Bitcoin (BTC) - Michael Saylor : "Le dollar se déprécie de 15 à 20 % par an"

mer 27 Oct 2021 ▪ 7h00 ▪ 32 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le CEO de Microstrategy (+100 000 BTC en trésorerie) Michael Saylor a répondu aux questions très intéressantes du podcast Investanswer. Voici une traduction des meilleurs passages.

Podcast InvestAnswersVous avez vu venir avant tout le monde que le smartphone changerait le monde. Pensez-vous avoir trouvé dans le bitcoin le prochain changement de paradigme ?

M. Saylor – J’ai suivi le bitcoin de loin depuis son lancement. J’étais plutôt concentré sur la transformation numérique de l’économie. La révolution smartphone, c’est la numérisation de la musique, des livres, des communications, des relations et de la vente au détail. C’est Youtube, Google, Facebook, Amazon et Apple.

Je pense que la deuxième étape de cette révolution smartphone sera la numérisation de la monnaie. On a coutume d’appeler le bitcoin « propriété numérique« , « monnaie numérique » ou encore « actif numérique« , mais en définitive, l’appellation la plus pure théoriquement est « énergie numérique ».

Et le fait est que cette seconde épopée de la révolution smartphone devra forcément être d’un ordre de grandeur supérieur à la première (10 fois plus). Que vaut le fait d’avoir tous ses films, photos, livres et documents sur son iPhone ? Beaucoup. En tout cas assez pour faire d’Apple une entreprise pesant 2000 milliards $.

Quelle est la valeur de tous nos biens, de tout notre argent et de toutes nos richesses ? Et si tout cela se trouvait sur votre iphone ?… Quelle serait la valeur d’Apple si tous les biens et tout l’argent du monde étaient stockés sur un iphone ou un androïd ?

Je sais que c’est un peu limitatif de ne mentionner que les smartphones, mais ils sont tellement incontournables. Il est inévitable que 8 milliards d’êtres humains finiront par posséder au moins un smartphone. Ce sera le principal appareil qu’ils utiliseront pour utiliser des logiciels. Et quoi de plus puissant qu’un logiciel qui déplace de l’énergie, des biens ou de l’argent sur un réseau mobile (bitcoin) ?

Quand avez-vous décidé d’investir dans le bitcoin ?

M. Saylor – En mars 2020.

La chose qui est si difficile à saisir à propos du bitcoin en tant que transformation numérique est qu’il s’agit d’un changement complet de paradigme dans la façon de voir l’argent, les biens et l’énergie. Et cela prend du temps d’abandonner l’ancien monde.

Une entreprise conventionnelle fonctionne avec un bilan composé de dettes et d’actifs plus ou moins liquides. Pareil pour les banques centrales.

Fut un temps où il y avait un peu d’or dans leur bilan, mais le métal jaune a probablement atteint son pic en 1914, avant de s’effacer. Les entreprises ont ensuite remplacé leur cash par des dettes souveraines de court terme. C’est comme ça depuis 30 ou 40 ans.

Néanmoins, il est devenu de plus en plus difficile de faire croître une entreprise au cours de la dernière décennie. Nous avons généré beaucoup de cash, et malgré ça, la valeur des actions de MicroStrategy s’est enlisée.

Tout va bien lorsque le cash rapporte facilement 5% d’intérêt avec une inflation à 2 %. Mais ce n’est plus la même affaire quand les taux d’intérêts tombent à 0 % et que l’on sait qu’ils resteront au plancher pour quatre années supplémentaires.

C’est à ce moment-là que je me suis arrêté pour réfléchir pour essayer de comprendre à quel point la situation est mauvaise ? A vrai dire, tout dépend de votre définition de l’inflation. Il y a deux taux d’inflation. Le taux d’inflation de ceux qui veulent s’appauvrir et celui de ceux qui veulent s’enrichir.

Vous allez vous appauvrir si vous considérez que l’IPC (taux d’inflation officiel) est reflète la véritable inflation. Pourquoi ? Parce que le calcul de l’IPC se base sur un panier de biens et de services qui n’inclut pas le logement, l’éducation universitaire, les actions ou encore les œuvres d’Art.

Ce taux d’inflation est prêché si souvent que la population l’a intériorisé. Les gens se disent : « l’inflation est de 2 % par an et vu que les taux d’intérêt sont à 0 % j’obtiens un rendement réel négatif de -2 %. Je perds donc la moitié de mon argent après seulement 35 ans. Ça va, ce n’est pas si terrible ».

