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Bitcoin rejette moins de CO2 que les voyages en classe affaire des banquiers

Satoshi Nakamoto a réussi à transformer un algorithme en or. Le Bitcoin, est une monnaie créée à partir d’énergie pure, sécurisée par les mathématiques et téléportée par satellite. Non, ce n’est pas de la science-fiction. C’est du cypherpunk…

Le Bitcoin n’est pas grand chose d’autre qu’un crédit énergétique. Cette énergie, c’est celle qui est nécessaire pour que les mineurs puissent recommencer leur inlassable course (dont le départ est redonné toutes les 10 minutes) au fameux « hash » qui va bien. La dernière fois que j’ai vérifié, le hashrate du Bitcoin était de 110 millions de Tera hash par seconde. Dit plus clairement, à chaque seconde, 110 millions de milliards de hash sont testés par les mineurs pour essayer de créer un bloc de transactions.

Bref, il existe probablement une corrélation entre la valeur du Bitcoin et le prix de l’énergie. Et la seule question qui vaille, c’est : laquelle ?

Bitcoin, combien de térawattheures ?

D’après digiconomist.net, l’énergie dépensée pour miner et sécuriser le réseau Bitcoin représente 78 térawattheures par an (contre 130 TWh pour l’extraction d’or).

Et comme 80 % de notre énergie est toujours générée en brûlant du charbon, du pétrole ou du gaz, nous pouvons dire que le minage de Bitcoin émet chaque année environ 30 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

Vous vous dites peut-être que c’est beaucoup ?

Et pourtant, ce chiffre est plus relatif qu’il n’y parait… En sachant qu’il existe 25 000 banques dans le monde et qu’un vol Paris-New York émet 6 tonnes de CO2 par passager, un rapide calcul révèle que le Bitcoin rejette moins de CO2 que les voyages en classe affaire des banquiers… Ajoutez ensuite à cela la consommation énergétique du système bancaire dans son ensemble, c’est à dire les agences, les banques centrales, les serveurs informatiques, le financement de l’industrie d’extraction des énergies fossiles ou encore les vies de nabab que les traders et actionnaires mènent sur votre dos, etc…

Dit autrement, la décentralisation du Bitcoin nécessite l’équivalent de l’énergie consommée par un pays comme la Belgique, soit 0.35% de la consommation mondiale d’énergie. Tout cela n’a pas grand chose à voir avec le fond de cet article mais c’était l’occasion de remettre les choses en perspective.

OIL PEAK

Depuis les luttes de territoire entre chasseurs-cueilleurs aux guerres impérialistes américaines, les ressources énergétiques et minérales ont toujours été la première cause des affrontements. Le gibier d’alors est devenu le pétrole d’aujourd’hui.

La mondialisation repose entièrement sur la disponibilité d’une énergie abondante et peu chère : l’énergie fossile. Pour échanger des marchandises, il faut pouvoir les transporter. Et ce transport ne se réalise que grâce à des porte-conteneurs et des camions qui fonctionnent avec des moteurs à combustion qui brûlent du pétrole. L’or noir est le sang de l’organisme économique mondial

En d’autres termes, la croissance économique est étroitement corrélée au prix du pétrole. Toutes les récessions économiques du siècle dernier se sont accompagnées d’une chute de la consommation énergétique comme vous pouvez le voir sur ce graphique.

Correlation entre croissance et coût de l'énergie
Correlation entre croissance et coût de l’énergie. Source : Blog de Jancovici

Si vous observez l’allure des deux courbes à partir de 2007, lors de la dernière crise « financière », la consommation de pétrole chute AVANT la croissance, contrairement aux précédentes récessions économiques.

Or que c’est-il passé en 2007 ? Le baril de WTI ( West Texas Intermediate) a dépassé les 140 $…

Pourquoi le prix du baril est-il monté si haut ? Parce que nous avons franchi à cette date le pic de pétrole conventionnel. C’est à dire que depuis 2007, la production mondiale de pétrole « conventionnel » ne fait que décliner. [La production de pétrole a en réalité augmenté depuis 2007 mais uniquement grâce au pétrole de schiste américain qui n’est pas du pétrole « conventionnel ». L’AIE prévoit que le pic tout pétrole aura lieu quelque part autour de 2025…]

Ainsi, parler de crise des « subprimes » ne rend pas hommage aux véritables racines du mal. Si tant d’américains se sont retrouvés dans l’incapacité de rembourser leurs prêts immobiliers, c’est avant tout parce que l’explosion du prix de l’énergie a forcé les entreprises à débaucher. Difficile de rembourser son prêt immobilier quand on est au chômage…

La richesse n’est qu’énergie

« Si le prix de l’énergie augmente, le coût du minage augmente et je deviens moins rentable. »

Certes mais cela veut seulement dire que les mineurs sont moins rentables et non pas que la valeur du Bitcoin diminue. Au contraire. Et afin de le démontrer, commençons par poser deux postulats :

  • Les banques centrales font marcher la planche à billets parce que l’économie a besoin d’emprunter.
  • La valeur d’une monnaie disponible en quantité limitée – telle que l’or ou le Bitcoin – augmente à mesure que les banques centrales font marcher la planche à billets.

