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jeu 17 Mar 2022 ▪ 16h00 ▪ 10 min de lecture - par Nicolas Teterel

L’Arabie Saoudite ne veut plus vendre son pétrole exclusivement en dollar. La Chine est sur le point d’obtenir son petroyuan, venant fragmenter un peu plus le système monétaire international dominé par l’occident. Mais quid du petrobitcoin ?

La petite histoire du pétrodollar

L’Arabie Saoudite, le deuxième plus grand producteur de pétrole au monde, est en pourparlers avec la Chine pour vendre son or noir en yuan plutôt qu’en dollars, rapporte le Wall Street Journal. Ce serait un profond changement sur le marché pétrolier où 80 % des ventes sont réalisées en dollars, et à 100 % dans le cas de l’Arabie saoudite.

Pour rappel, le pétrodollar est né en 1975, quatre ans après que Nixon a abandonné le Gold Standard (1971) pour éviter que les États-Unis ne perdent tout leur or. Les États-Unis en avaient déjà perdu la moitié en raison des demandes de la France de Charles de Gaulle et d’autres pays européens de convertir leurs dollars en métal jaune.

Ces années furent mouvementées sur le plan géopolitique. Elle coïncida avec le pic de production de pétrole conventionnel des États-Unis (1971) et la guerre du Kippour (1973) qui opposa Israël à une coalition arabe menée par la Syrie, l’Égypte et l’Arabie Saoudite.

C’est à cette époque que Henry Kissinger conçoit un plan machiavélique pour sauver le dollar qui commençait sérieusement à battre de l’aile. Non seulement à cause d’une balance commerciale déficitaire, mais aussi des guerres dispendieuses de Corée et du Vietnam. Ce plan consistait tout simplement à convaincre l’OPEP de vendre son pétrole exclusivement en dollar, ce qui allait grandement augmenter la demande pour le dollar.

De cette manière, et malgré la fin du Gold Standard, les ingrats européens seraient finalement obligés d’accumuler des dollars s’ils voulaient pouvoir se payer du pétrole, qui est absolument indispensable à toute économie industrialisée. Il sera exaucé en 1975, mais non sans difficultés et perfidies…

Il commença d’abord par convaincre le président américain Nixon de s’aligner sur les pays européens en intervenant dans la guerre du Kippour en faveur d’Israël. Le but était, entre autres, d’enrager les pays arabes qui cessèrent effectivement leurs exportations de pétrole en direction de l’occident. C’est le fameux choc pétrolier de 1973. En 1974, le prix du baril a déjà quadruplé, passant de 3 à 12 dollars. Entre 1970 et 1980, le prix du baril finira par être multiplié par 10.

Dans le même temps, les États-Unis vont laisser les pays de l’OPEP s’affranchir de la tutelle des entreprises pétrolières européennes. Kissinger savait que la meilleure façon d’affaiblir l’Europe était que l’Irak, l’Iran, le Koweït, les Émirats arabes unis, le Qatar et la Libye nationalisent les industries pétrolières comme British Petroleum, Royal Dutch-Shell (Pays-Bas) et la Compagnie française des pétroles (ex-Total).

Ce tour de force fut d’autant plus facile que Washington avait poussé à la création de l’OPEP en 1960. C’est la très influente journaliste américaine Wanda Jabloski, éditrice de la revue hebdomadaire Petroleum Intelligence Weekly, qui joua les entremetteuses entre l’Arabie Saoudite et le Vénézuéla pour qu’ils fondent l’OPEP.

L’OPEC verra le jour lors de la Conférence de Bagdad, principalement à l’initiative du chah d’Iran, une marionnette installée par les États-Unis suite à un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains. La fameuse opération « Ajax » que l’Iran a toujours en travers de la gorge…

Ce cartel du pétrole permit aux nations arabes de présenter un front uni pour nationaliser les compagnies pétrolières européennes et faire exploser les prix. C’est exactement ce que voulait Kissinger pour affaiblir l’Europe, qui a très peu de pétrole, contrairement aux États-Unis.

En définitive, Kissinger finira tout simplement par menacer l’Arabie saoudite d’utiliser la force pour remédier à ce qu’il qualifie opportunément « d’étranglement du monde industrialisé ». Le journal London Sunday Times révéla même en février 1975 l’existence du plan « Dhahran Option Four » qui prévoyait d’envahir l’Arabie saoudite pour prendre possession de ses puits de pétrole.

Henry Kissinger et le roi Fayçal ben Abdulaziz Al Saud Source : snbchf.com

Le roi Fayçal entendra très distinctement ces roulements de tambour et, en fin d’année 1974, finit par entendre une proposition difficile à refuser. Kissinger lui promet une protection militaire contre Israël, la vente illimitée d’armement et même un retour d’Israël dans ses frontières de 1948.

En échange de quoi l’Arabie saoudite devait s’engager à respecter deux choses :

– Vendre son pétrole EXCLUSIVEMENT en dollar ;
– Investir ses surplus de dollars dans la dette américaine (ou bien acheter de l’armement et autres produits made in America).