J’ai commencé à réfléchir à l’inflation peu après que les taux d’intérêts aient été fixés à zéro. À réfléchir du point de vue du CEO.

Si la moitié de votre capitalisation boursière est du cash, n’importe quel investisseur vous dira : « écoutez, nous avons eu un rendement de 25 % l’année dernière sur le S&P500 alors que votre rendement est de 0 %. Si vous avez un milliard $ en cash, c’est comme si vous brûliez 250 millions $ chaque année, 20 millions $ par mois ».

Donc l’investisseur institutionnel dirait à ce CEO qu’il est irresponsable de détenir un bilan plein de cash. OK, sauf que si vous êtes une entreprise non financière, la loi « SEC 40 » vous limite à 40 % de vos actifs. Donc si vous avez un milliard $, vous ne pouvez pas détenir plus de 400 millions $ de titres financiers. Alors que faire avec les 600 millions de dollars restants ? Vous achetez du bitcoin [qui est considéré comme une matière première et non pas un titre financier].

[…]

Qu’est-ce que vous considérez comme votre plus grande inquiétude ou risque pour le bitcoin, s’il y en a un. Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit maintenant que vous avez tant de bitcoins. D’après mes calculs, vous contrôlez maintenant plus de 1 % des bitcoins.

M. Saylor – Je pense que le bitcoin se lève à l’horizon et qu’il aura du succès. La seule erreur que l’on puisse faire dans un avenir proche est d’utiliser un effet de levier de 20:1 et de se faire liquider à cause de la volatilité.

Si vous n’utilisez pas d’effet de levier, la vraie question est de savoir à quel rythme le bitcoin va monter et quel sera la volatilité.

Écoutez, la FED est passée de 7% d’inflation monétaire (stock de dollars) par an à une inflation monétaire de 21% par an. On essaie d’éteindre le feu avec de l’essence. L’élection US a aussi clarifié les choses. Non seulement à propos de la politique monétaire de ces quatre prochaines années, voire des huit prochaines années. Mais aussi par la nomination de régulateurs assez progressistes. Gary Gensler, le président de la SEC, a enseigné le bitcoin au MIT. Il a passé trois ans à étudier ça. Et si vous analysez tous les témoignages de Janet Yellen (secrétaire au trésor) et de Gary Gensler, la conclusion est qu’ils considèrent « l’innovation de Satoshi comme réelle », et que le bitcoin est une plateforme clef sur laquelle construire l’économie du 21ème siècle.

Et enfin le ban chinois. Un gros frein était le contrôle par la Chine de la majorité du hashrate. La Chine et les États-Unis ayant des agendas géopolitiques divergents, les régulateurs étaient très hésitants. Depuis, les machines des mineurs sont tombées entre les mains des pays de l’ouest. […] C’est une erreur géopolitique à mille milliards $ pour la chine. Mais revenons à notre sujet : quelle est la menace pour le bitcoin ?

Quand Microstrategy a acheté du bitcoin, aucune autre société cotée en bourse n’en détenait. Maintenant vous avez Square, Tesla, Marathon, Microstrategy, 24 autres sociétés et 12 mineurs sans oublier les ETF.

Ok, donc ça s’est institutionnalisé, nationalisé et occidentalisé. Vous avez six milliards de personnes qui dépendent de la technologie occidentale, c’est-à-dire de la langue anglaise, de la monnaie américaine, du droit occidental, de Google, d’Apple, d’Amazon, de Facebook, de Bitcoin et de Twitter.

Et puis vous avez le bloc de l’est qui s’appuie sur la langue chinoise, le CNY et la pile d’entreprises technologiques chinoises. Vous pouvez voir la dynamique du pouvoir. Il était très important que le bitcoin devienne le protocole monétaire de l’Ouest et non celui de l’Est.

Je crois que s’il y a une troisième guerre mondiale, Dieu nous en préserve, mais s’il y en a une, elle sera numérique par nature et il y aura trois monnaies, la monnaie de réserve du monde, le dollar, la monnaie numérique et ensuite le bitcoin.

