La BRI menace Facebook

sam 09 Oct 2021 ▪ 8h00 ▪ 9 min de lecture - par Nicolas Teterel

Le patron de la banque des règlements internationaux Agustin Carstens s’est exprimé en faveur d’une régulation de la Big Tech, faisant référence à plusieurs reprises à Facebook et son Stablecoin diem. Fat Finger ne goûte pas l’intrusion de Big Brother sur ses plates-bandes…

Big Bank vs Big Brother

Le sarcasme s’est fait sentir dès les premières lignes :

« Les Big Techs font de plus en plus partie de nos vies, voire de notre vie quotidienne. Il n’y a qu’à voir les milliards de personnes affectées plus tôt cette semaine par la panne temporaire de certaines de ces plateformes. »

Après cette pique, le banquier a souligné l’intrusion des Bigs Techs dans le monde de la finance, notamment dans le domaine des paiements, du crédit et de la gestion de fortune :

« En l’espace de quelques années seulement, la big Tech s’est accaparée 94 % des paiements mobiles en Chine. Leurs crédits ont augmenté de 40 % rien qu’en 2020, pour atteindre un total mondial de plus de 700 milliards $. Au-delà du crédit, les propositions de stablecoins, comme le Diem de Facebook, pourraient bientôt voir le jour, avec une adoption rapide dans le monde entier. »

La suite du discours révèle que cette concurrence est vue d’un mauvais œil. Le roi des banquiers a mis en avant trois arguments contre Diem, et notamment le risque que représente une trop grande concentration des données entre les mêmes mains :

« La Big Tech a tout intérêt à collecter le plus de données personnelles possible. Ces données sont en effet essentielles à leur business. Lorsque ces données sont analysées à l’aide de techniques avancées telles que l’intelligence artificielle, elles permettent de prédire les actions des utilisateurs sans que ces derniers en aient la moindre idée. Il est alors possible d’exploiter les biais comportementaux pour manipuler les préférences des consommateurs. Des recherches récentes, qui seront présentées demain lors de cette conférence, montrent que cela peut entraîner toute une série de préjudices, allant de l’atteinte à la vie privée et au choix des consommateurs à la détérioration du discours politique. »

Il s’agit là d’une référence à peine voilée au scandale Cambridge Analytica. Pour rappel, Facebook avait fourni à cette firme les données de 87 millions d’américains en vue de les profiler et les influencer via des posts sponsorisés et sur mesure. Cette propagande cybernétique a notamment permis de faire pencher la balance des électeurs hésitants en faveur de Donald Trump.

Le lanceur d’alerte Brittany Kaiser avait déclaré à l’époque que Facebook est « la plus grande menace » à la démocratie américaine.

Après son discours, M. Carstens a répondu aux questions de Bloomberg pour enfoncer le clou :

« Les paiements génèrent d’énormes quantités de données. Si vous combinez ces données de paiement avec celles d’un réseau social, vous obtenez une énorme quantité d’informations. Cela pourrait permettre (à Facebook) de se développer extrêmement rapidement. […] Les banques commerciales ont des limites très strictes quant à l’utilisation des données de leurs clients. Cela ne s’applique pas aux Big Tech lorsqu’elles développent des pratiques financières. »

La menace s’est ensuite épaissie quand le patron de la BRI a déclaré que « ce qui s’est passé en Chine au cours de l’année passée est un exemple clair de ce qui pourrait arriver ici ». « Tencent et Alibaba contrôlent 94 % du système de paiement. Ces firmes ont commencé à faire de l’intermédiation financière au point que l’attraction des dépôts fut extrêmement significative en termes de volume que cela a posé un risque pour la stabilité financière. »

Rappelons que le patron d’Alibaba a été kidnappé pendant 3 mois pour finalement réapparaître tout penaud en janvier 2021. Jack Ma a été forcé de réduire ses participations dans Alibaba et sa filiale Ant group qui a écopé d’une amende de plus de deux milliards $.

Le lobby bancaire a donc choisi comme cheval de bataille la vie privée. « La garantie de la protection de la vie privée contre toute intrusion injustifiée de la part d’acteurs commerciaux et gouvernementaux peut être considéré comme un droit fondamental ».

De manière assez cocasse, Agustin Carstens a également pointé du doigt le manque de décentralisation de la Big Tech, arguant que la dépendance de tout le secteur financier à seulement quelques entités rend le système vulnérable à des cyberattaques. Le banquier a regardé droit dans la caméra en prononçant le mot « cyberattaque », une pointe de défiance dans les yeux…

Le Financial Times y est également allé de son coup de pouce cette semaine pour mettre la pression sur le flic de la pensée Mark Zuckerberg :

Les banquiers sont donc à l’offensive pour préserver leur pré-carré et tenter de dissuader Facebook de lancer son stable-coin. Ces efforts rejoignent ceux de Gary Gensler, le président de la SEC qui a répondu cette semaine aux questions du Congrès US.

Lorsque le député Mc Henry lui a demandé s’il considérait les cryptomonnaies telles que le bitcoin et l’ethereum comme des « securities », M. Gensler a botté en touche. « Je ne vais pas parler de telle ou telle cryptomonnaie spécifiquement », a-t-il déclaré. « Je pense en revanche que les lois sur les securities sont assez claires. Si vous levez des fonds auprès d’investisseurs qui anticipent des profits, alors nous parlons bien de titres financiers ».

Pour le patron de la SEC, « la plupart » des 5 000 à 6 000 cryptomonnaies existantes relèvent de la définition d’un titre financier et sont donc soumises à la réglementation de la SEC.

Jusqu’à présent, le bon sens commun voulait qu’une monnaie ne soit évidemment pas un titre financier. Sauf que la poussière est retombée et qu’il s’avère aujourd’hui que les ICO différent fondamentalement du bitcoin car ICO rime avec « prévente ».

Par exemple, la prévente d’ethereum fut si large qu’elle représente toujours plus de 50 % des ETH en circulation. Chaque ETH fut vendu pour 30 centimes $, contre plus de 3000 $ aujourd’hui.

C’est désormais un fait avéré que la plupart des ICO sont des arnaques visant à récolter des millions $ ensuite dépensés par leurs créateurs pour mener la grande vie au lieu de s’en servir pour se développer. Plus de 1500 cryptomonnaies sont officiellement mortes et plusieurs milliers d’autres ont chuté de plus de 95 %. Les seules véritables exceptions sont les ICO qui ont levé tant d’argent que l’équipe de départ a continué de faire illusion avec du marketing : Ripple, EOS, etc.

Mais la vaste majorité des shitcoins n’étant pas supervisée par une autorité, il est très difficile de se tourner vers la justice pour récupérer son argent en cas de hack, de forks ou tout simplement après avoir été « rug-pulled » par Elon Musk…

Une fois les cryptomonnaies officiellement catégorisées en titres financiers (securities), l’arnaque de ces ponzis apparaîtra comme évidente. La valeur de ces coquilles vides maintenue à bout de bras par des « influenceurs » tombera à 0 et les exchanges complices devront faire face à leurs responsabilités.

« Je pense que nous pourrions obtenir une meilleure protection des investisseurs en agissant au niveau des exchanges, des exchanges décentralisées (DEX) et même des plateformes dites DeFi qui ont un protocole centralisé », a déclaré M. Gensler.

En résumé, la SEC a pris en chasse les shitcoins et la banque des règlements internationaux les stablecoins. À la fin, il ne restera que bitcoin.

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Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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