Crypto : Vitalik Buterin alerte sur l’échec des DAO et appelle à une refondation complète
Tandis que les DAO devaient incarner la promesse d’une gouvernance décentralisée, Vitalik Buterin dresse aujourd’hui un constat sévère : leur modèle actuel est à bout de souffle. Dans un billet relayé massivement, le cofondateur d’Ethereum dénonce des structures rigides, dominées par les gros porteurs et incapables de répondre aux enjeux complexes de coordination. Son appel à un nouveau design marque un moment charnière pour les DAO, qu’il invite à sortir de la simple logique de vote pour devenir de véritables infrastructures on-chain.

En bref
- Vitalik Buterin dénonce le modèle actuel des DAO, qu’il juge rigide, trop dépendant des votes tokenisés et vulnérable à la centralisation.
- Il pointe une perte de vision : les DAO ne remplissent plus leur rôle initial de coordination décentralisée efficace et équitable.
- Plusieurs failles systémiques sont identifiées, dont la fatigue des votants, l’absence de mécanismes de correction et la gouvernance figée.
- Il propose des outils concrets comme le vote confidentiel, la cryptographie avancée ou encore l’intelligence artificielle pour alléger les processus.
Une gouvernance décentralisée à bout de souffle
Dans un message publié le 19 janvier, Vitalik Buterin s’est montré particulièrement critique sur l’évolution des DAO, dénonçant un modèle devenu selon lui « rigide, excessivement tokenisé et vulnérable aux effets pervers des grands porteurs », alors qu’un vote polémique a agité la communauté du protocole Aave.
À ses yeux, la promesse initiale de coordination décentralisée a été détournée par une focalisation quasi exclusive sur le vote basé sur les tokens, au détriment de la construction d’institutions résilientes. « Beaucoup de DAO sont aujourd’hui des trésoreries gérées par snapshot et quelques multisigs », écrit-il, pointant une perte de substance face aux ambitions d’origine.
Pour illustrer cette dérive, Buterin met en avant plusieurs failles systémiques, observées dans de nombreuses DAO emblématiques :
- Une participation limitée aux processus de décision, marquée par une lassitude croissante des votants et une centralisation de fait ;
- La captation du pouvoir par les grands porteurs de tokens, générant des conflits d’intérêts et un déséquilibre démocratique ;
- L’absence de mécanismes de correction robustes, empêchant les DAO de s’ajuster en cas d’erreur ou de crise ;
- Une dépendance excessive à une vision figée de la gouvernance, réduite à un enchaînement de votes sans contexte ni stratégie de long terme.
Ce diagnostic sévère s’accompagne d’un avertissement. Sans transformation structurelle, les DAO risquent de perdre leur pertinence et leur capacité à incarner une véritable alternative aux modèles centralisés.
Repenser les DAO comme des systèmes d’infrastructure
Pour sortir de cette impasse, Vitalik Buterin avance plusieurs propositions qui tranchent nettement avec le modèle dominant. Il plaide pour des DAO qui s’écartent de la logique purement financière, afin de jouer un rôle d’infrastructure technique au sein de l’écosystème.
Ces organisations devraient selon lui se concentrer sur des fonctions telles que les oracles, la gestion de litiges on-chain, ou encore la coordination de projets limités dans le temps. « Nous avons besoin davantage de DAO, mais de DAO différentes et meilleures », résume-t-il sur X.
Parmi les pistes avancées, Buterin souligne l’importance des technologies de confidentialité pour réformer la gouvernance : votes chiffrés, preuves à divulgation nulle de connaissance, ou encore calcul multipartite sécurisé.
Il évoque aussi le recours à l’intelligence artificielle, non pas pour remplacer les décisions humaines, mais pour réduire la complexité des processus internes. En introduisant des « lens of governance » adaptés au contexte décisionnel, il propose une gouvernance modulaire, capable de s’adapter à la nature des décisions (techniques ou politiques, urgentes ou concertées).
Ces propositions ne visent pas uniquement à améliorer l’efficacité technique des DAO. Elles traduisent un glissement conceptuel vers des structures capables de survivre à leurs créateurs, et d’assumer des rôles clés dans la DeFi, l’assurance, ou la gestion d’identités décentralisées. Si elles trouvent écho auprès des développeurs et fondateurs, ces idées pourraient inspirer une nouvelle génération de DAO, mieux armées pour répondre aux défis politiques, économiques et sociaux qui s’annoncent dans le Web3.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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