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Crypto : Une arnaque par voix IA détourne 95 millions € d’une banque italienne

7h00 ▪ 6 min de lecture ▪ par Lydie M.
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Un faux message WhatsApp, une voix clonée par intelligence artificielle et 95 millions d’euros transférés à l’étranger. C’est le scénario de l’escroquerie qui a frappé Fideuram, filiale de banque privée du géant italien Intesa Sanpaolo. Une grande partie de l’argent a depuis été récupérée ou gelée. Au moins 36 millions d’euros auraient toutefois été convertis en crypto et restent au centre d’une enquête internationale.

Un banquier italien reçoit un appel vocal généré par IA tandis que 95M s’échappent d’un coffre bancaire.

En bref

  • Fideuram a transféré environ 95 millions d’euros après une usurpation d’identité utilisant une voix générée par IA.
  • Plus de 50 millions d’euros ont depuis été récupérés ou gelés.
  • Au moins 36 millions d’euros auraient été convertis en crypto et restent à retracer.

95 millions € détournés, dont 36 millions convertis en crypto

L’affaire commence en février 2026. Paolo Molesini, alors président de Fideuram, reçoit sur WhatsApp un message qui semble provenir de Carlo Messina, directeur général d’Intesa Sanpaolo. Le ton est urgent. Une opération financière internationale doit être réalisée rapidement et Fideuram doit intervenir.

Quelques mois plus tôt, Chainalysis alertait déjà sur l’explosion des escroqueries crypto renforcées par l’intelligence artificielle. L’affaire italienne en donne une version particulièrement coûteuse.

Le faux message ne suffit pas. Un appel arrive ensuite. Au téléphone, Molesini croit reconnaître Paolo Nastasi, managing partner italien du cabinet international A&O Shearman. L’avocat est totalement étranger à l’affaire. Les escrocs auraient utilisé des outils d’intelligence artificielle pour reproduire sa voix avec suffisamment de précision pour convaincre le dirigeant bancaire.

Les instructions suivent. Fideuram envoie alors plusieurs virements vers des comptes étrangers, notamment en Chine continentale et à Hong Kong. Au total, environ 95 millions d’euros quittent les caisses de la banque.

Le piège finit par être découvert et une course commence pour bloquer les fonds avant qu’ils ne soient déplacés davantage. Plus de 40 millions d’euros ont notamment pu être bloqués en Chine. Un autre montant de 13 millions a été gelé au Portugal dans le cadre d’une saisie judiciaire. Le reste a pris une autre direction. Au moins 36 millions d’euros ont été convertis en crypto.

La conversion en crypto déplace l’enquête sur la blockchain

Les 36 millions d’euros ne se sont pas simplement volatilisés après les virements bancaires. Selon les informations disponibles, les fonds ont circulé à travers plusieurs juridictions avant d’être convertis en crypto. Les enquêteurs tentent maintenant de reconstituer cette chaîne de transactions grâce à des demandes de coopération judiciaire adressées à plusieurs pays.

Le passage aux actifs numériques change le travail des enquêteurs. Un virement bancaire peut souvent être bloqué tant que l’argent reste dans une institution coopérant avec les autorités. Une transaction crypto fonctionne différemment. Une fois les actifs transférés vers un wallet contrôlé par les fraudeurs, aucun service central ne peut simplement annuler le mouvement.

Cela ne signifie pas pour autant que l’argent devient automatiquement invisible. Sur les blockchains publiques, les transactions crypto restent enregistrées. Les enquêteurs peuvent suivre les déplacements entre adresses, identifier un passage vers un exchange ou rapprocher certains wallets d’informations obtenues auprès de plateformes soumises aux règles KYC.

Le problème apparaît lorsque les criminels multiplient les transferts, utilisent différents réseaux ou passent par plusieurs services avant de tenter de convertir les actifs. Le FBI avait déjà alerté sur l’utilisation de deepfakes vocaux et visuels pour usurper l’identité de responsables et d’acteurs de la crypto.

Ici, l’IA intervient avant même la blockchain. La voix synthétique sert à obtenir le transfert. La crypto intervient ensuite dans le déplacement des fonds. C’est une combinaison particulièrement efficace : ingénierie sociale au départ, système bancaire traditionnel pour déplacer des montants importants, puis actifs numériques pour compliquer la récupération.

Aucune information vérifiée ne permet toutefois d’affirmer que la totalité des 36 millions se trouve encore aujourd’hui sous forme de crypto, ni quels actifs numériques précis ont été utilisés. Les enquêteurs continuent de suivre l’argent.

L’IA transforme aussi les contrôles bancaires en cible

L’affaire Fideuram soulève surtout une question embarrassante pour les grandes institutions financières : que vaut une vérification vocale lorsque la voix elle-même peut être fabriquée ? Molesini connaissait Paolo Nastasi. Entendre une voix familière devait justement renforcer la crédibilité de l’opération.

C’est devenu le point faible.

Les outils de clonage vocal ont énormément progressé. Quelques extraits audio peuvent aujourd’hui suffire pour produire une imitation convaincante. Pour un avocat, un dirigeant bancaire, un patron coté ou une personnalité régulièrement présente dans les médias, les enregistrements ne manquent pas.

Les fraudeurs peuvent ensuite ajouter le reste : numéro usurpé, faux compte WhatsApp, adresse e-mail ressemblante, documents fabriqués et urgence artificielle.

La banque n’est pas accusée d’avoir participé à la fraude. Paolo Molesini non plus. Les procureurs de Milan enquêtent sur au moins un suspect étranger, dont l’identité pourrait elle-même ne pas être authentique. Molesini a quitté la présidence de Fideuram le 12 mars en invoquant des raisons personnelles. Aucun élément public ne permet d’affirmer que cette démission équivaut à une reconnaissance de responsabilité dans l’affaire.

Le dossier reste néanmoins impressionnant par son enchaînement. Un message WhatsApp. Une voix clonée. 95 millions d’euros transférés. Puis au moins 36 millions convertis en crypto. Les banques ont longtemps appris à leurs employés à ne pas faire confiance à un simple e-mail. Avec l’IA générative, même reconnaître la voix de quelqu’un ne suffit plus forcément.

Cointribune évoquait déjà ce risque avec l’« audio-jacking », une technique utilisant l’IA pour manipuler une conversation et remplacer certaines informations vocales. Fideuram avait pourtant affaire à une opération financière inhabituelle de 95 millions d’euros. Le montant n’a pas empêché le mécanisme de fonctionner.

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Lydie M.

Enseignante et ingénieure IT, Lydie découvre le Bitcoin en 2022 et plonge dans l’univers des cryptomonnaies. Elle vulgarise des sujets complexes, décrypte les enjeux du Web3 et défend une vision d’un futur numérique ouvert, inclusif et décentralisé.

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