M. Saylor – Je pense que le bitcoin est comme une propriété numérique universelle. Après avoir fini de télécharger nos photos, nos documents, nos livres, nos vidéos et tout ce que nous voulons sur nos smarphones, nous téléchargerons notre argent. Vous aurez huit milliards de personnes ayant chacun un wallet sur Android ou IOS, et peut-être le système d’exploitation chinois. Et ce wallet contiendra un mélange de devises et d’actifs.

La monnaie la plus forte actuellement est le dollar US, puis le CNY et peut-être une douzaine d’autres avec le yen et l’euro. Les gouvernements fort vont continuer à imposer leur monnaie qui sera le moyen d’échange que vous utiliserez pour payer vos impôts. Ce sera en quelque sorte le stablecoin.

66 pays sont déjà « dollarisés » [Saylor veut dire par là que leur monnaie s’est écroulée] et 66 pays supplémentaires n’y couperont pas. Il y en aura peut-être 10 qui se yuaniseront. Je pense que les Japonais garderont leur monnaie, et que les Européens garderont leur euro. Si l’Union européenne éclate, l’euro s’effondrera et ils se dollariseront. L’Angleterre est une exception, mais je sais ce qui va leur arriver.

Le Vénézuela a déjà perdu. Personne ne prend le bolivar au sérieux. Si vous vivez en Argentine, vous utiliserez le peso pour payer le gouvernement, le dollar pour acheter quelque chose à l’étranger, et puis le bitcoin pour épargner. Si j’étais intelligent, je garderais l’équivalent d’un mois de dépenses dans la monnaie la plus forte, un jour de dépenses dans la monnaie la plus faible et le reste de mon épargne dans l’actif le plus fort : bitcoin.

Cela étant dit, il peut y avoir d’autres actifs, peut-être qu’ils tokeniseront l’indice S&P500, la bourse française ou d’autres formes de propriété. Mais je pense que ce qui est clair, c’est que le dollar va s’imposer comme moyen d’échange pour les 6 milliards de personnes du monde occidental et que le bitcoin va s’imposer comme réserve de valeur.

[…]

Je pense que le dollar se déprécie de 15 à 20 % par an. On peut débattre quant à savoir si nous allons revenir à 7% ou bien si nous allons rester à 15, 20 ou 25 %, qui sait, mais le dollar se déprécie actuellement au rythme de 1 à 2 % par mois.

Le peso perd 3 à 4 % par mois. La lire turque s’effondre certainement deux fois plus vite que le dollar… Le bolivar (monnaie du Venezuela) s’effondre de 4 ou 5 % par mois.

Pensez-vous que le pétrobitcoin puisse remplacer le pétrodollar ? Si on regarde ce que fait l’Iran, ce que veut faire la Russie pour sortir du dollar, etc… L’énergie sera-t-elle libellée un jour en bitcoin ou un autre type de crypto ou CBDC ?

M. Saylor – C’est un sujet intéressant, je veux dire que j’ai l’impression qu’on en revient à la question de savoir si Tesla va vendre ses voitures en BTC ou pas. Ça capte l’imagination de beaucoup de gens et ça génère beaucoup d’étincelles et d’excitation d’un point de vue marketing.

Mais il me semble qu’une meilleure idée serait qu’au lieu d’essayer de vendre mon baril de pétrole
en BTC, de prendre tout son argent pour acheter des bitcoins. C’est-à-dire convertir toute sa trésorerie en bitcoins.

Si vous avez 50 milliards $ investis dans de la dette souveraine. Je pense que c’est une bonne idée d’emprunter 100 milliards $ et de les échanger contre des bitcoins.

Pour moi il est clair que le bitcoin est l’étalon monétaire universel. C’est la réserve de valeur universelle. Le problème n’est pas vraiment de savoir si les gens commercent en dollars ou pas. Le problème est de savoir combien de temps vous gardez ces dollars. Si vous me vendez quelque chose pour 1 million $, que je vous donne ce million $ et que vous le convertissez en 20 bitcoins une minute plus tard, voilà qui est intelligent.

Il est stupide de détenir 1 million $ et de le placer dans une dette rapportant 3% d’intérêts alors que le pouvoir d’achat du dollar perd 20% par an. Vous êtes à -17 %… Ce n’était pas sage de faire ça au cours de la dernière décennie.

La vraie question est : comment gérez-vous votre trésorerie ? […] La voie de la facilité qui donne le meilleur résultat est que d’échanger dans la monnaie gouvernementale tant qu’il y a un gouvernement fonctionnel dans votre sphère d’influence mercantile.

