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Nous vivons dans un monde sans dévaluations… Avec quelles conséquences ?

Dans le passé, les besoins de liquidités impliquaient une dévaluation directe de la valeur de la monnaie. Ce modèle impliquait pour les gouvernements une maîtrise totale de leur monnaie. Ce rôle a progressivement été remis en question avec la création des banques centrales, puis l’avènement du monétarisme de Milton Friedman. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où les dévaluations directes n’existent plus. Cela a pour conséquences l’avènement d’une modèle économique basé sur l’endettement, la hausse du prix des actifs et plus récemment, une destruction monétaire inopérante. Alors que les cryptomonnaies vont jusqu’à susciter un espoir monétaire, il est important de distinguer dévaluations et endettement.

L’avènement des banques centrales et du monétarisme.

Théorie monétariste

Ces 40 dernières années sont une sorte de mélange entre un keynésianisme surinterprété et une théorie libérale arrangée au grès des émotions des États. La fin des Trente Glorieuses a fait coexister keynésianisme et théorie libérale. Nous vivons aujourd’hui dans un monde sans dévaluations directes. La mondialisation, la plus forte mobilité des hommes et des capitaux rend effectivement très difficile (pour ne pas écrire impossible) le retour à un système rigide de changes fixes.

Après le succès des théories keynésiennes avant et après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle théorie va apparaitre : c’est le monétarisme. Milton Friedman (1912-2006) a été le grand penseur de cette théorie qui prône pour les gouvernements l’exercice d’une politique stricte. C’est-à-dire que pour éviter l’inflation, les gouvernements doivent maintenir un équilibre budgétaire et être idéalement privés de la gestion des questions monétaires.

Aujourd’hui, nous avons des politiques ultra-keynésiennes qui ont rendu la destruction monétaire inopérante et les déficits irréversibles [voir mon article]. De l’autre côté, la persistance de la théorie libérale, et son inscription au sein des pratiques monétaires des banques centrales, participe au gonflement des dettes publiques. Le marché obligataire est le deuxième marché après celui de l’immobilier. Une hausse de la taille des dettes publiques en raison de la création monétaire des banques centrales provoque nécessairement un gonflement du prix de la quasi-totalité des actifs financiers. On notera la corrélation entre marchés financiers et liquidités [voir article]. On notera enfin que l’avènement de la théorie monétariste a donné aux taux d’intérêt une place centrale dans notre système monétaire.

Aucun système étalonné n’a jamais fonctionné !

Le problème fondamental derrière l’étalon-or est assez simple. Premièrement, c’est au gouvernement de garantir la gestion des stocks d’or. Ensuite, c’est également au gouvernement de garantir les ajustements monétaires entre pays. Aucun de ces deux principes n’est souhaitable, et donne au gouvernement des pouvoirs tellement centralisés, qu’ils en deviennent inefficaces. La seule et unique utilité de l’étalon est de bloquer, sur une base déterminée, la masse monétaire.

L’Histoire est assez claire et montre qu’aucun gouvernement n’a jamais réussi à tenir ses promesses monétaires. Les gouvernements tombent inlassablement, à toutes les époques, dans une accumulation de déficits qui rend impossible toute stabilité du système étalon. Il n’appartient pas au gouvernement la responsabilité de déterminer quel taux de change est optimal, ni de déterminer à qui reviennent les quantités d’or par exemple.

Milton Friedman
Milton Friedman (2012-2006)

Dans son livre Capitalisme et Liberté (1962), Milton Friedman fait le constat du non-fonctionnement de l’étalon-or. Il précise que « l’utilisation de contrôles directs est évidemment le pire à presque tous les points de vue, et certainement le plus destructif d’une société libre […] Nous prêchons publiquement les vertus du libre-échange, mais nous avons été forcés par l’inexorable balance des paiements à prendre la direction opposée. […] ». Il précise enfin : « une solution appropriée pour le libre marché : le taux de change flottant. »

D’un côté, l’étalon or, « ni possible ni désirable ». De l’autre côté, un système où « les changes flottent librement, déterminés par des transactions privées, sans aucune intervention gouvernementale ». Un système monétaire doit reposer sur l’expression de tous les agents, plus que sur l’expression du plus fort agent de l’économie (État).

Les risques d’une économie sans dévaluations.

Dévaluations et économie.

L’Histoire économique paraît comme une interminable succession de dévaluations. Au cours du XXe siècle seulement, le franc a par exemple connu près de 17 dévaluations. La dernière dévaluation concrète a eu lieu sous Balladur en avril 1986 (-3%). Siècle après siècle, nous trouvons une abondance d’exemples de dévaluations. Dans le passé, plusieurs raisons à la dévaluation étaient soulevées :

  • Une dévaluation pouvait avoir pour objectif de stimuler le commerce extérieur. Une monnaie dévaluée provoquait augmentation du pouvoir d’achat des pays étrangers sur le pays qui dévalue. Cela avait pour conséquence une accélération des exportations, et sous un système d’étalon-or, un afflux d’or au sein du pays qui dévalue.
  • Une dévaluation pouvait également prendre effet pour permettre de générer des déficits publics et/ou de contrebalancer l’effet de création monétaire.

