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Friedrich Hayek : le théoricien de la concurrence monétaire et des cryptomonnaies ?

Dans les années 1970, l’économiste Friedrich Hayek (1899-1992) a développé le concept de concurrence monétaire. Seulement 16 ans après sa mort, le Bitcoin voyait le jour et avec lui, une révolution monétaire au succès mondial. L’idée de Friedrich Hayek était simple : séparer le pouvoir monétaire du pouvoir de l’État/banque centrale. Ce système monétaire de concurrence repose sur la liberté des agents de créer leur propre monnaie. Nous en sommes à ce point précis aujourd’hui où les agents ont la liberté de choisir leur propre monnaie. La théorie d’Hayek donne un clair aperçu de la situation monétaire actuelle.

Friedrich Hayek crypto btc
Portrait de Friedrich Hayek
Friedrich Hayek (1899-1992)

La théorie d’Hayek devient une réalité ?

La liberté monétaire ou le libre marché monétaire.

L’économiste Friedrich Hayek (1899-1992) était pour le moins visionnaire. Hayek défendait l’idée de la concurrence monétaire. L’idée de Hayek était de séparer le pouvoir monétaire central et le pouvoir de l’État. Ce système monétaire de concurrence repose sur la liberté des agents de créer leur propre monnaie.

Dans son livre “Denationalisation of Money : The Argument Redefined” (1978), il défendait la possibilité pour les institutions de créer leur propre monnaie. Ces monnaies seraient alors échangeables sur la base de taux de change variables. Le phénomène de stabilisation monétaire serait opérationnel grâce à la concurrence des monnaies privées. Seules les monnaies les plus stables auraient leur place. Les monnaies instables seraient évincées du système.

« Une fois que le principe de concurrence des monnaies aurait été généralement accepté dans les pays économiquement prépondérants, il est probable qu’il s’étendrait rapidement à tous les peuples libres de choisir leurs propres institutions. Il resterait sans nul doute des enclaves dictatoriales ne souhaitant pas abandonner leurs pouvoirs monétaires – ceci, même une fois que l’absence de contrôle des échanges serait devenue la marque distinctive des pays honnêtes et civilisés »

– Friedrich Hayek, « Denationalisation of money ».

En effet, le concept de concurrence monétaire est valable en partant du principe que « la mauvaise monnaie chasse la bonne » (loi de Gresham). Dans cette idée, les monnaies privées les plus instables serait naturellement évincées du système (la stabilité attire la stabilité).

Ainsi, cette théorie de concurrence monétaire devient aujourd’hui une réalité. Au moins 1,3% de la population mondiale possède des cryptomonnaies qui représentent plus de 1,1% du PIB mondial [voir article]. Ce qui est considérable. Sur les 10 prochaines années, la diffusion des cryptomonnaies devrait encore s’amplifier à coups de centaines de milliards de dollars. Effectivement, le caractère non-étatique, non immédiatement régulé, mondial, rapide et sécurisé, séduit plus que les monnaies classiques.

Un concept réaliste ?

L’idée de concurrence monétaire nécessite très certainement quelques conditions fondamentales.

  1. Une forte décentralisation et digitalisation de l’économie
  2. Permettre une flexibilité monétaire afin de réduire les barrières de liquidités (possibilité de crédit) [Pour en savoir plus : 2020-2035 : cycles économiques, monétaires et financiers – Thomas Andrieu (andrieuthomas.com)].

Conditions qui n’étaient pas possibles il y a encore 50 ans.

Le développement économique a largement modifié les perspectives monétaires. C’est en particulier le cas avec l’apparition des cryptomonnaies. La Blockchain permet, en substitution à la loi, l’établissement d’un minimum de sécurité à l’échange. La digitalisation grandissante de l’économie et la dégradation des monnaies classiques a de loin amplifié le phénomène de mise en concurrence des monnaies.

Par ailleurs, les cryptomonnaies possèdent un avantage considérable face aux monnaies classiques [voir article]. Les cryptomonnaies peuvent être échangées aux quatre coins du monde et ce avec une rapidité et une sécurité supérieure à celles du système bancaire. Plus que le concept de concurrence monétaire, il y a aussi le concept de monnaie mondiale. Une seule et unique monnaie mondiale ne permettrait pas un fonctionnement optimal de l’économie en raison des différentiels de productivité et d’attractivité. Mais la présence de plusieurs monnaies mondiales permettrait de conserver une stabilité dans le temps (éviter la dégradation monétaire par succession de monnaies stables).

Vers de nouvelles crises monétaires ?

Néanmoins, les crises monétaires ne disparaîtraient probablement pas. Aujourd’hui les crises de liquidités sont de plus en plus récurrentes, en raison des politiques monétaires centrales. La dégradation monétaire continue fait courir un risque de fuite en avant devant la monnaie.

