Bitcoin : La Russie et la Chine se préparent à une déconnexion du système SWIFT

lun 20 Déc 2021 ▪ 20h00 ▪ 10 min de lecture - par Nicolas Teterel

Vladimir Poutine et Xi Jinping ont convenu ce mercredi 14 décembre de connecter leurs économies via un nouveau système financier pour contrer la menace d’une déconnexion du réseau SWIFT.

Guerre froide 2.0

Menacée d’une déconnexion du réseau SWIFT par l’oncle Sam, la Russie s’est mise d’accord avec la Chine pour renforcer les liens financiers.

SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) est le système de messagerie financier qui noyaute toutes les transactions internationales. Il permet ni plus ni moins aux pays de commercer entre eux. En être déconnecté est synonyme d’embargo et d’étouffement économique.

Les États-Unis ont un poids considérable dans cette pierre angulaire du système monétaire international complété par le fameux « pétrodollar », c’est-à-dire le fait que tous les pays du monde paient leurs importations de pétrole en dollar. Ordre de l’empire…

Ces instruments de guerre économique permettent à Washington d’afficher un déficit commercial chronique sans conséquence pour son taux de change, de collecter des données sur ses adversaires et d’écraser ses adversaires par des sanctions.

L’Iran en a fait les frais. Le pays n’a plus accès au système SWIFT, ce qui lui a valu de perdre instantanément la moitié de ses recettes d’exportation de pétrole. D’où l’utilisation du bitcoin par la banque centrale perse pour payer les importations, soit dit en passant.

De manière plus préoccupante pour la paix en Europe, la République islamique pourrait bientôt être rejointe par la Russie :

« Je veux être très clair pour ceux qui écoutent à Moscou, à Kiev et dans d’autres capitales du monde : une invasion russe déclenchera des sanctions économiques dévastatrices, comme nous n’en avons jamais vu auparavant », a déclaré le président de la commission sénatoriale des affaires étrangères Bob Menendez, faisant référence au réseau SWIFT.

Pourquoi les Américains ont-ils sorti les tambours de guerre ? Parce que Washington veut intégrer l’Ukraine au sein de l’OTAN. Mais pas que. Il s’agit également de réagir aux 100 000 soldats russes se sont amassés à la frontière ukrainienne à des fins de dissuasion.

Le chef de la défense russe a déclaré pour sa part que les États-Unis forment une « brigade multi-sphère » en Europe. Sergey Shoigu s’est exprimé après le président Putin lors d’une conférence du ministère russe de la Défense. Voici quelques affirmations de ce dernier rapportées par RIA News :

▪️Les États-Unis prévoient de fournir divers systèmes d’armes de missiles de frappe en Europe.
▪️Environ 8 000 unités américaines sont déployées en Europe de l’Est (celles qui ne sont pas reparties suite à l’exercice militaire « Defender Europe« )
▪️Dans la région de Donetsk, plus de 120 mercenaires de compagnies militaires privées américaines équipent et forment les forces spéciales ukrainiennes.
▪️Des compagnies militaires privées américaines préparent des provocations via des attaques chimiques en Ukraine orientale.

J. Biden se sert clairement de Kiev comme d’un appât pour pousser l’ours russe à la faute. Et ce depuis le coup d’État organisé par la CIA en 2014, suite à la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer un accord d’association avec l’Union européenne (disons plutôt une colonisation économique) au profit d’un accord avec la Russie.

Intégrer l’Ukraine dans l’OTAN pousserait la Russie à envahir l’Ukraine, ce qui donnerait une excuse à l’occident pour déconnecter la Russie du réseau SWIFT dans la foulée. Or, le Premier ministre russe Dimitri Medvedev a prévenu en 2019 qu’une déconnexion du réseau SWIFT équivaudrait quasiment à une déclaration de guerre. Il n’est donc pas impossible que la Russie n’envahisse pas que l’Ukraine si d’aventure le camp occidental continuait ses provocations belliqueuses.

Berlin est également entré dans la danse en annonçant que le gazoduc russe Nord Stream II, reliant directement la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, ne sera pas certifié avant mi-2022. Ce feu vert est la dernière étape avant la mise en service d’un gazoduc dont la construction est déjà terminée.

Malheureusement, l’Allemagne obéit aux États-Unis qui rêvent de remplacer les importations européennes de gaz russe par leur propre gaz issu de l’extraction du pétrole de schiste (beaucoup plus cher en raison des coûts de transport).

