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Bitcoin (BTC), Poutine, SWIFT et cyberattaque

jeu 24 Mar 2022 ▪ 19h00 ▪ 12 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le bitcoin possède de nombreux attributs, comme le fait d’être une monnaie en même temps qu’un système de paiement. Cette propriété va s’avérer essentiel si, comme le prévoit le Financial Times, le réseau SWIFT est paralysé par des cyberattaques.

Les banques se préparent à des cyber-représailles russes contre le réseau SWIFT

Tel est le titre d’un article du FT datant du 14 mars. Nous pouvons y lire les craintes de plusieurs banquiers en cas de déconnexion totale de la Russie.

En effet, sept banques russes ont été récemment déconnectées. Sberbank et Gazprombank, qui facilitent les paiements pour le gaz et le pétrole, ont toutefois été épargnées. Pour l’instant.

Plusieurs banquiers contactés par le FT craignent que le réseau SWIFT devienne la cible de cyberattaques en cas de déconnexion totale de la Russie, « car il s’agit d’un point névralgique du réseau financier mondial ».

« SWIFT suscite de nombreuses inquiétudes », s’inquiète un autre. « Les banques semblent à l’aise avec leurs propres niveaux de cybersécurité, mais une attaque contre SWIFT serait très préjudiciable à l’ensemble du système bancaire. ».

Les pages saumon précisent plus loin que « SWIFT joue un rôle crucial dans le secteur bancaire mondial en transférant chaque jour l’équivalent de plusieurs milliers de milliards de dollars pour le compte de 11 000 institutions financières ». « Pendant une guerre, c’est l’endroit le plus efficace pour frapper – c’est le noyau du système bancaire mondial, le nœud qui relie tout ».

Même le président américain en parle ouvertement. J. Biden a mis en garde lundi contre de possibles cyberattaques russes, arguant qu’il avait « des renseignements indiquant que le gouvernement russe explore des options pour d’éventuelles cyberattaques » :

« Les cibles les plus importantes sont les grandes banques, les pipelines, les stations d’épuration d’eau et les réseaux électriques. »

Le FBI a déclaré le 18 mars que la Russie aurait scanné les réseaux de cinq entreprises américaines du secteur de l’énergie, « ce qui pourrait être le prélude à des cyberattaques ». « Au moins 18 autres entreprises américaines (défense et services financiers) auraient également été soumises à ce balayage ».

En même temps, l’oracle du World Economic Forum, M. Schwab, nous avait prévenu… Mais un Great Reset de quoi exactement ?

Du système monétaire international…

Toute notre civilisation repose sur le pétrole (et la consommation d’énergie en général), si bien que la raréfaction de la reine des énergies va nécessairement se traduire par de l’inflation. Les monnaies fiat s’effondreront à mesure que nous nous éloignerons du pic pétrolier, franchi selon toute vraisemblance en 2018.

Concrètement, le PIB réel par habitant (PIB corrigé de l’inflation) va décliner de manière permanente, et d’autant plus vite que l’approvisionnement en énergie se tarira. Or l’UE importe 94 % de son naphte, dont 27 % provient de Russie (42 % pour le gaz et 47 % pour le charbon)…

Le pic étant passé, nous ne trouverons pas autre part le pétrole que la Russie pourrait cesser de nous fournir. Dit autrement, nous devrons payer ce pétrole plus cher, ce qui va compliquer le remboursement des dettes et forcer la BCE à ressortir sa planche à billets.

L’inflation s’annonce terrible et le gel des réserves de change de la Russie ne va rien arranger. Nous nous dirigeons à grandes enjambées vers un monde inflationniste multidevises au milieu duquel la meilleure monnaie s’imposera naturellement.

À ce titre, Pavel Zavalny, le chef de la commission énergie de la chambre basse du Parlement russe, s’est laissé aller à dire ce jeudi 24 mars qu’il n’a rien contre le bitcoin, au contraire :

« L’euro et le dollar en tant que moyen de paiement, ont perdu tout intérêt pour nous. Nous allons vendre nos ressources naturelles dans d’autres monnaies. D’abord pour le gaz, puis d’autres ressources naturelles. Nos ressources seront vendues en échange de vraies monnaies. C’est-à-dire de l’or ou d’autres monnaies qui nous conviennent. Pour les pays hostiles, ce sera le rouble. En ce qui concerne nos amis comme la Chine ou la Turquie, on utilisera les monnaies nationales comme le rouble ou le yuan. Le choix est très large et c’est tout à fait normal. S’ils veulent utiliser le bitcoin alors ce sera le bitcoin. »

En attendant le petrogazobitcoin, Vladimir Poutine a prévenu que la Russie n’acceptera plus que des paiements en rouble pour les livraisons de gaz en direction de l’Union Européenne :

« J’ai pris la décision de mettre en œuvre un ensemble de mesures pour passer au paiement en roubles de notre gaz livré aux pays hostiles, et de renoncer complètement aux devises qui ont été compromises »

Le but de la manœuvre est de faire monter le taux de change du rouble. C’est une façon détournée pour la Russie de récupérer ses réserves de change via l’augmentation de la valeur du rouble. Un refus de l’UE reviendrait à se faire couper le gaz. Il s’en suivrait une explosion des prix qui aurait tôt fait de plonger le vieux continent en récession.

