Kazakhstan : Hashrate et révolution de couleur

jeu 06 Jan 2022 ▪ 18h00 ▪ 7 min de lecture - par Nicolas Teterel

Où se trouvent les mineurs de bitcoins ? Cette question est intéressante, ne serait-ce que pour évaluer leur empreinte carbone. La récente coupure d’Internet au Kazakhstan a permis de réévaluer la part du hashrate provenant de ce pays où 90 % de l’électricité est issue de la combustion d’énergies fossiles.

Steppe on Fire

La déconnexion totale du web fut très probablement une mesure visant à réduire la propagation des images des protestations contre le gouvernement. En cause, la fin du plafonnement du prix à la pompe avec un litre de gaz liquéfié passant abruptement de 60 tenges à 120 tenges (0,28 dollar). La question étant : qui a décidé de laisser les prix augmenter de 100 % en si peu de temps alors que le pays a la quinzième plus grande réserve de gaz au monde ?…

Quoi qu’il en soit, cette manœuvre a provoqué des scènes d’insurrection depuis la plus grande ville du pays, Amalty, où la mairie a été incendiée, jusqu’aux ports de la mer Caspienne Aktau et Atyrau. On rapporte plusieurs dizaines de morts parmi les manifestants et les forces de l’ordre.

La grogne populaire est réelle, mais une révolution se déroulant quasiment du jour au lendemain interpelle. D’autant plus que l’ambassade américaine mettait déjà en garde contre des manifestations de masse le 16 décembre 2021 et que l’on a pu voir ici et là sur Twitter des vidéos de distribution d’armes aux manifestants. Est-ce que les services secrets (MI6, CIA ?) ont soufflé sur les braises, comme lors du coup de Maïdan en Ukraine ?

Il ne s’agit pour le moment que de supputations, mais n’oublions pas que les steppes kazakhes sont sur le tracé des nouvelles routes de soie chinoises, un projet que l’occident interprète comme une expansion impérialiste hostile.

En plus d’être un carrefour stratégique de transit vers la Russie et l’Europe, il se trouve que le Kasakhstan possède également de grandes réserves de charbon, dé pétrole, de chrome et, surtout, d’uranium. Astana contrôle 41 % de la production mondiale d’uranium dont le prix s’est déjà envolé de 20 % sur les marchés mondiaux.

Ces ressources énergétiques étaient jusqu’à présent entre les mains de l’ancien président Nazarbaïev qui a pris la fuite. En effet, malgré sa démission de la présidence en 2019 après 29 ans de règne, Nazarbaïev contrôlait toujours le pays en dirigeant le conseil de sécurité, le parti présidentiel Nour Otan, et le « bureau du premier président » créé pour l’occasion.

Son gendre, M. Timur Kulibayev, était également dans l’avion. Ce dernier contrôle les secteurs clés de l’économie (pétrole, gaz, chemins de fer, extraction minière d’uranium). Il est par ailleurs le seul membre étranger du conseil d’administration de Gazprom, le géant russe du gaz et du pétrole…

Personne ne sera donc surpris que des troupes russes aient débarqué au Kazakhstan sous l’égide de l’Organisation du traité de sécurité collective (une organisation à vocation politico-militaire regroupant l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan). Le fait que le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, ait déclaré « nous sommes convaincus que nos amis kazakhs peuvent résoudre de manière indépendante leurs problèmes internes« , ajoutant qu’il est « important que personne n’interfère de l’extérieur« , ne doit tromper personne.

Enfin, comment ne pas trouver le timing de ces troubles très suspect étant donné que les présidents Joe Biden et Vladimir Putin se rencontreront de nouveau le 10 janvier à Genève…

Et le hashrate du bitcoin dans tout ça ?

Le Kazakhstan est devenu en quelques mois le second plus grand producteur de hash en raison de l’exode des mineurs de BTC chinois. Pour rappel, le parti communiste chinois a banni l’industrie du mining, ce qui s’était soldé en 2021 par une chute de plus de la moitié du hashrate.

La puissance dédiée à la sécurisation du réseau bitcoin avait alors chuté depuis un plus haut de 191 EH/s à 69 EH/s (source : coinwarz.com). Soit dit en passant, ces chiffres sont des approximations puisque la puissance réelle est calculée en extrapolant la vitesse à laquelle les hash ont été trouvés sur une période suffisamment longue.

Une bonne partie des mineurs se sont délocalisés au Kazakhstan où le kilowattheure pour les ménages coûte 0,042 $ (contre 0,18 $ en France, pour la comparaison). Nos confrères de Theblock rapportent que 53 mineurs sont actifs et 82 en passe de l’être. Le 4 janvier, la société chinoise Canaan a par exemple déposé une demande auprès de la SEC pour ajouter 10 000 machines à ses opérations au Kazakhstan.

Jusqu’à présent, nous pensions que le pays accueillait 18 % du hashrate. Sauf que la coupure Internet et la baisse du nombre de blocs minés par les grands pools de mining suggèrent des chiffres moindres.

Coindesk rapporte une baisse de 10 % du hahrate en moyenne chez les grands pools de mining (AntPool, F2Pool, OKExPool, Poolin, ViaBTC, Binance Pool, BTC.com, SlushPool, Foundry USA etc.). Les chiffres qui ressortent dans la presse quant à la part du Kazakhstan oscillent autour de 13 %.

Source : BTC.COM

Dit autrement, l’empreinte carbone du bitcoin est moins élevée que précédemment anticipé. Et vu la gronde populaire face à la hausse des prix de l’énergie, il y a fort à parier que de nombreux mineurs vont préférer d’autres destinations.

C’est une bonne nouvelle et une question d’éthique. On ne peut pas prétendre vouloir rendre le monde meilleur avec le bitcoin tout en participant activement à augmenter la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Les mineurs ne devraient pas s’installer dans des pays où l’électricité est carbonée à 90 %. À moins que l’argent issu de cette industrie soit clairement utilisé pour investir dans les énergies renouvelables.

Terminons en soulignant que cet épisode devrait inciter les mineurs à s’équiper d’un système de communication par satellite. Les mineurs de bitcoin auraient pu continuer leurs activités sans interruption s’ils avaient utilisé le satellite de Blockstream.

Tous les mineurs et opérateurs de nœud qui se respectent devraient avoir un canal de communication de secours :

A
A
Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

Cours & Indices

BITCOIN (BTCUSD) 41 912,25 $ -2.77%
ETHEREUM (ETHUSD) Ξ 3 186,64 $ -4.88%
DEFI (DEFIPERP) 9 007,00 $ -6.86%
MARKETS (ACWI) 105,86 $ 0.61%
GOLD (XAUUSD) 1 819,18 $ 0.1%
TECH (NDX) 15 905,10 $ 0.38%
CURRENCIES (EURUSD) 1,14 $ -0.02%
CURRENCIES (EURGBP) 0,836100 £ 0.29%
CRUDEOIL (USOIL) 84,35 $ -0.05%
IMM. US (REIT) 2 800,25 $ -0.94%
Le pourcentage exprime l’évolution depuis 24h Acheter des cryptos sans risques
Newsletter

Recevez le meilleur de l’actualité Crypto dans votre boite email