conçu pour fonctionner dans un monde en croissance perpétuelle. D’où l’inflation qui commence à s’instaler, même dans les pays avancés (plus de 5 % par an aux Etats-Unis).

Source : jancovici.com

Bitcoin, la monnaie de la décroissance

On nous a incités à consommer et travailler dur pour coller à des mirages capitalistes diffusés en boucle sur nos écrans alors qu’il existe un autre chemin pour l’humanité. La décroissance n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. C’est la volonté de réduire notre consommation superflue (ce qui nous permettra in fine de réduire aussi notre temps de travail, pour peu que l’on aime jardiner…).

La décroissance n’a rien à voir non plus avec le déclinisme. Il s’agit de dresser la liste de nos besoins essentiels en accord avec la survie de l’espèce humaine et de supprimer le reste en faisant preuve d’une sagesse empathique pour les générations futures au lieu d’un égoïsme béotien qui se complaît dans la futilité aliénante de la consommation pour consommer. Et ce changement de paradigme va nécessiter un Great Reset monétaire.

Malheureusement, les politiciens s’élèvent et tombent toujours selon leur capacité à créer cette sacro-sainte croissance économique qui nous mène à notre perte. Ce qui est normal puisque notre système de création monétaire à partir de dette et d’intérêts ne peut que s’écrouler en l’absence de croissance !

Nous y revenons : il est impossible de rembourser la dette dans un monde en décroissance. Or toute l’épargne est précisément investie dans ces dettes… Faire défaut sur la dette où l’effacer par l’inflation revient à faire les poches du peuple.

Accepter cette escroquerie alors que les milliardaires font du tourisme dans l’espace n’est pas une option. Nous avons besoin d’un nouveau système monétaire doté d’une quantité d’argent fixe. Faire payer des intérêts qui demandent mathématiquement une fuite en avant de la croissance est impossible dans un monde en décroissance.

Terminons en ajoutant que nous devons cesser de mesurer le « progrès » au travers du PIB (produit intérieur brut). Cet indice n’est plus pertinent et nous mène tout droit à la catastrophe économique et écologique. Il n’est, par exemple, pas normal que le PIB progresse lorsque l’on achète de l’armement. Un tank n’est pas un investissement productif ou synonyme de bien-être. Il est un instrument de mort extrêmement polluant ne servant qu’à détruire.

Le bitcoin sera la pierre angulaire de la décroissance, et non pas le CBDC à taux négatif des mêmes usuriers qui nous ont mené droit dans le mur.

Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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