Bitcoin (BTC) - Sommes-nous à l'aube d'une hyperinflation ?

dim 21 Nov 2021 ▪ 8h00 ▪ 9 min de lecture - par Nicolas Teterel

Hyperinflation, le mot est lâché

Le CEO de Twitter Jack Dorsey a récemment lancé que nous sommes à l’aube d’une hyperinflation. « Hyperinflation will change everything, it’s happening », a-t-il tweeté.

Traduction : « l’hyperinflation va tout changer, on y est. »

Les agents du système n’ont pas tardé à fustiger la Cassandre Jack. Steve Hank – un professeur d’université en croisade contre le bitcoin – a répondu sur CNBC que cette prémonition inflationniste est « infondée ». « Les hyperinflations sont des événements rares et d’après mes recherches, le monde en a connu seulement 62, et aucune aux États-Unis ».

Certes, mais le passé n’est pas garant de l’avenir. La dette stratosphérique de l’oncle Sam en fait le candidat parfait pour l’hyperinflation à mesure que le pétrole de schiste s’amenuise…

Le journaliste de CNBC Tom Huddleston y est aussi allé de son pauvre argument en avançant que nous serions loin du compte :

« Typiquement, l’inflation mensuelle doit s’afficher à plus de 50 % pour parler d’hyperinflation, […] nous sommes loin de ce seuil. »

Le fait est que mettre un chiffre sur l’hyperinflation est vide de sens. L’hyperinflation signifie tout simplement un écroulement de la monnaie et la disparition de l’épargne. Quelle est la différence entre perdre 50 % du pouvoir d’achat de son épargne en un mois plutôt que 2 mois ou même 12 mois ? Dans tous les cas, il faut réagir, et vite !

Plutôt que d’ergoter sur la définition de l’hyperinflation, il est plus intéressant de se demander ce qui provoque l’hyperinflation ? Les esprits avertis citeront probablement ces deux facteurs :

  • – Des pénuries de matières premières et/ou d’énergie
  • – Création monétaire plus rapide que la croissance (que les gains de productivité, pour être précis)

[Un gain de productivité signifie produire autant avec moins d’énergie, de travailleurs où de matières premières. Les gains de productivité sont nécessaires pour stabiliser le ratio dette/PIB.]

Le changement climatique, par exemple, peut déclencher une pénurie. Les canicules à répétition alliées à des précipitations en baisses créent inéluctablement une hausse des prix alimentaires. C’est le cas depuis un certain temps en Afrique subsaharienne.

Nous pourrions aussi citer en exemple le pic d’extraction de charbon en Chine ayant actuellement pour conséquence des pénuries d’électricité dans 20 provinces.

Au niveau mondial, nous avons atteint le pic le pétrole conventionnel en 2007. D’où la crise des subprimes, l’accélération de l’endettement et la hausse fulgurante des prix depuis cette année charnière pour la plus formidable des énergies : le pétrole.

La révolution du pétrole de schiste a permis au monde de repartir pour un tour, mais cela ne durera pas. Le patron du plus grand producteur de pétrole de schiste a récemment déclaré que son industrie ne « ne pourra pas déployer une hausse de la production à même de faire baisser le prix du baril ».

Un autre, Matt Gallagher, CEO de Parsley Energy, l’un des plus grands producteurs de pétrole de schiste texan, lançait lui dès juillet 2020 que la production américaine de brut avait déjà atteint son pic et que « les États-Unis ne réussiront pas à produire à nouveau 13 millions de barils par jour ».

Et cela en sachant que le pétrole de schiste vient à peine de devenir rentable après une décennie d’activité. 30 milliards de revenus sont attendus cette année, soit dix fois moins que la dette du secteur qui atteint 300 milliards. C’est autant que la dette d’Evergrande en Chine…

Voici l’évolution de la production de pétrole de Schiste des États-Unis :

Production de pétrole de schiste des États-Unis en millions de barils

Les embargos permettent aussi d’orchestrer la pénurie. Demandez aux cubains, aux Vénézuéliens, aux Syriens ou aux iraniens… Tout ce qui ne peut pas être produit localement devient aussitôt hors de prix.

Et la planche à billets dans tout ça ?

L’œuf ou la poule ?

Est-ce la pénurie qui force à s’endetter, provoquant en retour de l’inflation en augmentant la masse monétaire ? Ou bien est-ce l’endettement qui démultiplie la quantité d’argent jusqu’à provoquer l’inflation ?

