Bitcoin : La liquidation des banquiers est terminée

mer 08 Déc 2021 ▪ 20h00 ▪ 10 min de lecture - par Nicolas Teterel

BTC/USD est de retour au contact des 50 000 $, probablement soutenu par des risques géopolitiques de très bon augure, sans parler du resserrement monétaire global qui promet un afflux d’argent depuis les bourses et l’immobilier vers le bitcoin.

Guerre froide monétaire

Neuf mois après que Joe Biden ait traité Vladimir Putin de « tueur », et six mois après une rencontre entre quatre yeux à Genève, les deux plus gros boutons rouges ont décroché leur téléphone rouge.

Nous ne sommes pas dans le secret des dieux, mais il est très probable que l’Inde fut le plus grand non-dit de cette conversation de deux heures. En effet, Alexander Mikheev, le directeur général de Rosoboronexport, la branche étatique des exportations d’armement russe, a fait savoir ce mardi que la Russie et l’Inde ont abandonné le dollar pour le paiement des ventes d’armement.

Le ministre indien des Affaires étrangères Harsh Vardhan Shringla a annoncé ce lundi la réception du système de défense antimissile sol-air S-400, contre lequel les États-Unis ont menacé d’imposer des sanctions. « Les livraisons ont commencé ce mois-ci et vont se poursuivre », a-t-il confirmé après la visite du président russe à New Delhi.

Dit autrement, l’Inde vient d’enrager l’oncle Sam, car nous ne parlons pas de quelques caisses de Kalachnikovs. La moitié des importations d’armement indiennes proviennent de Russie. L’Inde achète 25 % des exportations d’armement russe, soit environ 25 milliards de dollars par an qui vont quitter le système dollar.

Cela fait longtemps que la Russie a déclenchée cette guerre froide monétaire. Elle date de 2008, lorsque la Fed s’est mise à faire tourner la planche à billets suite à l’explosion de Wall Street. Conséquence : Washington a ressorti la menace SWIFT du placard.

Pour rappel, le réseau SWIFT est contrôlé par les plus grandes banques internationales et noyaute toutes les transactions bancaires internationales. Un pays n’ayant plus accès à ce réseau ne peut plus commercer avec le reste du monde. Le seul pays dans ce cas est l’Iran (qui utilise désormais le bitcoin pour payer ses importations…) en raison de son refus catégorique de vendre son pétrole en dollar.

Les États-Unis et l’UE avaient déjà brandi cette menace lors de la prise de la Crimée (là où se trouve le port militaire russe de mer Noire) en réaction au coup d’État orchestré par la CIA à Kiev. Dmitri Medvedev avait alors prévenu qu’une « exclusion du système international SWIFT serait l’équivalent d’une déclaration de guerre ». D’où les récents mouvements de troupes à la frontière avec l’Ukraine pour dissuader l’Europe de passer à l’acte.

Les États-Unis sont toujours partants pour raviver les tensions avec la Russie. Ces esbroufes permettent d’inciter l’Allemagne à ne pas terminer le gazoduc russe Nord Stream II. Pourquoi ? Parce que les États-Unis veulent exporter les énormes quantités de gaz LNG extraites en même temps que leur pétrole de schiste. On en revient toujours au nerf de la guerre : l’argent.

« Photos satellite : Des forces russes se rassemblent à la frontière ukrainienne alors que Biden doit s’entretenir avec Poutine demain. »

Tout cela pour dire qu’il existe un réseau de paiement international tout à fait permissionless que personne, pas même l’empire US, ne peut contrôler : Bitcoin. La Russie et la Chine se sont certes déjà dotées de réseaux équivalents au réseau SWIFT pour se reconnecter rapidement aux pays amis. Il n’en reste pas moins que le bitcoin est une solution clef en main. Il ne fait aucun doute que son utilisation grandira si le tango Atlantique met ses menaces à exécution.

Christine Lagarde sort la tête du sable

Le rythme d’inflation annuel est au plus haut depuis 30 ans en Allemagne. Sur un an, les prix ont augmenté de près de 5 % dans la zone euro, et de 6 % outre-Rhin.

Ce chiffre de 5 % est bien entendu loin du compte étant donné que la masse monétaire a bondi de 12 % dans le même temps. Les prix des choses rares et désirables, celles qu’il faut posséder pour ne pas s’appauvrir, ont augmenté bien plus rapidement. Le STOX Europe 600 en est la preuve. Cet indice boursier composé des 600 principales capitalisations boursières européennes s’est apprécié de 20 % sur l’année écoulée.

Dit autrement, ceux qui avaient placé leur argent en bourse sont 20 % plus riches. A contrario, ceux qui ont gardé leur argent sur leur compte en banque sont 20 % plus pauvres. C’est encore pire aux États-Unis où le S&P 500 est en hausse de 34 % et l’immobilier en hausse de 25 %.