Maintenant qu’on a dit ça, précisons en passant que même si le cartel bancaire manipule le prix de l’or à la baisse, tous les prix finissent tôt ou tard par retrouver leur vrai niveau. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe actuellement. Regardez du côté de la relique barbare, elle est au plus haut historique.

Maintenant, pourquoi les économies ont-elles besoin d’emprunter toujours plus ? Et bien parce que le prix de l’énergie augmente. Il faut du pétrole pour tout. Il n’y a pas un seul objet qui n’ait pas consommé de pétrole à un moment ou à un autre au cours de son processus de fabrication. Les vacances, les études longues, les weekends, les supermarchés, les congés payés, les retraites, l’ensemble de notre mode de vie, de ses aspects les plus fondamentaux à ses détails les plus dérisoires, est lié à notre capacité à extraire de l’énergie de notre planète.

Ainsi, plus le prix de l’énergie augmente et plus les banques centrales sont obligées d’imprimer de la monnaie. Nous pourrions également toucher un mot des intérêts usuriers qui nécessitent mathématiquement de contracter des dettes de plus en plus grande mais c’est une histoire que nous réserverons pour un autre article.

Il faut surtout retenir ici que la valeur du Bitcoin dérive du prix de l’énergie et que la raréfaction de l’énergie peu chère va catapulter son prix au cours des prochaines années.

Sans prendre trop de risque, je peux d’ores et déjà vous dire que l’impact du prochain halving sur la valeur du Bitcoin (division par deux du nombre de Bitcoins offerts pour chaque bloc créé par les mineurs) sera bien inférieur à celui du pic pétrolier auquel nous nous confronterons dans une poignée d’années.

Rappelons que le prix de l’or a été multiplié par 3 en seulement cinq ans suite au pic pétrolier de 2007. Même chose lors du choc pétrolier des années 70 (multiplié par 4). La hausse de la valeur de l’or n’est rien d’autre qu’un signe avant-coureur d’une pénurie d’énergie.

Et si on remplaçait le pétrole par le Charbon ?

Il est vrai que nous disposons d’immense ressources en charbon. Il est donc techniquement possible de substituer le charbon au pétrole. Cela demanderait de nouvelles infrastructures comme des camions électriques rechargés avec de l’électricité générée en brûlant du charbon dans une centrale. Tout cela serait particulièrement vorace en matières premières (terres rares pour les batteries, construction de centaines de millions de camions et de milliers de mines), mais c’est possible.

Mais du coup, la prédiction d’une explosion de la valeur du Bitcoin émise dans cet article ne vaudrait rien ?

Pas si vite…

Brûler des combustibles fossiles – pour produire de la vapeur et activer des turbines génératrices d’électricité – a pour conséquence funeste d’émettre du CO2 dans l’atmosphère. Et le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre qui augmente la fréquence des canicules dévastatrices. Les récents feux de forêt en Australie doivent nous rappeler que la nature est plus forte que nous et que lorsque le mercure monte au-dessus de 50°C pendant deux jours d’affilée, les récoltes meurent…

Je passe sur la montée des eaux, l’acidification des océans, les centaines de millions de réfugiés climatiques, l’extinction des espèces, la déforestation etc….

Le GIEC, le groupe de scientifiques spécialistes du climat se réunissant sous l’égide de l’ONU, prévient que si nous continuons comme si de rien n’était, la température globale pourrait augmenter de 5°C par rapport à la période pré-industrielle avant la fin du siècle. Ce qui veut dire +8°C/10°C à la surface des continents. C’est la fameuse planète étuve, pour reprendre les mots de Nicolas Hulot.

Là où je veux en venir, c’est que même si nous pourrions tout à fait augmenter notre consommation de charbon et ainsi continuer à jouir d’un prix de l’énergie très bas, nous ne pourrons pas le faire à moins d’accepter de déclencher la sixième extinction de masse… Si nous ne respectons pas les Accords de Paris qui visent à limiter la hausse de la température globale en-dessous de 2°C par rapport à la période pré-industrielle, alors nous franchirons des points de non retour qui feront du réchauffement climatique un processus inarrêtable en raison des rétroactions climatiques. Exemple : la glace polaire fond et réfléchit de moins en moins les rayons solaires dans l’espace, ce qui vient renforcer le réchauffement climatique tel un cercle vicieux.

Conclusion

La baisse de la production de pétrole, dans un contexte d’augmentation de la demande de la part des pays émergents comme la Chine ou l’Inde, va obligatoirement faire monter le prix du pétrole. C’est la loi de l’offre et de la demande.

Dans un monde où l’énergie coûte plus cher, tout coûte plus cher. Le scénario de la crise de 2008 se répétera (en pire). Les banques centrales injecteront des milliers de milliards supplémentaires pour éponger les dettes qui ne sont plus remboursées à cause de la récession. Ce jour là, chacun comprendra la différence entre une monnaie disponible en quantité limitée (ayant une valeur intrinsèque) et des chiffres sur un ordinateur de banque en faillite…Et à cet instant, mais dans les pires des circonstances, c’est bien le Bitcoin qui démontrera sa réputation de “monnaie dure”.

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( Rédacteur )

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.
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