Bitcoin (BTC) : L’adoption au Salvador « n’est pas un modèle pour l’avenir » ?

jeu 09 Déc 2021 ▪ 8h00 ▪ 5 min de lecture - par Thomas Poirier

L’adoption du bitcoin comme monnaie légale au Salvador au mois de septembre de cette année remet en question la viabilité des cryptomonnaies décentralisées comme substitut aux monnaies nationales. Selon William Je, PDG de la société d’investissement institutionnel Hamilton Investment Management, l’adoption du bitcoin au Salvador n’est pas un modèle pour l’avenir, mais plutôt une exception à la règle, révèle Finbold.

Un grand changement pour les Salvadoriens

« Rappelons-nous qu’El Salvador est une économie en développement et une nation qui a souvent vu des changements de monnaies nationales », a expliqué Je. « En 2001, le Salvador a remplacé son ancienne monnaie nationale, le colón salvadorien, par le dollar américain. L’adoption du bitcoin comme monnaie légale est due au même défi qu’il y a 20 ans, à savoir qu’un peu moins d’un quart du PIB du pays provient des envois de fonds de ses citoyens qui vivent et travaillent à l’étranger. »

Selon le gouvernement salvadorien, les frais d’envoi de fonds coûtent à ses citoyens plus de 400 millions de dollars chaque année. De plus, la plupart des Salvadoriens ne sont pas encore bancarisés. Ainsi, l’adoption d’une monnaie numérique facile à utiliser via un smartphone a le potentiel de leur ouvrir pour la première fois l’accès à une gamme de nouveaux services financiers.

Toutefois, les créanciers mondiaux, y compris le Fonds monétaire international, mettent déjà en garde contre l’adoption d’une monnaie numérique décentralisée comme le bitcoin, qui repose entièrement sur la spéculation du marché.

« Il est très peu probable qu’un pays économiquement développé suive l’exemple du Salvador et élève une cryptomonnaie que sa propre banque centrale ne peut pas contrôler au statut de monnaie légale », a poursuivi Je.

L’ère des monnaies numériques

Il convient de noter que l’adoption du bitcoin par le Salvador survient à un moment où un nombre croissant de pays envisagent l’idée de monnaies numériques de banques centrales (CBDC). Selon le groupe de réflexion américain The Atlantic Council, environ 89 banques centrales nationales du monde entier explorent l’idée de créer et de lancer leurs propres CBDC.

La Chine, par exemple, teste publiquement sa propre monnaie numérique, l’e-CNY depuis le mois d’avril 2021 et prévoit un essai à grande échelle lors des Jeux olympiques d’hiver de Pékin l’année prochaine. Les États-Unis mènent également deux programmes qui se penchent sur un dollar numérique.

Les Bahamas ont été l’une des premières nations à émettre une CBDC, lançant une version crypto du dollar local dans le but d’éviter de déplacer de l’argent physique à travers les îles. En octobre, le Nigéria, l’une des plus grandes économies d’Afrique, a lancé son propre système de CBDC, l’e-naira.

Selon l’étude mondiale de HSBC, la Banque centrale du Nigeria considère que l’e-naira « soutient l’inclusion financière en fournissant un moyen de paiement moins coûteux, plus efficace et plus sûr dans un pays où, selon la Banque mondiale, 60 % de la population adulte n’était pas bancarisée en 2017 ».

Les CBDC conserveraient « certains des avantages d’une cryptomonnaie »

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre et HM Treasury ont lancé une consultation sur le lancement potentiel d’un stablecoin britannique entre 2025 et 2030.

Selon la Banque d’Angleterre, une CBDC britannique servirait de « nouvelle forme de monnaie numérique » pour les particuliers et les entreprises. Elle serait utilisée « pour leurs besoins de paiement quotidiens ». La CBDC ne remplacerait pas les liquidités et les dépôts bancaires, mais travaillerait à leur côté et les compléterait.

Commentant la tendance émergente des CBDC parmi les banques centrales, Je a affirmé :

« Une CBDC nationale gérée par une banque centrale conserverait certains des avantages d’une cryptomonnaie, tels que de simples transferts de montants importants, la suppression de l’argent physique et une piste d’audit pour lutter contre la corruption et l’évasion fiscale. Les cryptomonnaies ont généralement des limites codées, ce qui les distingue d’une offre illimitée de monnaie fiduciaire. »

Il a poursuivi en concluant :

« Les banques centrales doivent être claires sur ce qu’elles veulent réaliser en lançant leur propre CBDC, quels problèmes pensent-elles pouvoir résoudre et quelles nouvelles opportunités pensent-elles pouvoir créer avec une monnaie numérique, ce que leurs politiques et produits existants ne peuvent pas. »

Selon l’expert, l’adoption du bitcoin au Salvador n’est pas l’exemple universel à suivre. Dans le même temps, beaucoup de pays visent à créer leur propre monnaie numérique. Cependant, les responsables financiers sont tenus de toujours être conscients des fonctions que ces CBDC rempliront, sinon ce lancement serait plutôt inutile.

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Thomas Poirier

Je suis sûr que la blockchain et les cryptomonnaies représentent le futur, et je veux faire passer cette idée à tout le monde car plus il y aura de monde à croire aux cryptomonnaies, plus vite le futur arrivera.

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