La Bourse enrichit une minorité et appauvrit le reste : 100 ans de données le prouvent
Pendant près d’un siècle, les marchés américains ont produit 91 000 milliards de dollars de richesse pour les actionnaires. Pourtant, cette création de valeur repose presque entièrement sur une poignée d’entreprises. Une étude menée par l’économiste Hendrik Bessembinder sur près de 30 000 actions cotées entre 1926 et 2025 montre que 46 sociétés seulement concentrent la moitié des gains générés à Wall Street. Derrière les performances historiques des indices américains, la réalité du marché apparaît bien plus déséquilibrée qu’il n’y paraît.

En bref
- Une étude menée sur près de 30 000 actions américaines révèle que 46 entreprises seulement ont généré la moitié de la richesse créée à Wall Street depuis 1926.
- L’analyse montre aussi que la majorité des actions ont sous-performé les bons du Trésor américain, malgré les performances historiques des indices boursiers.
- Cette concentration extrême des gains fragilise la gestion active et renforce la domination croissante des ETF sur les marchés financiers.
- Derrière les records du S&P 500, l’étude met en lumière un marché largement porté par une poignée de géants capables de capter durablement la création de valeur mondiale.
46 entreprises ont capté l’essentiel des gains de Wall Street
L’étude révèle que la Bourse américaine a généré environ 91 000 milliards de dollars de richesse nette pour les actionnaires en un siècle. Pourtant, « quarante-six entreprises seulement ont raflé la moitié de la richesse nette créée pour les actionnaires ».
Cette concentration spectaculaire bouleverse l’idée d’un marché porté collectivement par des milliers d’entreprises. Dans les faits, une poignée de sociétés a capté une part écrasante de la performance globale. Hendrik Bessembinder rappelle également « qu’environ 60 % des actions ont, sur leur durée de vie boursière, fait moins bien que les titres d’État à court terme ». Autrement dit, la majorité des titres cotés n’a même pas surpassé des placements considérés comme peu risqués.
Les chiffres avancés par l’étude illustrent l’ampleur du phénomène :
- 91 000 milliards de dollars de richesse nette ont été créés par les actions américaines entre 1926 et 2025 ;
- 46 entreprises seulement concentrent la moitié de cette création de valeur ;
- 60 % des actions américaines ont sous-performé les bons du Trésor sur leur durée de cotation ;
- 1 dollar investi en actions américaines serait devenu près de 15 000 dollars, contre seulement 25 dollars pour les bons du Trésor à court terme ;
- Des groupes comme Altria ou IBM figurent parmi les principaux créateurs historiques de richesse boursière.
Cette performance agrégée masque pourtant une asymétrie massive entre les gagnants et les perdants. La dynamique observée repose largement sur des entreprises capables de maintenir durablement leur domination économique grâce à des effets d’échelle, des positions monopolistiques ou une avance technologique difficile à rattraper.
Pourquoi cette étude fragilise la gestion active et renforce les ETF ?
L’étude révèle les limites structurelles de la gestion active. Puisque l’essentiel de la performance de la Bourse provient d’un nombre extrêmement réduit d’actions, manquer ces quelques gagnants devient immédiatement pénalisant pour les gérants de fonds. La moindre sous-exposition à ces mastodontes se paie immédiatement en performance relative.
Ce déséquilibre explique en partie pourquoi de nombreux fonds actifs échouent à battre durablement les grands indices boursiers. Les données SPIVA montrent qu’environ 80 % des fonds américains large cap sous-performent le S&P 500 sur un an, tandis que plus de 85 % échouent à le battre sur des périodes de dix à quinze ans.
Cette réalité nourrit mécaniquement la montée en puissance des ETF et des stratégies passives. Les indices pondérés par capitalisation augmentent automatiquement l’exposition aux entreprises dominantes à mesure qu’elles prennent de la valeur. Les investisseurs capturent ainsi les performances des grands gagnants sans avoir à les identifier à l’avance. Cette logique rappelle de plus en plus certains comportements observés dans les marchés crypto, où quelques actifs concentrent l’essentiel des flux et des performances tandis qu’une multitude de tokens disparaissent progressivement de la circulation des investisseurs institutionnels.
La publication de cette étude relance le débat autour de la concentration croissante des marchés financiers mondiaux. Entre la domination des géants technologiques, l’essor massif des ETF et les difficultés persistantes des gérants à battre les indices de référence, toute la mécanique traditionnelle de sélection de titres se retrouve fragilisée. Pour les investisseurs de la Bourse, l’enjeu ne consiste plus uniquement à identifier la prochaine pépite avant le marché, mais surtout à conserver une exposition suffisante aux rares entreprises capables de capter durablement la création de valeur mondiale.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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