Si le gouvernement du Zimbabwe s’effondre, je commerce en dollars. Et si plus personne n’accepte les dollars alors je commerce en sats. Mais je ne pense pas que nous y arriverons au cours de cette décennie. Tout peut arriver dans 20, 30, 40 ou 50 ans. J’ai l’impression que tant qu’il y aura des entités gouvernementales, elles créeront leurs propres monnaies.

Si le bolivar s’effondre, ils créeront un nouveau bolivar. Et si le peso s’effondre, ils créeront le nouveau peso et à un moment donné, les gens de ces pays se demanderont ce qu’ils préfèrent. Du peso ou du dollar US. Mais cela ne nous concerne pas nous les bitcoiners. Je pense que nous sommes distraits par la question de savoir si nous devons défendre le peso, le bolivar ou le dollar en Amérique latine.

La vraie question est de savoir comment être sûr que le bilan de mon entreprise est à 100 % investi dans un actif qui va s’apprécier. 500 % du bilan de la Microstrategy se trouve dans un actif qui s’apprécie parce que nous avons emprunté pour acheter du bitcoin.

Nous avons commencé par convertir nos 500 millions $ de fonds propres en BTC. Et maintenant nous avons 7 milliards $ en BTC.

Si vous êtes une personne riche, la bonne stratégie est d’emprunter un milliard $ en face de 100 millions $ de fonds propres, puis d’acheter pour 1,1 milliard $ d’immobilier. 1000% de votre bilan est en biens immobiliers et vous n’avez plus qu’à espérer que la masse monétaire augmente de 10% par an. Parce que si elle augmente de 10% par an, vous allez gagner 100 millions par an en revenu d’investissement. Et dans 10 ans, vous aurez environ 2,4 milliards $ de biens immobiliers et 1 milliard de dollars de dette (+ les intérêts courus à 3, 4 ou 5 %). Vous pouvez alors emprunter 500 millions de dollars supplémentaires à 3 % d’intérêts. C’est une stratégie de développement immobilier et n’importe qui peut le faire n’importe où. Et vous pouvez faire cela avec le bitcoin au lieu de le faire avec de l’immobilier.

Je reçois un email au moins une ou deux fois par semaine de gens qui ont perdu leur SEED où bien qui ont envoyé leurs bitcoins à la mauvaise adresse. Parlons un peu de l’offre de BTC. Tout le monde sait qu’il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins, mais j’étudie ces chiffres depuis plus de quatre ans maintenant et il se trouve que j’ai une liste détaillée de tous les BTC qui ont été perdus. Le New York Times et le magazine Fortune estiment qu’entre 3,7 et 4 millions de BTC sont définitivement perdus, comme ceux de M. Popescu qui a coulé son bateau avec 125 000 bitcoins. Par ailleurs, Kane Research estime que 4% des bitcoins sont perdus chaque année. […] Quand vous voyez des gens aller dans des supermarchés et qu’ils et qu’ils achètent des bitcoins à un distributeur, ils ont un morceau de papier, il est clair que beaucoup vont être perdus. Des gens sont frappés par la maladie ou les accidents de voiture etc. Donc en supposant juste la perte de 1% par an, ça nous ramènerait à environ 12.5 millions de BTC d’ici 2048.

Ma théorie est qu’il y a déjà moins de 14 millions de BTC et que par conséquent, Microstrategy et vous-même Michael Saylor possédez plus de 1 % de tous les bitcoins. Maintenant ma grande question est d’abord est-ce que vous y croyez ?

M. Saylor – Je suis intrigué par votre analyse. J’adhère à tout, à chaque ligne, aux 3,7 millions de BTC perdus, c’est vrai, si ça n’inclut pas Satoshi, alors je me demande si c’est 3,7 ou 2,7. Je n’ai pas étudié ça. Mais je suis sûr que vous avez raison, avec une marge d’erreur plus ou moins grande.

Je suis d’accord, c’est une monnaie déflationniste et je pense qu’il est inévitable que des BTC continueront d’être perdus.

Je pense d’ailleurs que c’est l’acte de charité ultime que d’emporter ses clés privées dans sa tombe.
À la question de savoir comment contribuer charitablement à la race humaine d’une manière juste et responsable […], mourir avec ses bitcoins est une contribution à tous les membres du réseau au prorata […].