Conséquence de ces joutes géopolitiques : le prix des contrats d’électricité pour l’année prochaine est en hausse de 400 % en Allemagne et quasiment partout ailleurs en Europe :

« Les prix de l’électricité en Allemagne sont montés en flèche alors que les coûts du gaz naturel en Europe s’envolent (en raison des inquiétudes géopolitiques et de l’insuffisance de l’offre). »

Certains fournisseurs alternatifs, concurrents d’EDF et d’Engie, n’ont pas hésité ces derniers mois à augmenter les tarifs de leurs offres de 20 %, voire 40 % pour les nouveaux clients, comme ceux déjà détenteurs d’un contrat…

Les importations gazières de l’Europe proviennent à 47 % de Russie. Que se passera-t-il en cas d’arrêt total des livraisons ? C’est déjà en partie le cas puisque le gazoduc Yamal-Europe (via la Biélorussie, la Pologne et l’Allemagne) ne fonctionne plus qu’à 5 % de sa capacité depuis ce dimanche…

Bitcoin, SWIFT, inflation et cyberattaques

En représailles, la Russie et la Chine se sont promis cette semaine d’augmenter la part de leurs monnaies nationales pour le règlement de leur commerce bilatéral, a déclaré Yuri Ushakov, conseiller en politique étrangère de Poutine. « La nécessité d’intensifier les efforts pour former une infrastructure financière indépendante du réseau SWIFT a fait l’objet d’une attention toute particulière ».

Cette décision « semble être la réponse de la Russie aux menaces d’une déconnexion du réseau SWIFT », a déclaré Li Xin, directeur du Centre d’études sur la Russie et l’Asie centrale, au Global Times.

Pour l’heure, la plupart des transactions entre la Chine et la Russie voyagent toujours via le système SWIFT. En revanche, les règlements commerciaux bilatéraux en dollar américain sont tombés à 46 %, contre 90 % en 2015. Les exportations chinoises comprennent des smartphones, des ordinateurs portables et des pièces automobiles, tandis que la Russie exporte surtout des ressources énergétiques (pétrole brut, gaz naturel et charbon).

M. Li pense que la Chine et la Russie doivent établir « leurs propres systèmes de transmission d’informations financières pour se protéger d’un embargo américain ». Cela tombe bien puisque la Chine a lancé en 2015 le système de paiement interbancaire transfrontalier (CIPS).

La Russie s’est également dotée de son propre système (SPFS) qui réplique les fonctions du système de transfert interbancaire SWIFT basé à Bruxelles en utilisant les mêmes standards. Actuellement, 20 % de tous les transferts nationaux sont effectués par le biais du SPFS. Vingt-trois banques russes ont rejoint le CIPS, tandis qu’une seule banque chinoise, Bank of China, est actuellement connectée au SPFS.

La Russie pourrait également pallier une déconnexion des systèmes de paiement Visa et MasterCard par le biais du système national de cartes de paiement. Ce système appelé Mir (« monde » en russe) est entièrement détenu par la banque centrale Russe et fonctionne comme un centre de compensation pour le traitement des transactions par carte en Russie.

Le think tank Carnegie Moscow Center rapporte que la part des opérations de Mir atteint désormais 24 % de toutes les transactions par cartes nationales. 73 millions de cartes utilisant le système Mir ont été émises depuis son lancement en 2014. Effectuer des transferts internationaux sera en revanche plus ardue dans les pays hostiles.

M. Li a prédit que ces systèmes deviendront populaires auprès des entreprises européennes désenchantées par les États-Unis et désireuses de commercer avec la Russie. Sans compter que les Russes mèneront très probablement une guerre cybernétique au réseau SWIFT en cas de déconnexion…

Les échanges mondiaux pourraient alors être complètement gelés, ce qui aurait le même effet que le récent blocage du canal de Suez suite à la cyberattaque du tanker Evergreen. Celle-là même qui a participé à la perturbation de la chaîne d’approvisionnement mondiale et provoqué des pénuries qui propulsent actuellement l’inflation sur des niveaux que nous n’avions plus vus depuis 40 ans.

Cette guerre froide monétaire est de bon augure pour le bitcoin. D’une part parce que l’utilisation du bitcoin explosera si la Russie devait véritablement être déconnectée du réseau SWIFT. Cela étant dit, rappelons que la banque centrale russe a récemment proposé de bannir l’achat de bitcoin pour les particuliers… Et d’autre part en raison de l’inflation monstre que provoquerait une mise hors service de SWIFT.

Le bitcoin est lui une citadelle cybernétique imprenable, ultime refuge face à la cyberattaque du système financier international anticipée par le World Economic Forum (WEF). Ne manquez pas notre dernier papier sur ces intrigantes cyberattaques qui, pour reprendre les mots de Klaus Schwab, « feront passer la crise COVID-19 pour une petite perturbation en comparaison »…

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Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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