Les cryptomonnaies, comme le Bitcoin (BTC), ont-elles leur place dans l’Histoire monétaire ?

mar 20 Juil 2021 ▪ 15h30 ▪ 10 min de lecture - par Thomas Andrieu

L’Histoire montre que la monnaie suit les innovations économiques. La diffusion de nouvelles formes de monnaies dans le temps implique le bouleversement des équilibres économiques et financiers, et finalement de la société dans son ensemble. Il fait peu de doutes sur le fait que les cryptomonnaies s’insèrent dans le cadre d’une innovation monétaire, c’est-à-dire une application du numérique au système monétaire, jusqu’alors quasi-inexistante. Ainsi, l’insertion des cryptomonnaies dans les évolutions monétaires devrait participer à l’émergence de nouveaux modes d’épargnes, de consommation, et de paiements.

La destinée inexorable des monnaies : l’évolution technologique.

Évolutions technologiques et monnaies.

Notre postulat sera ici de considérer que la monnaie est le résultat de l’application des innovations au système monétaire. La monnaie ne serait donc pas le fait d’innovations politiques, mais le résultat normal des innovations économiques. Sous les premières civilisations, les biens à disposition étaient principalement des céréales ou du bétail, ce qui leur offrait la position de « monnaie ». En réalité, avant même l’apparition de la monnaie calibrée sous Crésus, la dette avait déjà accru le nombre d’échanges.

Sous Crésus au VIe siècle av. J-C, en Lydie, l’apparition de monnaies standardisées a été permise par l’amélioration des techniques de fonderie (séparation de l’or et de l’argent à l’aide de sel principalement). On notera en effet que des tentatives de standardisation des métaux avaient déjà prises effet sous l’arrière-grand-père de Crésus.

ROYAUME DE LYDIE. CRESUS, roi 561-546 av. J.-C.

L’évolution monétaire majeure qui a suivi fut l’apparition des billets en Chine à partir du XIe siècle avec la diffusion du papier. Les billets se concrétisent également en Europe avec les premières croisades. Néanmoins, il faudra attendre l’invention de l’imprimerie et surtout son perfectionnement avant d’assister à l’apparition plus diffuse des premiers billets à partir du XVIIe siècle.

Histoire des billets…

Les premières banques centrales apparaissent au XVIIe siècle (Banque d’Amsterdam en 1609, Banque de Stockholm en 1658, Banque d’Angleterre en 1694). Celles-ci favorisent notamment la diffusion de lettres de change, de certificats, et des premiers billets.

Les billets ont été la dernière grande innovation monétaire avant la numérisation. Ils nous offrent un aperçu clair des changements qu’impliquent un changement des modes de paiements et d’épargne. Les premiers billets en France qui sont apparus sont les billets de monnoye. En septembre 1701, face aux déficits de l’État et au besoin de financement avec le début de la Guerre de Succession d’Espagne, Louis XIV décide d’émettre des billets face à l’insuffisance de métal disponible pour la refonte des pièces anciennes. Des billets à courte échéance avec un intérêt de 5% à 7,5% sont ainsi proposés pour 1/3 du montant déposé. Le montant des billets émis passe rapidement de 3,3 millions de livres en 1703 à 160 millions en 1706.

Les premiers billets étaient ainsi similaires à de la dette publique, que l’État s’engageait à rembourser à échéance fixe. Les bons du Trésor servaient ainsi de moyen de paiement, ce qui est toujours le cas entre les banques commerciales aujourd’hui. En 1715, le montant des billets exigibles à l’État s’élève à plus de 700 millions de livres, c’est-à-dire entre 30% et 50% de la richesse nationale d’alors. Les billets seront ensuite liquidés en grande partie à l’aide de l’opération du visa (inventaire des billets émis) et de dévaluations.

Billet du 01/07/1720

L’Histoire de la diffusion des billets s’accélère encore quelques années plus tard, sous le financier John Law de Lauriston. Le financier britannique se voit en charge de la nouvelle Banque Royale. En avril 1719, John Law dirigeant cette première banque centrale française, promet la non-dévaluation des billets émis. Mais en moins de 12 mois, la Banque Royale émet près de 1 milliards de billets et jusqu’à 2,6 milliards de louis de billets en juillet 1720. Le système du financier s’effondre.

Numérique et monnaie.

Nous l’avons vu, on utilisait partiellement les métaux avant leur standardisation sous Crésus. De même, on utilisait des billets avant leur standardisation sous les premières banques centrales. Les cryptomonnaies suivent sensiblement les mêmes logiques. On utilise la monnaie de manière numérique depuis déjà plusieurs décennies, mais aucune tentative de standardisation, c’est-à-dire de fusion totale du numérique et de la monnaie, n’a été menée avant les cryptomonnaies.