C’est un serpent qui se mort la queue. Néanmoins, contrairement à certaines idées reçues, c’est la pénurie qui est dans l’œuf. Un endettement hors de contrôle n’est que le symptôme d’une pénurie, ou tout du moins de la raréfaction de choses essentielles au bon fonctionnement d’une économie.

Si la taille de la planète était miraculeusement multipliée par 10, il n’y aurait plus de problème d’inflation, et ce quelle que soit la quantité d’argent imprimée. Chaque nouveau dollar imprimé serait investi pour aller puiser dans ce nouvel eldorado de ressources naturelles.

Il n’y aurait d’ailleurs plus besoin d’imprimer autant. La raison étant que les nouvelles ressources gratuites et faciles à extraire garantissent une productivité spectaculaire à même de rembourser la dette rapidement. Ce qui n’est plus cas en ce 21ième siècle…

Rendez-vous compte que le PIB réel (corrigé de l’inflation) des États-Unis a augmenté de seulement 1.8 % entre le T3 2019 et le T3 2021 alors que la dette a fait un bond de 26 %. Dit autrement, le gouvernement US s’est endetté de 6080 milliards $ pour créer 353 milliards de croissance réelle. 1 $ de croissance réelle du PIB pour 17 $ de dette.

Sans compter la dette privée qui est typiquement deux fois supérieure à celle de l’État !

Oui, nous sommes bien à l’aube d’une hyperinflation…

Les fruits énergétiques des branches basses ont déjà été cueillis. Les limites physiques de la croissance ne permettent plus de croître et de rembourser la dette. Le pic pétrolier rime avec fin des gains de productivité. Nous ne pouvons plus faire autrement que de faire faire rouler les dettes avec des dettes toujours plus grandes, dans une folle fuite en avant menant tout droit vers l’hyperinflation.

Notre système monétaire conçu pour fonctionner dans un contexte de croissance éternelle s’accommode du sevrage énergétique en faisant toujours plus de dettes. En empruntant toujours plus aux prochaines générations.

Cet endettement a permis aux boomers de préserver leur niveau de vie aussi longtemps que possible, au détriment de leurs enfants. Le niveau de vie de ces derniers va se dégrader plus ou moins soudainement et la perspective de jouir d’une retraite semble déjà compromis…

Cette dégradation prend la forme d’une hausse des prix qui, nous dit-on, continuera jusqu’en fin d’année prochaine, en raison du sabotage logistique de la chaîne d’approvisionnement. Plus d’une centaine de porte-conteneurs attendent au large du port de Los Angeles et cette situation ne reviendra pas à la normale au moins avant fin 2022 (si une cyberattaque ne plante pas de nouveau un tanker dans le canal de Suez)…

Prix du voyage par conteneur en milliers de dollars (envoyer un conteneur de Shanghai à Los Angeles coûte actuellement 20 000 $)

Terminons avec les derniers chiffres d’inflation des matières premières qui sont de très mauvais augure pour l’indice des prix à la consommation si les choses ne se résorbent pas très rapidement :

Augmentation des prix des produits de base au cours de l’année dernière…

  • Essence : +92%
  • Café : +89%
  • Pétrole brut WTI : +85
  • Mazout de chauffage : +85%
  • Pétrole Brent : +81
  • Gaz naturel : +74%
  • Coton : +67%
  • Blé : +38%
  • Maïs : +34%
  • Cuivre : +33%
  • Sucre : +32%
  • Aluminium : +31%
  • Bois d’œuvre : +20%
  • Soja : +9%
  • Argent : +3%
  • Or : -0,2 %…

Bitcoin : +211 %

Malgré cette inflation galopante, la BCE avance que les prix n’ont globalement augmenté que de 4.2 % par rapport à l’année passée. Mensonges… Le vrai chiffre est probablement supérieur à 10 %. Or une inflation de 10 % signifie que le pouvoir d’achat de votre épargne est divisé par deux au bout de seulement 4 ans et des brouettes.

La seule façon de se protéger de l’inflation est d’investir son argent dans quelque chose de très désirable et de très liquide. L’immobilier du centre de Paris est certainement très désirable, mais pas très liquide ni très abordable. Le Bitcoin, en revanche, coche toutes les cases. N’attendez pas. Lorsque le mot hyperinflation est lâché, c’est qu’il est déjà trop tard…

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.