Le roi Fayçal se résigna à coopérer devant les belles promesses vis-à-vis d’Israël, la pression internationale, les menaces d’invasion et, surtout, l’assassinat simultané des deux protagonistes des négociations avec les États-Unis. Le gouverneur de la Banque centrale saoudienne Anwar Ali et le ministre des Affaires étrangères Omar Saqqaf furent retrouvés mort à New York à Washington. Tous deux furent assassinés le même jour (le 14 novembre 1974)…

Néanmoins, la promesse de Kissinger sur le retour d’Israël dans ses frontières de 1948 n’était que du vent. Il était écrit d’avance que le roi saoudien Fayçal ben Abdulaziz Al Saud finirait donc par ne plus vendre son pétrole en dollar. Fort heureusement pour Kissinger, « quelqu’un » décida d’assassiner le roi un mois à peine après qu’il eut accepté de vendre son pétrole en dollar.

Ce quelqu’un est son neveu Fayçal ibn Musad. Il assassinera son oncle le 25 mars 1975, jour d’anniversaire de la naissance du prophète Mohamed. Or il se trouve que le régicide vivait depuis 10 ans aux États-Unis. D’après une enquête de l’Executive Intelligence Review publiée le 26 décembre 1978, il aurait été manipulé par une cabale mélant sionistes et CIA…

La petite histoire du petroyuan

Voilà comment le pétrodollar est né… Mais après 47 ans de règne, il va désormais falloir faire place au pétroyuan. L’offre est tentante pour l’Arabie Saoudite puisque Pékin a lancé en 2018 son propre indice de référence de pétrole, libellé en yuan et convertible en or.

Vous avez bien lu, les pays acceptant de vendre leur pétrole en yuan à la Chine peuvent les échanger contre de l’or s’ils le souhaitent. Dit autrement, le Gold Standard est de retour. Ce dénouement était d’autant plus prévisible que la Chine achète environ un quart des exportations de pétrole de Riyad alors que les États-Unis n’en achètent presque plus.

N’oublions pas non plus que Joe Biden s’était engagé durant sa campagne à faire de l’Arabie Saoudite le « paria qu’il est » pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Le président Américain avait donc logiquement refusé de traiter directement avec le prince héritier Mohammed ben Salman. Problème, ce dernier est resté l’homme fort du pays et a récemment rejeté un appel téléphonique du président américain, selon le WSJ…

Un adoubement du yuan enverrait un signal fort au reste du monde. Le timing de cette annonce n’a rien d’anodin et l’on sent bien que la guerre déclenchée par la Russie est le début d’une rébellion globale contre l’occident.

La Russie est loin d’être isolée contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire. Mis à part l’UE, le Japon et les États-Unis, seulement une poignée de pays ont pour l’instant accepté de participer aux sanctions (Singapour, Corée du Sud, Taïwan, Canada).

Le président du Pakistan a probablement parlé au nom de nombreux pays lorsqu’il a déclaré ne pas être « les esclaves de l’occident », après que l’UE lui ait demandé de condamner l’invasion russe. Même New Delhi a pris le train en marche en se disant prêt à ne plus payer le pétrole russe en dollar. De même que la Turquie qui propose de commercer en or.

Mieux encore, l’Union économique eurasienne (Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Biélorussie et Arménie) et la Chine ont convenu vendredi dernier d’utiliser un système monétaire indépendant du dollar. Le journaliste Pepe Escobar rapporte dans cet article que « ce système eurasien sera basé sur ‘une nouvelle monnaie internationale’ dont la valeur dépendra d’un panier de monnaies nationales des pays participants (avec le yuan en monnaie de référence) ainsi que des prix des matières premières ».

« Ce système est appelé à devenir une alternative sérieuse au dollar américain, car il pourrait attirer non seulement les nations qui ont rejoint le projet des nouvelles routes de la soie, mais aussi les principaux acteurs de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ainsi que l’ASEAN, l’Iran, l’Irak, la Syrie ou encore le Liban. »

Vladimir Poutine est également monté au créneau en lançant que « les actions de l’occident ont montré que l’or et les réserves de change peuvent être tout simplement volés ». Le ministre des Affaires étrangères russe, M. Lavrov, a déclaré pour sa part que « la situation actuelle est historique, une « bataille » est en cours pour déterminer à quoi ressemblera l’ordre mondial. ».

Les nations doivent s’émanciper du système monétaire occidental et le bitcoin apparaît comme une solution pacifiste ayant le mérite de fonctionner comme une horloge suisse depuis déjà de nombreuses années. Le yuan va certainement tirer son épingle du jeu, mais rappelons qu’il ne représente que 2.5 % des réserves de change globales. Ce désamour serait-il dû au fait que la Chine est un État totalitaire ?

Terminons en glissant que Vladimir Poutine a légalisé le bitcoin juste avant d’envahir l’Ukraine…

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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