Par ailleurs, cela n’a ça n’a pas vraiment d’importance pour le succès du bitcoin que nous terminions à 12, 13 ou 11 millions de BTC car il est divisible à l’infini.

[…]

Il ni se trouvait pas une seule société cotée en bourse avec 5 millions $ en BTC avant le mois d’août 2020. Il doit y en avoir désormais trois douzaines, voire plus d’ici la fin de l’année. On est passé de quelques millions $ de BTC en trésorerie d’entreprise à 15 milliards. Coinbase vient de dire qu’ils ont 9000 comptes institutionnels […].

Je connais un plombier qui n’a que trois employés et qui a des bitcoins dans son bilan. Alors que si vous m’aviez demandé en février 2020 ce que je pensais du bitcoin, j’aurais dit que je ne l’achèterais même pas à titre privé et encore moins pour Microstrategy. Je me serais demandé si ce n’était pas l’une des dix mille crypto-monnaies que les gens échangent et c’est là où j’en étais parce que je n’avais pas besoin de me concentrer dessus. Je n’avais pas besoin d’embrasser l’idée d’un changement de paradigme concernant des choses comme la propriété, l’énergie, l’argent ou la monnaie. Il n’est pas nécessaire de remettre en question tes valeurs profondes en l’absence d’une guerre.

[…]

En février, je me disais : « Bon, je pense qu’on aura 2 ou 3 % d’intérêts sur notre argent« .

[…]

En avril, ma vision du monde a changé. J’ai compris que le rendement nominal serait nul, le taux d’inflation de 20 %, et que j’allais perdre 300 millions de dollars au cours des 36 prochains mois si je ne faisais rien. N’ayant aucun espoir avec les stratégies traditionnelles, je devais prendre un risque.

[…]

Nous avons une entreprise de logiciels qui génère du cash […] Je pourrais aller acheter pour un milliard $ de terrain à Vegas, je pourrais acheter pour un milliard $ de droits de forage pétrolier ou de barils de pétrole. Je pourrais acheter pour un milliard $ de bitcoins. […] Lorsque nous achetons des bitcoins, nous faisons la même chose que des mineurs. Les mineurs génèrent des bitcoins chaque année en minant et nous générons des bitcoins chaque année en vendant nos logiciels d’intelligence artificielle. Peu importe la façon de les acquérir, cela fait toujours 5000 bitcoin et la question est de savoir si on garde ces 5 000 bitcoins ou si on les vend. Si vous regardez l’histoire de Microstrategy, c’est amusant. D’abord nous avons publié un communiqué de presse pour annoncer au monde que nous allions analyser quel est le meilleur actif à détenir en trésorerie et nous avons choisi d’acheter pour 250 millions $ de dollar.

Ensuite, nous avons dit à nos actionnaires que nous allions en acheter pour 250 millions supplémentaires en leur offrant de racheter leurs actions s’ils n’étaient pas d’accord. […]

Et enfin nous nous sommes endettés pour acheter du bitcoin. Nous avons emprunté 1,7 milliard $ au taux d’intérêt de 0,25 %. […] Nous avons également émis de la dette (junk bond) pour 500 millions $ au taux de 6 à 8 % d’intérêts pour acheter plus de bitcoins autour de 30 000 $.

Puis le bitcoin a commencé à se rétablir, nos actions se sont rétablies et nous avons vendu pour 400 millions $ d’actions pour acheter encore plus de bitcoins autour de 40 000$. […]

Nous avons pour environ six milliards $ de bitcoin, peut-être plus. […] Nous avons emprunté 500 millions $ en mettant 14 000 bitcoins en gage. Le reste de nos bitcoins, quelque chose comme presque 100 000 BTC, ne sont pas gagés.

[…]

Que pensez-vous des ETF ?

M. Saylor – Je pense qu’à chaque fois qu’une nouvelle société est cotée en bourse et qu’elle est un dérivé du bitcoin (elle a une relation avec le bitcoin), c’est de bon augure. A long terme et même à moyen terme.

