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Ethereum : Adam Back accuse ses créateurs d'avoir ignoré ses avertissements

15h00 ▪ 6 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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Adam Back affirme avoir prévenu les premiers développeurs d’Ethereum contre une architecture qu’il jugeait défaillante. Aucune preuve publique facilement vérifiable ne permet toutefois d’établir qu’il leur avait adressé, avant le lancement du réseau, un avertissement précis sur le modèle de comptes aujourd’hui critiqué.

À gauche, Adam Back, reconnaissable à ses lunettes et à sa barbe, pointe un doigt accusateur vers les développeurs d’Ethereum. Son expression sévère traduit sa frustration. Il tient des documents portant des symboles d’alerte, représentant les risques techniques qu’il affirme avoir signalés. À droite, Vitalik Buterin et deux autres développeurs, représentés de manière symbolique, affichent des attitudes sceptiques ou indifférentes. Leurs expressions suggèrent un refus de prendre ces avertissements au sérieux. Le gigantesque logo Ethereum en arrière-plan identifie clairement le projet concerné, tandis que les éclats orange renforcent la tension de la confrontation.

En bref

  • Adam Back affirme avoir averti les premiers développeurs d’Ethereum des faiblesses de son architecture, sans fournir de preuve publique.
  • Le modèle UTXO de Bitcoin et le système de comptes d’Ethereum présentent chacun des avantages et des limites.
  • Les inquiétudes concernant la sécurité des signatures cryptographiques touchent aussi bien Bitcoin qu’Ethereum.
  • Malgré ses critiques anciennes, Adam Back n’a pas démontré qu’il avait alerté les fondateurs d’Ethereum avant son lancement.

Adam Back attaque les choix fondateurs d’Ethereum

Le directeur général de Blockstream a relancé le débat entre Bitcoin et Ethereum dans un message publié le 10 octobre. Il y défend le modèle UTXO choisi par Satoshi Nakamoto et critique frontalement l’expérience des premiers concepteurs d’Ethereum.

« C’est presque comme si Satoshi connaissait les systèmes distribués », a écrit Adam Back. Il affirme ensuite que les développeurs d’Ethereum étaient « jeunes, naïfs » et dépourvus de l’expérience nécessaire lorsqu’ils ont construit le réseau autour d’une architecture qu’il considère comme « manifestement défaillante ».

Son message se termine par une affirmation importante : « j’ai essayé de les avertir ». Back ne fournit cependant ni lien, ni date, ni copie d’un échange permettant d’identifier cet avertissement.

Les archives publiques montrent qu’il critique Ethereum depuis plusieurs années. En 2019, il comparait déjà le projet à Theranos. En août 2020, il avait placé Ethereum aux côtés de Bitconnect, OneCoin et d’autres projets controversés, avant de dénoncer la prévente d’une partie des ETH.

Ces prises de position confirment son opposition ancienne à Ethereum. Elles ne prouvent pas pour autant qu’il avait averti ses fondateurs, avant le lancement de la blockchain en juillet 2015, des problèmes précis qu’il associe aujourd’hui à son architecture.

UTXO et comptes répondent à deux conceptions différentes

Bitcoin utilise le modèle UTXO, pour « sorties de transaction non dépensées ». Son fonctionnement peut être comparé à celui des billets : une transaction consomme des unités existantes et crée de nouvelles sorties, que leur propriétaire pourra dépenser ultérieurement.

Ethereum repose sur des comptes dont le solde et l’état évoluent avec chaque opération. Cette structure facilite l’exécution des contrats intelligents, car les applications peuvent conserver et modifier des informations directement sur la blockchain.

Le modèle UTXO permet de traiter plus facilement certaines transactions indépendantes en parallèle. Il limite aussi la quantité d’état partagé entre les utilisateurs et les applications. Le système de comptes offre, de son côté, davantage de souplesse pour construire des protocoles financiers et des applications complexes.

Présenter l’un comme objectivement correct et l’autre comme nécessairement « cassé » relève donc d’un jugement technique et politique. Ethereum fonctionne depuis plus de onze ans et sécurise des centaines de milliards de dollars d’actifs, même si son architecture entraîne des difficultés liées à la croissance de l’état, aux transactions concurrentes et à la complexité des contrats.

Les développeurs du réseau étudient d’ailleurs des mécanismes qui reprennent certains avantages des UTXO. L’EIP-8141 proposerait notamment un nouveau format de transaction afin d’améliorer l’abstraction des comptes et de préparer l’adoption de systèmes de signatures plus résistants.

La menace cryptographique concerne aussi Bitcoin

La sortie d’Adam Back répond à l’avertissement lancé par Justin Drake, chercheur de la Fondation Ethereum. Celui-ci estime que les progrès de l’intelligence artificielle pourraient accélérer la découverte de méthodes capables d’affaiblir la cryptographie des courbes elliptiques.

Dans son scénario le plus pessimiste, une attaque pourrait devenir réalisable « en quelques mois, pas en quelques années ». Drake recommande donc de préparer progressivement le transfert des fonds vers des adresses dont la clé publique n’a jamais été exposée.

Aucune attaque pratique de ce type n’a pourtant été démontrée. Yehuda Lindell, responsable de la cryptographie chez Coinbase, a notamment estimé qu’aucun élément ne montrait actuellement un affaiblissement des hypothèses mathématiques qui protègent ces signatures.

Surtout, le choix entre UTXO et comptes ne règle pas à lui seul cette menace. Bitcoin et Ethereum utilisent tous deux l’algorithme ECDSA pour autoriser certaines transactions. Si une méthode permettait réellement de retrouver une clé privée à partir d’une clé publique exposée, les deux réseaux seraient concernés.

Le modèle UTXO apporte néanmoins un avantage pratique à Bitcoin : les bonnes pratiques encouragent la création d’une nouvelle adresse après chaque paiement, ce qui peut réduire l’exposition des clés publiques. Cet avantage disparaît lorsque les utilisateurs réemploient leurs adresses.

Une critique ancienne, mais un avertissement non démontré

Adam Back dispose d’une réelle légitimité dans l’histoire de la cryptographie. Son système Hashcash, présenté en 1997, a inspiré le mécanisme de preuve de travail de Bitcoin. Satoshi Nakamoto l’a également cité dans le livre blanc du réseau.

Cette expertise ne suffit cependant pas à confirmer rétrospectivement son affirmation. En l’absence d’archives datées, il reste impossible d’établir à qui Back aurait adressé son avertissement, à quel moment et sur quel risque précis.

La conclusion la plus rigoureuse reste donc nuancée : Adam Back critique Ethereum depuis longtemps, mais son affirmation selon laquelle il aurait prévenu ses créateurs contre leur modèle de comptes demeure non étayée publiquement.

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Luc Jose A. avatar
Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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