L'ETF de ProShares contient... 0 bitcoin (BTC)

mar 19 Oct 2021 ▪ 20h00 ▪ 9 min de lecture - par Nicolas Teterel

ProShares lance aujourd’hui le tout premier Bitcoin Future ETF sur le New York Stock Exchange. « On se souviendra de 2021 pour cette étape importante », a déclaré son CEO Michael Sapir.

Une coquille vide

Depuis leur introduction dans les années 1990, les ETF (Exchange-traded fund) sont devenus très populaires et pèsent désormais plus de 9000 milliards $. Soit l’équivalent des capitalisations boursières réunies d’Apple, Microsoft, Saudi Aramco, Google et Tesla.

L’ETF le plus populaire au monde est adossé au S&P 500 dont il reproduit fidèlement la performance. 74 millions d’actions de cet ETF sont échangées chaque jour.

En 2020, il existait 7600 ETF différents, couvrant à peu près tout. Il est possible de s’exposer à la performance de multinationales qui extraient des métaux spécifiques, ou bien au taux de change du franc suisse, ou encore au prix des biocarburants au Brésil, etc.

L’avantage de l’ETF est ses frais 10 fois moins élevés qu’avec les traditionnels fonds communs de placement. L’explication étant qu’il s’agit de fonds passifs qui répliquent exactement la performance de tel ou tel actif sans interférence d’un gestionnaire payé pour tenter de battre le marché.

La liquidité des ETF est également appréciable puisqu’il est possible d’acheter et de vendre plusieurs fois par jour ses actions d’ETF. Tout le contraire des fonds communs de placement qui n’acceptent des ordres qu’après la fermeture des marchés. Ce qui est quand même dommage en cas de crash…

Certains se demanderont quel est l’intérêt de payer des frais pour un ETF Bitcoin quand il suffit de posséder directement du bitcoin ? Cela tient surtout au fait que les grands fonds d’investissement préfèrent laisser à d’autres le risque lié à la garde des clefs BTC.

Maintenant que l’on a dit tout ça, venons-en à cet ETF ProShare qui a ça de spécial qu’il ne contiendra aucun bitcoin… Il sera en réalité adossé à la performance de Futures (produit dérivés qui reflètent le prix futur du bitcoin).

Cet ETF sera donc complètement « vide ». A contrario, un Gold ETF est généralement adossé à des réserves d’or physiques déposées dans les coffres d’une banque.

Alors pourquoi un lancer un ETF adossé à des Futures plutôt que de vrais bitcoin ? Parce que le président de la SEC Gary Gensler a signalé par le passé que ce genre d’ETF aurait plus de change d’être approuvé.

« Le président Gary Gensler sur CNBC ce matin, parlant de l’ETF Bitcoin Futures qui vient de débuter sa cotation
« Nous devrions être neutres sur le plan technologique, mais pas sur le plan politique. Nous faisons de notre mieux pour protéger les investisseurs. »
Le Future ETF est la première étape
. »

Cette coquille vide ne satisfait pas vraiment ceux qui souhaitent investir dans un ETF contenant véritablement du bitcoin, et non pas des paris sur son prix futur.

D’autant plus que tout le monde sait que les grandes banques se servent de ces produits dérivés pour manipuler les prix. JP Morgan, Barclays, UBS, Royal Bank of Scotland et la MUFG ont été récemment condamnés pour avoir manipulé les prix de l’or et de l’argent durant plus d’une décennie…

L’amende ridicule de 1 milliard $ n’a d’ailleurs pas changé grand-chose puisque les prix l’or n’a quasiment pas bougé depuis alors que l’on observe des hausses allant de 20 % à 270 % pour quasiment toutes les matières premières…

De manière plus cocasse, le NY Times rapporte même que les Futures en question seront ceux du Chicago Mercantile Exchange (CME). C’est-à-dire qu’ils ne verront jamais la couleur d’un seul bitcoin ! Le site du CME stipule qu’à échéance, « les Futures sont réglés en dollars, et non pas en bitcoin » !

Pour rappel, les Futures sont à l’origine des contrats d’assurance. Par exemple, un producteur de cacao désireux de se protéger contre la fluctuation des prix va conclure un contrat Future avec un industriel qui s’engage à lui acheter son cacao dans 6 mois à un prix fixé à l’avance.

De nos jours, ces produits dérivés sont devenus de purs instruments de spéculation et les matières premières sous-jacentes ne sont quasiment jamais livrées.

L’histoire devient intéressante quand on sait que les banques et les fonds d’investissement (comme BlackRock…) peuvent « imprimer » autant de Futures qu’ils veulent sans véritablement détenir les matières premières sous-jacentes.

Dans le cas des Gold Futures, les banques vendent d’immenses quantités d’or qu’elles n’ont pas, ce qui revient à gonfler artificiellement l’offre d’or avec du papier. Comme dirait l’autre : « les marchés de Futures ne sont pas manipulés, ils sont la manipulation ». Le ratio est régulièrement supérieur à 100 papiers Gold pour 1 Gold au coffre…

Ces Futures sont de fausses promesses. Les « bullion bank » ne pourraient absolument pas livrer tout l’or qui est actuellement gagé au travers de l’ensemble de ces contrats Futures, si bien que que l’on livre des « dollars » plutôt que de l’or.

Cette gigantesque et fausse offre d’or est possible pour la bonne est simple raison que les spéculateurs demandent très rarement à se faire livrer l’or physiquement. Ils préfèrent le laisser en dépôt auprès des « bullion banks » qui leur ont vendu cet or imaginaire plutôt que de devoir gérer des lingots d’or. C’est plus pratique et beaucoup moins cher.

Néanmoins… la possibilité de se faire livrer existe ! Évidemment, et comme nous venons de l’expliquer, peu sont ceux qui recevraient de l’or si tout le monde en faisait la demande en même temps. Mais cette possibilité a au moins le mérite d’exister alors que ce n’est absolument pas le cas pour les Futures adossés au bitcoin !

Cela est d’autant plus incompréhensible que le bitcoin ne coûte rien à stocker et déplacer contrairement à de l’or, du pétrole, des métaux ou tout autre matière première.

À vrai dire, cela est tout à fait compréhensible. Les créateurs des Bitcoin Future du CME savaient qu’il serait impossible de créer des montagnes de « Bitcoin papier » en raison du fait que cela ne coûte rien de se faire livrer « physiquement » du bitcoin.

Ils ont donc tout simplement lancé des futures adossés sur du vent… Rappelons les propos du patron du CME Leo Melamed peu avant le lancement de ces Futures : « Nous allons dompter le Bitcoin »…

En somme, les Bitcoin Futures ETF sont une bonne nouvelle dans le sens où le « Bitcoin est là pour rester ». D’un autre côté, ces coquilles vides vont créer une offre artificielle de BTC entre les mains des grandes banques qui vont manipuler les prix à la baisse comme elles le font déjà avec l’or…

Il faudra suivre de près l’évolution de ces Futures et la comparer à celle des Futures qui délivrent réellement des BTC, comme ceux de FTX.

La bonne nouvelle est que cet ETF ouvre la voie à un ETF adossé à de véritables réserves de BTC. Nous n’aurons peut-être pas à patienter longtemps puisque CNBC rapporte que Grayscale pourrait bien y parvenir avant la fin de l’année. Vaneck recevra la réponse de la SEC pour son ETF SPOT le 14 novembre Wait and see…

Pour aller plus loin, voici notre article de novembre 2020 : Le Marché des Futures Adossés au Bitcoin (BTC) doit Fermer !

Nicolas Teterel

Journaliste / Bitcoin, géopolitique, économie, énergie, climat

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.