[…]

A chaque fois chaque fois qu’un mineur entre en bourse, des centaines de millions $, si ce n’est des milliards $ en capital sont bloqués dans le bitcoin. Quand un mineur lève cent millions $ pour acheter de l’équipement, c’est cent millions $ de capital bloqué dans le bitcoin pour la prochaine décennie

Un ETF est une autre forme de société bitcoin. C’est une société qui crée une application du bitcoin. Les bitcoiners hardcore ne comprennent pas ça. Ils se disent « not your key, not your BTC ». Mais nous sommes dans une économie décentralisée et tout le monde a le droit de créer ses propres applications adossées au bitcoin.

Si le Salvador adopte le standard bitcoin, alors le Salvador devient une sorte de dérivé du bitcoin. Pareil pour l’action de Microstrategy. Elle est un dérivé du bitcoin. Les dettes de Microstrategy sont également des dérivés du bitcoin.

[…]

Les traders QUANT vont trouver d’innombrables opportunités d’arbitrage. Un jour, ils iront voir George Soros pour lui dire « on a trouvé un moyen d’obtenir un rendement annuel garanti de 8% par an sans faire de pari directionnel. Vous n’aurez même pas à vous soucier de savoir si le bitcoin monte ou descend. On a besoin que vous nous donniez un milliard $ ».

Soros va dire « allez-y, prenez même deux ou trois milliards $ si vous pouvez faire ça ». Les quants vont créer des marchés parallèles pour arbitrer les imperfections de prix entre différents actifs. Par exemple entre la valeur de l’action de Microstrategy et le Bitcoin. Mais ils devront bloquer des milliards $ dans le bitcoin pour faire ça.

[…]

Est-ce que Microstrategy envisage de miner le bitcoin ?

M. Saylor – Tout le monde a besoin d’une stratégie de gain et d’une stratégie d’épargne, d’une stratégie d’exploitation et d’une stratégie de bilan. Si vous êtes dentiste et que vous pouvez gagner 300 000 $ par an en tant que dentiste, le meilleur conseil que je puisse vous donner est de construire le plus grand cabinet dentaire possible et de vous assurer que vous convertissez votre cash en bitcoins.

Et si vous voulez faire mieux que d’être long bitcoin à 100%, mon prochain conseil est de vendre des actions du cabinet dentaire pour un prix compris entre 10 et 20 fois les revenus annuels et d’acheter des bitcoins avec ça.

Et si c’est possible, je dirais pourquoi ne pas s’endetter en hypothéquant le cabinet dentaire. Si tu génères 300 000 $ de cash par an et que quelqu’un veut te prêter 10 millions $ en face de ça, à 2 ou 3 % d’intérêts, alors endette-toi de 10 millions $ et achète des bitcoins avec ça. Tu auras 23 millions de BTC au bout d’une décennie au lieu de seulement 3 millions.

[…]

Beaucoup de sociétés de cartes de crédit payent des récompenses en bitcoin. Est-ce que Microstrategy envisagerait de payer des dividendes en bitcoin ?

M. Saylor – Je ne pense pas qu’il faille renoncer à un seul bitcoin. Que vaudra 1% de tout l’argent du monde d’ici cent ans ?…

Oui, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de payer des dividendes. Pour moi, une société qui verse des dividendes est une société qui ne sait pas quoi faire de son argent, ce qui signifie qu’elle ne peut pas se développer.

Prenons l’exemple des mineurs d’or. Les mineurs d’or extraient de d’or puis le vendent. Mon premier avis serait de ne pas vendre l’or. Mais ils le vendent, ce qui fait baisser le prix de l’or. Ils sur-exploitent l’or, génèrent 50 % de profit et paient des impôts sur le revenu des sociétés.

Donc d’abord ils ont dilué la valeur de l’or en augmentant l’offre, ce qui fait baisser le prix de l’or. Ils ont ensuite payé un impôt massif. Et enfin ils augmentent leurs dépenses d’exploitation parce que l’exploitation des mines coûte aujourd’hui 1000 $ l’once au lieu de 500 dollars l’once auparavant. Donc ils détruisent l’environnement, gaspillent de l’énergie, font chuter le prix de l’or, paient d’énormes quantités d’impôts, versent des dividendes et remboursent leurs dettes.

Ils remboursent leur dette… Quand vous remboursez un milliard $ qui vous coûte 3% d’intérêts, c’est comme si vous faisiez un prêt à la banque en échange de 3% d’intérêts. Vous échangez ce qui pourrait être un actif rapportant 20, 30 ou 100 % afin d’être payé 3 %. Rembourser sa dette n’a aucun sens. Tout comme payer des dividendes. Quand vous payez un dividende, non seulement vous payez l’impôt sur le revenu des sociétés mais vous avez aussi forcé vos actionnaires à payer un impôt sur le dividende.