Si l’on prend l’hypothèse d’un système caractérisé par la concurrence monétaire, la monnaie ne serait plus une institution immédiate, mais un marché. En effet, les monnaies stables seraient celles acceptées par la majorité. Les crises économiques, les innovations monétaires ou encore l’évolution des autres actifs financiers, pourraient provoquer une succession de monnaies au cours du temps. Les crises monétaires ne seraient alors plus centrales, mais plutôt financières.

Les cryptomonnaies : une innovation profondément libérale.

Consécration de la mondialisation et de la liberté économique.

En seulement un demi-siècle, le monde a changé de dimensionD’après la Banque mondiale, entre 1970 et 2015, le commerce mondial comparé à la richesse mondiale a été multiplié par 2,5. Il s’agit d’une hausse inégalée jusqu’ici. Cela s’explique en grande partie par l’enrichissement des pays occidentaux qui a opéré depuis le XIXe siècle. De plus, l’ouverture au monde de pays comme la Chine à la fin des Trente Glorieuses a provoqué une hausse accrue des interactions mondiales.

Dans ce contexte de développement économique et culturel, le déficit des pays développés a globalement augmenté et la souveraineté des États a naturellement diminué. La perte de souveraineté étatique s’est traduite par un renforcement du dynamisme privé. Et ce en dépit de la hausse des dépenses publiques (qui sont donc moins efficaces).  

La hausse de la mobilité des marchandises, des capitaux, et par-dessus tout des hommes, a complètement changé l’ancien modèle d’État. Dès lors, les individus sont plus amènes de choisir l’État dans lequel ils souhaitent vivre. Ils sont aussi plus amènes de choisir la monnaie qu’ils souhaitent utiliser, la vie qu’ils souhaitent mener tout simplement.

Ainsi, la continuité de cette liberté économique réside dans la décentralisation du pouvoir monétaire. L’objectif serait de contrer les limites (inutiles) posées par les États (frontières, fiscalité, salaires, etc.).

De nos jours, les cryptomonnaies sont des actifs qui ont maintenant dépassé les gouvernements. Effectivement, près de 60% des utilisateurs de cryptomonnaies ont entre 18 et 34 ans. Ce qui représente plusieurs dizaines de millions de jeunes à l’échelle mondiale (probablement 40 millions au moins). L’aspect quantitatif, idéologique et électoral n’est plus négligeable pour les gouvernements. À cela, s’ajoute le fait que des institutionnels majeurs se sont placés sur les cryptomonnaies (à coups de centaines de milliards de dollars).

L’État du XIXe siècle est mort…

Un État, une monnaie, une loi. Ce modèle de société antique est profondément remis en cause par la décentralisation des pouvoirs économiques au cours du temps.  

La puissance de l’État repose avant tout sur l’exploitation de l’asymétrie d’information qu’il existe entre le citoyen et l’État. Autrement dit, plus l’écart est grand entre les informations dont disposent les individus et les informations dont dispose l’État (sur eux-mêmes et leur environnement), plus la puissance de l’un sera renforcée (asymétrie d’information = asymétrie de pouvoir). Le pouvoir économique repose sur les décisions des agents. L’efficacité d’une décision dépend statistiquement des informations auxquelles a accès ce même agent. Plus les citoyens ont des informations et la liberté de les exploiter, plus le pouvoir de l’État sera compromis (chute de l’efficacité économique comparative pour l’État).

De toute évidence, le développement économique implique l’affaiblissement de l’autorité relative de l’État. La réalité actuelle est que les États sont en concurrence entre eux. Les citoyens sont libres (ou presque) de choisir l’État dans lequel ils souhaitent vivre, la monnaie qu’ils souhaitent utiliser. L’idée de monnaie unique n’a de sens que dans un système où l’asymétrie d’information entre l’État et les citoyens est naturellement en défaveur des citoyens. Ce qui est le cas dans une société qui n’est pas digitalisée par exemple.

La mondialisation, la troisième révolution industrielle du numérique, et le développement économique, ont tué l’État du XIXe siècle. Les pouvoirs économiques se déconcentrent, et l’asymétrie d’information se réduit. Naturellement, le pouvoir monétaire ne revient plus à l’absolutisme de l’État, mais à la liberté des agents. C’est la nature même d’une société libérale… Une société auto-entretenue par le développement économique qu’elle permet.

Conclusion

En définitive, les cryptomonnaies diffèrent fortement des monnaies classiques [Les cryptomonnaies sont-elles des « monnaies » ? – Cointribune]. En réalité, les cryptomonnaies permettent la concurrence monétaire, ce qui est inédit d’un point de vue historique. Cette idée de concurrence monétaire fut développée en particulier par Friedrich Hayek. Pour lui, la monnaie doit être librement créée pour éviter le monopole de l’État et la dégradation monétaire subie. Au-delà de la question de l’État, la concurrence monétaire amplifie idéalement les échanges à l’échelle mondiale et favorise le maintien de monnaies fortes dans le temps. Les limites de la libre concurrence monétaire sont graduellement réduites par la digitalisation et la mondialisation, ce qui profite directement aux cryptomonnaies.

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( Rédacteur )

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l’analyse et l’étude des marchés et de l’économie.

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