Les marchés ne s’y trompent pas. Le prix du pétrole est de retour au-dessus de 120 dollars. Le gaz s’est envolé de plus de 30 %. Autant dire que le sommet de l’OTAN qui se déroulera ce jeudi 24 mars s’annonce houleux.

D’autant plus que la Chine profite de la situation pour avancer ses pions. Il se murmure que l’Empire du Milieu va bientôt acheter l’or noir des Saoudiens dans sa propre monnaie. En sachant que Pékin achète plus de 25 % du pétrole que l’Arabie saoudite exporte.

Soit environ 100 milliards $ par an qui sortiront du système dollar pour rejoindre le système yuan. La Chine achète aussi 45 % des exportations de pétrole russe, soit 160 milliards (à 120 $ le baril) qui suivront bientôt.

L’abandon du dollar par les deux plus grands exportateurs de pétrole est une très mauvaise nouvelle pour les monnaies réserve internationales. L’euro et le dollar sont sur le point de partir en fumée inflationniste si le sabordage par les sanctions continue. À moins que…

À moins que l’idée soit de rationner la population

C’est là que nous refaisons le lien avec les cyberattaques. Une perturbation persistante du réseau SWIFT pourrait être l’occasion rêvée pour la BCE et la FED de lancer la fameuse CBDC (Central Bank Digital Currency).

Un cataclysme économique pourrait rapidement se solder par des faillites bancaires. Nous pourrions alors imaginer que les épargnants spoliés se verront verser gratuitement des CBDC. Ceci n’est que spéculation, mais notons tout de même que la banque des règlements internationaux (BRI) est à pied d’œuvre pour créer un système de paiement international similaire au réseau SWIFT, mais pour les CBDC.

Bloomberg rapporte que « plusieurs banques centrales et la Banque des règlements internationaux ont mis au point des prototypes pour une plateforme commune de CBDC pour gérer les paiements transfrontaliers ».

Nom de code : « Project Dunbar ». Le nom Dunbar est dérivé du gaélique écossais « Dùn Barra », qui signifie « summit fort » et que l’on pourrait traduire par « forteresse imprenable ».

Elle ne sera toutefois jamais aussi imprenable que la forteresse cybernétique bitcoin qui semble chagriner la journaliste de Bloomberg. Pour elle, « la croissance rapide des cryptomonnaies est une menace potentielle pour les régimes monétaires existants et rend plus urgents les débats sur transferts internationaux ». C’est l’idée…

Par ailleurs, Joe Biden a récemment signé un décret urgeant la FED de créer un « Digital Dollar ». Christine Lagarde, la présidente de la BCE, est du même avis, tout comme la cheffe économiste du FMI. Cette dernière a déclaré que « la guerre en Ukraine pourrait modifier l’ordre économique mondial tel que nous le connaissons ». « Le commerce de l’énergie changera fondamentalement, les systèmes de paiement pourraient se fragmenter, certains pays pourraient repenser les devises qu’ils détiennent comme réserves et accélérer l’adoption des CBDC ».

Ne jamais gâcher une bonne crise comme dirait l’autre, surtout si elle s’accompagne de cyberattaques débouchant sur la création de monnaies « programmable » dont l’utilisation pourra être conditionnée. C’est exactement ce à quoi fait référence l’article de Bloomberg dans ce paragraphe :

« À l’échelle mondiale, les banques centrales tentent de s’adapter aux nouvelles technologies de paiement mises au point par des entreprises technologiques telles que la société chinoise Ant Group. »

Ant Group est une société créée par Jack Ma, le milliardaire chinois qui avait disparu plusieurs mois suite à un discours acerbe à l’égard des banques et du parti communiste. Voici ce qui nous avions écrit à propos de ce fameux discours, début 2021 :

« Pour Jack, ‘l’octroi de prêts bancaire doit être basé sur la Big data’. Selon lui, ‘il faut arrêter avec cette mentalité du prêteur sur gage’ et créer un ‘système de crédit basé sur la Big Data’. »

En essence, le milliardaire souhaite confier au maching learning (analyse de la Big Data) la responsabilité de prêter à telle ou telle personne, en fonction de la qualité de ses historiques de recherche internet, d’achats, de déplacements, de rencontres, d’opinions en ligne, etc.

On imagine alors facilement que seuls les gens serviles, en phase avec l’idéologie du moment, auront le droit de grimper les échelons de la hiérarchie sociale. Ce ne serait rien d’autre que du totalitarisme numérique et personne ne sera surpris que la Chine soit en avance…

Terminons en signalant que la BRI dévoile dans ce papier que l’utilisation d’outils de surveillance financière (machine learning) a explosé depuis le début de la pandémie. 80 % des banques centrales utilisent désormais la big data, contre 30 % en 2015.

Cet intérêt est bien évidemment lié au fait que plus d’une centaine de banques centrales travaillent sur la CBDC. Sans parler des gouvernements qui cherchent à démocratiser l’identité numérique qui fusionnera avec les CBDC :

« Le président de la Fed, M. Powell : Un CBDC devra permettre de vérifier l’identité de son propriétaire tout en sauvegardant sa vie privée » (Bel oxymore…)

Tel est le sombre futur qui nous attend si nous laissons les globalistes de la BRI et du World Economic Forum nous imposer l’identité numérique derrière laquelle se cachera un gigantesque aspirateur de données privées qui seront utilisées pour nous rationner. Le bitcoin est LA planche de salut pour échapper à cette dystopie.

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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