L’inflation est tellement douloureuse que la Fed a finalement pris la décision de brider sa planche à billets. Les achats de dette ont diminué de 15 milliards en novembre (soit 105 milliards en tout) et pourraient passer en dessous de 90 milliards en décembre.

Toutefois, J. Powell a clairement signifié qu’il ne faut pas interpréter la réduction progressive des achats de dette comme le signe d’une hausse imminente des taux…

Même son de cloche du côté européen puisque la présidente de la BCE a clairement dit que les taux ne seront pas relevés en 2022. Cependant, et à l’instar de son homologue américain, C. Lagarde a enfin cessé de faire l’autruche. Elle a concédé vendredi dernier que l’inflation a « clairement augmenté ». C’est déjà ça…

Pour en revenir au bitcoin, certains semblent penser que le resserrement monétaire fera immédiatement baisser l’inflation et donc rendre le bitcoin moins attractif. C’est une grave erreur.

Premièrement, si les bourses se dégonflent et que les prix immobiliers baissent du fait de la hausse des taux, où ira tout cet argent ? Il ira précisément dans le bitcoin qui se trouve être une réserve de valeur nullement corrélée aux politiques monétaires des banques centrales ! Le recul actuel du bitcoin ne doit faire peur à personne. Nous sommes à l’aube d’un bull run massif, en attendant le prochain halving

Deuxièmement, une partie de l’inflation est en dehors du contrôle des banques centrales. Les pénuries liées au sabordage de la chaîne d’approvisionnement sont là pour rester, tout comme la crise/transition énergétique. En France, le prix du MWh d’électricité à un an est à 196 euros, au plus haut historique, en hausse de 300 %. Pareil en Allemagne. Que se passera-t-il si les relations avec le plus gros fournisseur énergétique de l’Europe (la Russie) s’enveniment ?

FRANCE : 196 euros pour un contrat d’un MWh d’électricité à un an, au plus haut historique

Troisièmement, dans le cas où les taux remontaient vraiment (ce dont on peut douter), n’oublions pas l’effet d’inertie. Il faudra des années pour drainer les excès de liquidité avec des taux plus élevés. Il est plus facile de sortir le dentifrice du tube que de le remettre…

Analyse On-Chain + Michael Saylor

Rentrons dans le vif du sujet. D’où est venue la baisse de court terme qui nous a éloignés de 32 % par rapport au dernier plus haut historique ?

Du marché des Futures. 25 % des positions ont été débouclées, passant de 22 milliards à 16 milliards, soit la seconde plus grande liquidation de l’année.

La courbe rouge indique la variation journalière de la quantité de positions adossées au bitcoin via le marché des Futures / Source : Rapport The Week On-chain de Glassnode

Glassnode rapporte dans son rapport hebdomadaire qu’une liquidation similaire a eu lieu le jour même de l’officialisation du bitcoin en tant que monnaie courante au Salvador. Qui veut du mal au BTC ? Les banquiers… Personne ne sera surpris d’apprendre que c’est avec les contrats Futures que les banques et leurs affiliés spéculent sur le bitcoin.

Le timing de cette agression suggère que l’on voudrait nous faire croire que le resserrement monétaire actuel va déclencher un cycle baissier pour le bitcoin. Perdu. Les holders n’ont jamais été aussi convaincus de la valeur de leur précieux. La preuve en est que 97 % des BTC achetés il y a plus de trois mois n’ont pas bougé au moment de la liquidation. Dit autrement, les holders sont restés de marbre.

La baisse est avant tout liée à une réduction du leverage. Soit dit en passant, il ne faut pas acheter le bitcoin avec un effet de levier à moins d’être un trader sophistiqué. À quoi bon prendre des risques quand on sait que le bitcoin progresse de 170 % par an en moyenne ? A ce rythme, il suffit d’investir 5 000 euros et vous aurez plus de 700 000 euros cinq ans plus tard…

Finissons par le nombre de BTC se trouvant sur les exchanges (moins de 7 % des BTC se trouvent sur les exchanges). C’est un indicateur à surveiller en période de volatilité pour la bonne et simple raison qu’un afflux de bitcoins sur les exchanges signifie des ventes soutenues à venir. Nous avons effectivement observé des entrées de BTC pendant la liquidation, mais environ 4 fois moins que lors de la grosse baisse du mois de mai. Ces chiffres viennent confirmer l’absence d’inquiétude des holders .

Terminons avec l’ambassadeur du bitcoin Michael Saylor. Ce dernier a véritablement fait sensation en mettant beaucoup de monde d’accord. Le CEO de Microstrategy a offert le plaidoyer le plus abouti que votre serviteur ait été donné d’entendre à propos du bitcoin. Vous pouvez lire cette interview retranscrite en français ICI. À ne manquer sous aucun prétexte.

Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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