En réalité, toutes les nouvelles formes de monnaies, du métal aux billets en passant par divers objets, connaissent généralement des débuts très spéculatifs, car la volatilité de diffusion est initialement forte. Les cryptomonnaies vont au-delà de la numérisation de la monnaie, car elles intègrent le numérique au fonctionnement même de la monnaie.

Les Banques centrales montrent un vif intérêt pour les cryptomonnaies, et les stablecoins semblent offrir une alternative de choix à la mauvaise efficacité des monnaies traditionnelles. Les cryptomonnaies sont plus rapides, plus sécurisées et offrent un choix plus grand de fonctionnalités que le système traditionnel. En cela, elles génèrent des gains de productivité [Le cœur du succès des cryptomonnaies et de Bitcoin (BTC) : la capitalisation par l’échange – CoinTribune].

La naissance d’un nouveau monde économique et social.

Changement des modes de consommation, d’épargne et de paiement.

L’apparition des premières pièces à partir du règne de Crésus a profondément modifié le cours des civilisations. La Grèce antique s’est développée avec la diffusion de la monnaie, qui a indubitablement participé à la naissance de la Démocratie. De même, la puissance de Rome a perduré près de 1 000 ans du fait de la stabilité (relative) de sa monnaie. À la fin du Moyen-Age, la diffusion des billets a mené à la naissance du Capitalisme et des premières sociétés, la diffusion du crédit et des modes de vies que nous connaissons.

Il fait peu de doutes sur le fait que le monde accélère sa course vers la digitalisation. Cela encourage la rapidité de l’information, des décisions et la décentralisation globale du système financier. Écrit plus clairement, nous tendons vers un monde où chacun est son propre banquier, son propre médecin, voire son propre patron, etc.

Les cryptomonnaies, de banques centrales ou non, modifient profondément les équilibres monétaires jusqu’alors présents. Les modes d’épargnes sont déjà en mutation. Un peu comme les premiers billets qui offraient des intérêts, le simple fait de détenir des cryptomonnaies offre aujourd’hui des rendements. Cela modifie les modes d’épargne et la numérisation de la monnaie encourage la fusion entre compte courant et compte d’investissement. C’est-à-dire que le lien entre l’épargne et la consommation devient plus grand encore avec les cryptomonnaies (une chute de l’un implique la chute systématique de l’autre).

Les modes de consommation ne devraient pas être ménagés dans les prochaines années. Les mutations monétaires actuelles encouragent la rapidité extrême des transactions, et surtout leur indépendance (très peu d’intermédiaires).

Vers des crises d’un type nouveau ?

Nous pouvons imaginer un monde dans lequel la monnaie numérique est à son paroxysme. La récurrence des crises sera probablement plus rapide, mais d’une nature tout autre. Les crises prennent diverses origines : l’insoutenabilité de la dette ou du système financier, le ralentissement de la croissance, l’effondrement de la monnaie, etc…

L’idée profonde derrière les cryptomonnaies est d’encourager la libre concurrence monétaire. Dans une certaine mesure, un tel système prémunit contre les risques de défaillance du système interbancaire si les banques utilisent leur propre monnaie. En accord à Friedrich Hayek [voir article], l’apparition d’un marché monétaire favoriserait la flexibilité monétaire (dévaluation ou surévaluation des monnaies en fonction des risques de défauts, choix des acteurs vers les monnaies les plus stables, etc…). L’idée des banques centrales de tendre vers des cryptomonnaies uniques et centralisées n’est donc pas pertinente.

Les crises du monde de demain, si toutefois les gouvernements ne continuent pas dans leur logique autoritaire, seront probablement plus rapides et mondialisées, mais aussi plus traçables avec des effets simultanés sur l’épargne et la consommation. Le fait de mêler épargne et consommation à travers la numérisation de la monnaie encourage inévitablement la disparition du modèle Keynésien, c’est-à-dire l’efficacité des relances et des dépenses publiques. Le monde de demain sera donc un peu plus dépendant encore de la production. L’interdépendance entre les évolutions de l’épargne et les évolutions de la consommation devrait ainsi s’accroître.

Conclusion

En définitive, les cryptomonnaies s’insèrent dans le cadre de grandes innovations monétaires. Elles sont le perfectionnement des tentatives de numérisation de la monnaie que nous connaissons depuis le début du siècle. Au même titre que les billets ou les pièces, la diffusion des cryptomonnaies génère des dérives spéculatives et le besoin de perfectionnement est encore persistant. La diffusion des monnaies numériques à terme participe à la modification des équilibres de consommation, d’épargne, et de paiements. La numérisation de la monnaie apparaît donc comme une évolution naturelle, du fait des équipements disponibles, qui mènera à la récurrence de nouveaux types de crises et d’échanges.

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Thomas Andrieu

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l'analyse et l'étude des marchés et de l'économie.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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