Turquie : Seul le bitcoin peut empêcher l’effondrement de la lire

mer 05 Jan 2022 ▪ 20h00 ▪ 6 min de lecture - par Nicolas Teterel

Les puissants redoutent le bitcoin notamment parce qu’il permet de se libérer des contrôles de capitaux. Nous arguons dans cet article qu’ils devraient paradoxalement penser l’inverse !

L’exemple turc

L’économie turque s’enfonce dans les limbes avec une inflation annuelle de 36 %, au plus haut depuis 19 ans. La monnaie nationale, la lire, a perdu 44 % de sa valeur au cours de l’année passée.

La lire s’est même écroulée de plus de 91,5 % par rapport au plus haut atteint en août 2008, lorsqu’une lire valait encore 0,87 dollar contre 0,074 dollar aujourd’hui.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons que la CIA a tenté de renverser le président Erdogan le 15 juillet 2016 et que les déboires économiques de la Turquie y sont intimement liés.

Graham Fullet, ancien vice-président du National Intelligence Council de la CIA est notamment accusé d’avoir organisé cette tentative de coup. Le président turc a même déclaré peu après sa tentative d’assassinat que les putschistes avaient « reçu leurs ordres depuis la Pennsylvanie », là où réside l’Iman Fethullah Güllen.

Face à cet échec, la CIA s’est depuis tournée vers la JP Morgan de M. Dimon, Washington ayant compris qu’il vaut mieux mener des guerres économiques plutôt que militaires. L’Iran et le Venezuela sous embargo en savent quelque chose…

La banque d’affaires new-yorkaise a déclaré cette guerre économique en pilonnant la lire turque une semaine avant les élections municipales de 2019 (-15 % en une semaine), faisant perdre au parti d’Erdogan la mairie de la capitale Ankara. Une première depuis 1994…

Pourquoi tant de haine ? A cause du gazoduc acheminant du gaz russe (Turkish Stream) jusqu’en Europe en passant par la Turquie. Sans parler des achats de batteries antiaériennes russes S-400, le refus de normaliser les relations avec Israël ou encore le refus de participer aux sanctions à l’encontre de l’Iran. Soit dit en passant, le commerce entre l’Iran et la Turquie a augmenté de 75 % (4,2 milliards de dollars) au cours des 11 dernier mois.

Bref, l’inflation rendant absolument impossible toute épargne, les Anatoliens se sont bien évidemment tournés vers le bitcoin et les stablecoins. Bitcoin.com rapportait le 3 janvier qu’environ 30 % des transactions en Tether impliquaient la lire (donnée valable pour la seule journée du 3 janvier).

Pour rappel, les stablecoins sont des cryptomonnaies ayant exactement la même valeur que la monnaie à laquelle ils sont adossés. Voici un article de synthèse sur les stablecoins.

La demande pour le bitcoin a également explosé en 2021. Nous rapportions dans notre analyse BTC/USD du mercredi que « le nombre de transactions TRY/BTC journalières dépasse de nouveau le million » :

« Nombre de transactions impliquant la lire et le BTC sur les exchanges turcs » / Source : Reuters

Cet engouement est d’autant plus frappant que le bitcoin a souffert d’une très mauvaise presse suite au casse de l’exchange Thodex il y a huit mois. Wikipédia parle aujourd’hui d’un de 150 millions de dollars volés à 391 000 clients. Faruk Fatih Özer, le CEO de l’exchange qui s’est enfui avec les BTC, se trouve sur la liste rouge d’Interpol et serait caché par la mafia albanaise.

Malgré ce scandale, la demande pour le bitcoin reste élevée. Une nouvelle législation à destination des exchanges est même actuellement en discussion au sein de la grande Assemblée nationale de Turquie. Le texte de loi n’a pas encore été communiqué mais certaines voix s’élèvent déjà pour demander à ce que les exchanges soient obligés de détenir 100 % des BTC qu’ils doivent à leurs clients.

À ce propos, ne manquez pas cet article dans lequel nous nous demandons si les exchanges comme Coinbase détiennent vraiment 100 % des BTC qu’ils prétendent garder pour le compte de leurs clients.

Pour qu’un exchange détienne 100 % des BTC de ses clients, il faut qu’il achète ces BTC. C’est une évidence.

Sauf qu’un exchange opérant dans un pays dépourvu de mineurs de BTC est obligé d’aller faire ses emplettes à l’étranger. Il en découle une pression sur le taux de change dont la Turquie se passerait bien en ce moment. Et comme il faut toujours trouver un bouc émissaire, les politiques turques se plaisent à peindre le BTC comme un facteur aggravant de la crise alors qu’il est en réalité la solution.

En effet, les Stambouliotes se contrefichent du dollar ou de l’euro. Ce qu’ils veulent est une réserve de valeur pour se protéger de l’inflation. Malheureusement, plus ils convertiront leurs lires en dollars et plus le taux de change chutera avec un surenchérissement des produits importés à le clef. D’où l’inflation galopante. CQFD.

Il y aurait bien moins de sorties de capitaux si les Turcs pouvaient placer leur argent dans des bitcoins minés dans leur pays. La lire cesserait de chuter et l’inflation redeviendrait « normale ». Dit autrement, le bitcoin est la solution et non le problème.

Si Erdogan veut sauver son pays de l’hyperinflation, il ne doit pas instaurer des contrôles des capitaux, mais créer une industrie du mining de bitcoin à même d’absorber la demande des Turcs. Il doit acheter des Antminers à Bitmain et miner grâce à l’énergie de son gazoduc Turkish Stream flambant neuf.

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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