[…]

Et donc je ne pense pas que cela ait un sens. Je pense que c’est le contraire qui a du sens, c’est-à-dire que vous prenez tous votre cash et vous empruntez autant que vous le pouvez, tant que le coût de l’emprunt est inférieur d’un ordre de grandeur à l’actif dans lequel vous allez investir (bitcoin).

Il y a une autre chose qui me contrarie et me trouble un peu si vous regardez les 130 000 milliards de dette dans le monde qui ne rapportent rien, et les 30 000 milliards qui ont un rendement négatif, et puis l’inflation. Prévoyez-vous un Great Reset. Les CBDC vont-ils accélérer ce Great Reset ?

M. Saylor – Pas d’un coup, mais dans un long gémissement. Je ne pense pas qu’il y ait une sorte de Great Reset qui implique qu’un jour tout le monde reprenne ses esprits et fasse quelque chose. Je pense qu’il y a beaucoup trop d’inertie dans le système. Ce sera une transformation persistante, progressive.

Le chiffre de 30 000 milliards de dette à rendement négatif est variable. Il dépend de la définition que l’on donne de la dette à « rendement négatif ». Je définirais le rendement négatif si le rendement de la dette moins le taux d’inflation monétaire est négatif. Et si vous le définissez ainsi, cela signifie que 100 000 milliards $ de dette ont un rendement négatif.

La seule chose qui aurait un rendement positif serait une dette servant un taux d’intérêt supérieur à 15 %, comme certaines obligations chinoises actuellement.

[…]

Le taux d’inflation monétaire (le stock d’argent, cad le vrai taux d’inflation pour un investisseur) doit être de 20 % par an aux États-Unis, en Europe, de 30 % ou quelque chose comme ça en Chine, de 40 % en Argentine, de plus de 50 % dans beaucoup de pays en voie de développement.

Et donc il n’y a pas vraiment d’instrument de crédit qui n’ait pas un rendement négatif. Il n’y a qu’en achetant le S&P500, qui est en hausse de 24,25 % en un an, que l’on arrive à préserver son pouvoir d’achat, et encore… La bourse est d’ailleurs un bon substitut pour connaître l’inflation monétaire…

[…]

Pour en revenir à la question, que se passe-t-il avec le crédit ? Tout est à rendement négatif […]. Les dettes souveraines étaient une réserve de valeur avant la grande crise financière. Jusqu’en 2008. Souvenez-vous, les obligations italiennes rapportaient 6% d’intérêts. Il fut un temps où les obligations d’État rapportaient 4, 5, 6, 7, 9 % d’intérêt et où l’on pouvait se dire que l’inflation était de 7 %. Les obligations battaient l’inflation et constituaient donc une réserve de valeur.

Mais après 2009, tous ces rendements souverains en Europe ont été ramenés à 0 %. Et cela alors qu’il est évident que le stock d’argent augmente de plus de 7 % par an. Il n’y a plus de réserve de valeur et tout investisseur intelligent s’est tourné vers le S&P500 ou le NASDAQ.

La seule façon de conserver théoriquement de la valeur dans un environnement où la masse monétaire augmente de 10% est d’augmenter son cash flow de 20 % par an.

Tous les gains du S&P500 ou le NASDAQ se résument aux actions d’Apple, Amazon, Facebook, Google et Microsoft. Les neuf premières capitalisations du S&P500 ont généré 80 % de la hausse au cours des cinq dernières années.

Dit autrement, avant le bitcoin, la seule réserve de valeur était les grands monopoles technologiques. Un grand monopole technologique, un réseau numérique dominant qui dématérialise quelque chose. Les monopoles sont les seules réserves de valeur restantes de nos jours.

[…]

Faire croître sa trésorerie de 20 % par an pendant que la Fed imprime 7 % d’argent en plus, ça marche pour Amazon pendant une décennie. Mais si la Fed imprime 20 % d’argent en plus, il faut augmenter sa trésorerie 30 à 35 % par an.

Quel genre d’entreprise peut augmenter ses flux de trésorerie de 30 % par an pendant les cinq prochaines années, à part deux ou trois noms que nous connaissons très bien ?

Reste le bitcoin…

[…]

Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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