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Bitcoin : Saylor voit Strive comme un allié plutôt qu’un rival 

16h00 ▪ 6 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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Michael Saylor estime que Strategy, Strive et les autres sociétés de trésorerie bitcoin peuvent capter une fraction des marchés mondiaux d’actions et d’obligations, évalués ensemble à 318500 milliards de dollars. Ce montant ne représente toutefois ni une valorisation attendue pour ces entreprises ni une prévision de revenus, mais le marché financier théorique auquel leurs nouveaux produits cherchent à accéder.

Michael Saylor occupe le premier plan entre deux gigantesques locomotives financières avançant côte à côte. Les deux machines ont des designs volontairement différents : l’une sombre, massive et institutionnelle ; l’autre plus claire, moderne et agressive. Aucun nom ni texte n’apparaît. Au premier regard, elles semblent participer à une course. Mais Saylor, avec une expression déterminée et presque satisfaite, abaisse un énorme levier orange qui fait surgir un mécanisme d’attelage entre les deux locomotives. Les crochets métalliques se rejoignent dans une pluie d’étincelles. Devant elles, les deux voies fusionnent progressivement en une seule grande ligne ascendante menant vers une gigantesque pièce Bitcoin située au sommet.

En bref

  • Michael Saylor voit un vaste marché potentiel pour les produits financiers adossés au Bitcoin.
  • Les marchés mondiaux d’actions et d’obligations représentent ensemble 318500 milliards de dollars.
  • Strategy et Strive misent sur le Bitcoin, les actions et le crédit numérique pour attirer une fraction de ces capitaux.
  • Saylor estime que les sociétés de trésorerie bitcoin peuvent se renforcer mutuellement plutôt que se concurrencer.
  • Ce scénario reste théorique et dépend fortement du cours du bitcoin et des conditions de financement.

La finance bitcoin lorgne 318500 milliards de dollars

Le président exécutif de Strategy ne considère pas les autres sociétés qui accumulent du bitcoin comme de simples concurrentes. « Je veux que Strive réussisse. Je veux que chaque émetteur bien géré de crédit numérique adossé au bitcoin réussisse », a déclaré Michael Saylor dans une publication diffusée le 30 septembre.

Son raisonnement repose sur la taille des marchés financiers traditionnels. Les produits construits autour du bitcoin pourraient, selon lui, attirer une petite partie des capitaux actuellement placés dans les actions et les obligations.

Les chiffres avancés proviennent du rapport annuel de la SIFMA :

  • La capitalisation mondiale des actions atteignait 157800 milliards de dollars fin 2025 ;
  • L’encours mondial des titres obligataires représentait 160700 milliards de dollars ;
  • Les deux marchés totalisaient ainsi 318500 milliards de dollars ;
  • Une part de 0,1 % de chacun de ces marchés équivaudrait à environ 160 milliards de dollars.

Le calcul de Saylor porte sur chaque catégorie séparément. Une part de 0,1 % du total combiné représenterait plutôt 318,5 milliards de dollars. La SIFMA confirme que les actions mondiales ont progressé de 18,9 % en 2025, tandis que l’encours obligataire a augmenté de 10,6 %.

La finance bitcoin repose sur trois types de produits

Michael Saylor répartit le marché en trois niveaux. Le bitcoin constitue le « capital numérique », destiné aux investisseurs qui recherchent une exposition directe à l’actif. Les actions ordinaires de sociétés comme Strategy et Strive représentent, dans son vocabulaire, des « actions numériques » orientées vers la croissance.

Entre les deux apparaissent les instruments qualifiés de « crédit numérique ». Cette catégorie regroupe notamment STRC, l’action préférentielle émise par Strategy, et SATA, celle de Strive. Ces titres cherchent à verser des dividendes tout en finançant l’achat de nouveaux bitcoins.

Strategy reste de très loin la principale entreprise du secteur. Après une acquisition de 1665 BTC pour 142,7 millions de dollars, elle détenait 847666 bitcoins à la fin de septembre. Son prix d’achat moyen avoisinait 75437 dollars par jeton.

Strive suit le même modèle à une échelle plus réduite. L’entreprise possédait 27 462 BTC après son dernier achat de 1107 bitcoins. Les émissions de SATA ont fourni 85 % des capitaux levés pour cette opération.

Les acteurs de la finance bitcoin peuvent s’entraider

Michael Saylor décrit un mécanisme dans lequel la réussite d’un concurrent peut profiter à tout le secteur. Lorsqu’une entreprise lève des fonds pour acheter du bitcoin, elle augmente la demande pour un actif dont l’offre maximale reste limitée à 21 millions d’unités.

Une hausse du bitcoin améliore ensuite la valeur des réserves détenues par toutes les sociétés exposées. Elle peut aussi renforcer leur capacité à émettre de nouvelles actions ou des titres préférentiels. Saylor affirme :

La valeur créée par une adoption plus large du bitcoin peut atteindre chaque bilan construit autour du bitcoin.

La relation entre Strategy et Strive illustre cette interdépendance. Strive a investi 50 millions de dollars dans 500000 actions STRC en mars. Ces titres ont ensuite intégré la réserve destinée au paiement des dividendes de SATA. Un concurrent de Strategy est ainsi devenu l’un de ses investisseurs.

La multiplication des émetteurs pourrait également attirer davantage d’analystes, de teneurs de marché et d’investisseurs institutionnels. Cette infrastructure renforcerait la liquidité du secteur, même si chaque société conserve sa propre stratégie financière.

Le scénario de Saylor reste très théorique

Le marché de 318500 milliards de dollars constitue surtout une comparaison de taille. Les sociétés de trésorerie bitcoin ne concurrencent pas directement l’ensemble des actions et obligations mondiales. Elles cherchent seulement à convaincre certains investisseurs de réallouer une faible partie de leurs portefeuilles.

Le modèle conserve aussi plusieurs risques. Les actions préférentielles comme STRC et SATA représentent des créances sur leurs émetteurs, pas une propriété directe des bitcoins détenus. Leur valeur dépend du paiement des dividendes, des conditions de financement et de la solidité du bilan de chaque entreprise.

Une baisse durable du bitcoin réduirait la valeur des réserves et pourrait compliquer les nouvelles levées de fonds. L’émission régulière d’actions ordinaires entraîne également une dilution des actionnaires existants.

L’objectif avancé par Saylor n’est donc pas de conquérir 318500 milliards de dollars. Il consiste à montrer qu’une allocation minime des marchés traditionnels suffirait à faire du crédit adossé au bitcoin une catégorie financière de plusieurs centaines de milliards de dollars.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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