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Bitcoin (BTC) – Washington gèle toutes les réserves de change de l’Afghanistan

Les États-Unis viennent de geler 9.4 milliards $ appartenant à l’Afghanistan. Ce vol en plein jour de ce qui représente la moitié du PIB ne serait jamais arrivé si la banque centrale afghane avait pu garder ses réserves en bitcoin...

Manhattan Kaboul

Sans siège ni coups de feu, les talibans (étudiants en théologie) ont repris le pouvoir après une occupation longue de deux décennies. L’armée afghane – formée avec l’argent du contribuable américain – ne s’est pas interposée. Comme lors de la prise de Mossoul en 2014 par Daesh, les moudjahidines se retrouvent avec « une bonne quantité d’armes » et de blindés (même des hélicoptères Black Hawk), dixit le secrétaire à la défense US.

Néanmoins, la prise de pouvoir se fait pour le moment sans effusions de sang, mis à part l’audacieux qui a cru pouvoir voyager dans le train d’atterrissage d’un avion-cargo. La fuite du président afghan Ashraf Ghani à bord d’un hélicoptère rempli d’argent liquide et les vidéos de conquérants s’amusant avec des voitures auto-tamponneuses ont même égayé ce coup.

« Tout le monde est pardonné », a déclaré un porte-parole des talibans, mardi 17 août, lors de leur toute première conférence de presse. Le porte-parole Zabihullah Mujahid a également signalé que leur intention première n’était pas d’entrer dans Kaboul, mais que « l’incompétence du précédent gouvernement » les y aurait contraints.

Concernant la culture du pavot dont l’Afghanistan est devenu le premier producteur (80 % du marché) depuis l’invasion américaine, sa production sera de nouveau « réduite à zéro ». Soit dit en passant, Ahmed Wali Karzai – le frère de l’ancien président afghan installé par l’oncle Sam – a baigné dans le trafic illégal d’opium. Il a même reçu des paiements venant de la CIA pendant 8 ans

Afghans harvesting opium poppy
© AFP 2021 Javed Tanveer (La sève du pavot permet de produire de la morphine, codéine, opium, héroïne)

Mais gageons que les afghans combleront ce manque à gagner en invitant la Chine à exploiter les 3000 milliards $ de terres rares (notamment le lithium, mais aussi de l’argent, du platinium, de l’or et du cuivre) dont recèle le cimetière des empires. Depuis 2015, l’Afghanistan s’efforce de devenir membre à part entière de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Les choses pourraient bientôt s’accélérer…

Cette humiliation passe mal du côté de Washington où l’on n’a pas perdu de temps pour geler les réserves monétaires du pays. Comment ? C’est très simple. Les Américains avaient naturellement obligé la banque centrale afghane à détenir ses réserves de change en dollar. Grave erreur.

Lorsqu’un pays détient des dollars, ils ne les détient pas vraiment. Not your key not your coin, comme dirait l’autre. Les dollars ne quittent en réalité jamais les États-Unis. Soit dit en passant, les banques centrales étrangères gardent leurs dollars sous forme de titres de dette américaine afin d’engranger des intérêts. C’est pour cette raison que les États-Unis peuvent se permettre d’afficher une balance commerciale chroniquement déficitaire sans que la valeur du dollar ne s’écroule. C’est le “privilège exorbitant” du pétrodollar.

Aujourd’hui, 59 % des réserves de change de l’ensemble des banques centrales sont en dollar (au plus bas depuis 1995). Dit autrement, les Américains pourraient décider du jour au lendemain de ne pas rendre cet argent et personne ne pourrait rien n’y faire. Nous parlons tout de même d’une ardoise de 7000 milliards $.

C’est un moyen de pression gigantesque. La nature décentralisée du bitcoin prend tout son sens quand on réalise que le dollar est devenu une arme de dissuasion financière.

Le bitcoin pour se protéger des abus de l’hégémonie monétaire

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis font du chantage au portefeuille. Cuba, l’Irak et l’Iran en ont aussi fait les frais. L’Iran n’a récupéré qu’en 2016 ses 32 milliards $ gelés en 1979 suite à la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran.

L’Iran a même été déconnectée du SWIFT, ce réseau qui noyaute toutes les transactions bancaires mondiales. En d’autres termes, plus aucune banque perse ne peut recevoir ou envoyer de l’argent à l’étranger. Difficile de commercer dans ces conditions. D’où la forte inflation pour tous les produits que l’Iran n’est pas capable de produire elle-même.

Pour résumer, la position monétaire dominante des États-Unis leur offre d’innombrables avantages. Le plus important est bien entendu d’échanger du pétrole contre du papier. Le pétrodollar permet aux États-Unis de capter environ la moitié de l’épargne mondiale et de financer leur dette grâce au « recyclage » des pétrodollars, comme disait Kissinger. (j’explique toute l’histoire du pétrodollar dans mon livre : Les esclaves de l’anthropocène)

L’autre avantage du dollar qui nous intéresse ici est de pouvoir sanctionner les pays qui ne s’aligneraient pas sur ce « droit extraterritorial » américain. La BNP Paribas en a fait les frais en 2014. La banque française fut condamnée à payer 9 milliards $ pour avoir facilité des transactions en dollar pour le compte de pays sous embargo (Iran et Cuba).

Les représailles pécuniaires de l’empire peuvent écrouler l’économie d’un pays en l’espace de quelques années. Le Venezuela – qui a une industrie beaucoup moins développée que l’Iran – peut en témoigner. La Turquie aussi. Le même scénario est en train de se mettre en place en Afghanistan. La monnaie, l’afghani, est en baisse de plus de 7 % depuis l’annonce du gel de ses réserves en dollar.

Pire, nous observons des débuts de bank-run avec des files qui s’allongent devant les guichets de banque. Malheureusement, dans le système bancaire moderne, l’argent que l’on croit avoir à la banque n’existe pas vraiment. #système_de_réserves_fractionnaires

La transition politique se fait pour le moment dans le calme. Mais si les choses venaient à s’envenimer (ne doutons pas que c’est exactement ce que cherche la CIA), ceux qui auront placé leur épargne dans le bitcoin pourront quitter le pays et emporter tout leur argent sans demander la permission du banquier…

Le bitcoin est incontournable pour se protéger de l’inflation mais aussi quitter un pays en guerre (ou en faillite). La mitraille cybernétique est synonyme de souveraineté monétaire aussi bien à l’échelle des nations (l’Iran paie ses importations en BTC) que de l’individu.

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( Rédacteur )

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.
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