À l’inverse, on notera le fait qu’une dévaluation avait pour conséquence une hausse du poids des dettes extérieures et des prix à l’importation, ce qui pouvait avoir un caractère inflationniste ou récessif dans certains cas.  De nos jours, les dévaluations sont indirectes. C’est-à-dire que la forte création monétaire contribue à la dévaluation des monnaies. Cependant, comme toutes les banques centrales pratiquent les mêmes politiques, nous vivons dans un nouvel équilibre de dévaluations compétitives [voir mon livre sur l’or et l’argent].

Indice Dollar et bilan de la FED
Indice DOLLAR (courbe rouge) et Bilan de la FED (bleu)

Le graphique ci-dessus reprend l’évolution du Bilan de la FED avec l’évolution de l’indice dollar. À long terme, les fortes expansions monétaires sont généralement suivies d’une chute du dollar. Avec la crise du COVID, la FED a laissé chuter assez fortement le dollar. Ces derniers mois, la diminution de l’intensité des politiques monétaires a provoqué la hausse des taux et ainsi un rebond du dollar. Les banques centrales regardent inévitablement à la valeur de leur devise dans leurs critères d’actions.

Dévaluations Versus Endettement.

Nous vivons ainsi dans un monde sans dévaluations. Cela rend impossible tout ajustement monétaire de la part des États. Le seul pouvoir économique des États se limite donc à la gestion des finances publiques, en jouant notamment avec l’endettement sur les marchés. Le fait que les dévaluations soient impossibles pousse les dettes publiques au cœur du système monétaire actuel.

Nécessairement, nous vivons donc dans un monde basé sur l’endettement. Depuis l’abandon de l’étalon-or, la masse monétaire aux États-Unis a été multipliée par 28 et les dettes publiques du monde entier ont considérablement augmenté. De toutes évidences, mêmes les réformes juridiques libérales inspirées de la théorie monétariste n’ont pas réussi à éviter l’ingérence des États.

En conséquence, les États subissent aujourd’hui des déficits chroniques et graduels, ce qui est très dangereux pour nos systèmes politiques. L’impossibilité de dévaluer oblige les banques centrales à émettre des quantités considérables de liquidités sur les marchés. L’objectif est précisément d’assurer le bon financement des États. Cependant, cela ne fait qu’amplifier un équilibre économique de hausse des marchés financiers, de chute de l’inflation et de la croissance, et enfin de hausse de l’endettement et du chômage.

Le schéma ci-dessous est repris de mon livre sur l’or et l’argent. Depuis près de 20 ans, nous vivons dans un équilibre graduellement inefficace de désinflation, de hausse du chômage et de l’endettement. On notera en outre que un fort endettement des États est statistiquement permis par la présence de faibles taux d’intérêt, et inversement.

Équilibre monétaire actuel - Tiré de "L'or et l'argent" - Thomas Andrieu.
Équilibre monétaire actuel – Tiré de “L’or et l’argent” – Thomas Andrieu.

Saisir l’importance de notre structure économique.

En France et en Europe, l’impossibilité pour l’État d’emprunter directement envers la Banque centrale est apparu progressivement. En France, l’adoption de la loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France est souvent pointée comme une des avancées vers cette distinction État/Banque centrale. Aujourd’hui, l’indépendance de la banque centrale (impossibilité pour les États d’emprunter directement auprès des banques centrales) est affirmée par l’article 104 du traité de Maastricht. Si l’on retourne plus loin dans l’histoire de France, c’est la loi du 24 germinal de l’an XI (14/04/1803) qui donne à la seule Banque de France la possibilité d’émettre des billets payables.

En comprenant l’évolution de la structure juridique de nos économies, nous en arrivons à l’observation que les dévaluations sont devenues, avec le développement économique, synonyme d’inefficacité.

Bitcoin et cryptomonnaies : mythe monétaire ou réalité ?

Beaucoup de théories ont été émises sur le rôle monétaire que pourraient avoir les cryptomonnaies. D’une part, nous pouvons faire le constat que les cryptomonnaies, si toutefois leur utilisation économique était totale, aboutiraient à un système monétaire dans lequel les banques centrales seraient à leur tour privées du pouvoir monétaire. On rejoint ici la théorie de la libre concurrence monétaire de Friedrich Hayek, qui va au-delà encore de la théorie monétariste [voir article sur Friedrich Hayek]. C’est probablement la théorie monétaire la plus pertinente et fascinante que soulèvent les cryptomonnaies.

De toutes évidences, l’idée d’un étalon Bitcoin par exemple n’est pas probante. D’une part car cela nécessiterait la garantie d’un agent économique (État, banque centrale) de fournir une certaine quantité de monnaie en équivalent Bitcoin. D’autre part, car aucun étalon n’a jamais réellement fonctionné dans l’Histoire. Le retour à l’étalon nécessiterait le retour à un système basé sur les dévaluations, ce qui n’est pas envisageable dans l’état actuel de nos sociétés.

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( Rédacteur )

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l’analyse et l’étude des marchés et de l’économie.

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