La crypto nous sauvera-t-elle (aussi) de la mort ?
La crypto pourrait bien contribuer à accélérer le progrès scientifique en supprimant les frictions liées au financement de la recherche contre le vieillissement. Bitcoin a déclaré la guerre à l’État et à son enfant l’inflation. Les DAO de la biotech comme VitaDAO qui veulent en découdre avec la mort nous libéreront-elles enfin de cette condition que l’homme a toujours cherché à combattre ?

DAO : quelle efficacité à la décision décentralisée ?
Comme l’explique Vitalik Buterin dans un article récent : si une décision est concave, alors il est préférable de décentraliser la prise décision. À l’inverse, si elle est convexe, un certain degré de centralisation peut être plus efficace.
Par exemple, un confinement à 100 % peut éviter la propagation d’un nouveau virus. À l’inverse, un confinement à 0 % laissera circuler le virus, mais n’occasionnera pas de désagréments. Le pire étant un confinement partiel et laxiste à 30 ou 60 % : le virus circulerait et les gens subiraient les mesures coercitives dans leur vie quotidienne. Ici, il s’agit d’une décision convexe et la centralisation voire la dictature (temporaire) est plus efficace pour traiter un problème. C’est souvent le cas des risques macro extrêmes et systémiques : pandémies, guerres…
À l’inverse, dans le cadre du financement de la recherche scientifique, il est plus efficace de donner 5 $ à chaque projet plutôt que de donner 10 $ à l’un et rien à l’autre. Passer de 0 à 5 $ augmente considérablement plus la capacité à accomplir une mission que de passer de 5 $ à 10 $. La relation n’est pas linéaire.
Convexité, concavité et scalabilité
Dans le cas de décisions concaves, il convient alors de s’appuyer sur la sagesse des foules : elle permet de réduire le bruit et donc le niveau d’erreur. Les DAO sont donc pertinentes pour traiter les problèmes qui ont une nature concave.
SI l’on veut être encore plus précis, il convient d’introduire la notion de scalabilité. Tout comme on peut tout à fait être communiste dans sa famille, socialiste au niveau municipal et libéral à l’échelle régionale, on peut avoir une organisation supérieure concave et décentralisée avec un niveau inférieur centralisé et convexe.

« Ne jamais décrire, comparer ou évaluer l’efficacité des systèmes politiques sans référence à la scalabilité. » Nassim Taleb
Pour rappel, les DAO sont des collectifs d’individus partageant les mêmes valeurs et travaillant à la réalisation d’un objectif commun. Le principe le plus intéressant d’une DAO est le partage des responsabilités et des risques entre les membres de la communauté. Les parties prenantes d’une DAO sont « skin in the game » et cela change tout ! (à l’inverse de nos bureaucrates qui ne payent pas les conséquences de leurs mauvaises décisions et naviguent de cabinet en cabinet).
Au diable la DeFi, vive la DeSci
Le professeur Morten Scheibye-Knudsen essaye depuis plusieurs années de comprendre les conséquences cellulaires des dommages portant sur l’ADN afin de développer des thérapies. C’est en s’appuyant sur des travaux antérieurs sur la metformine (un médicament contre le diabète qui permettrait de vivre plus longtemps et en meilleure santé) que le chercheur a découvert des associations entre certains traitements et une plus grande espérance de vie.
En effet, depuis quelques années, de plus en plus de chercheurs travaillent sur la thématique du vieillissement. Leur but : lutter contre la vieillesse associée à la majorité des maladies : cancers, maladies cardiovasculaires, neurodégénératives… Plutôt que de traiter les conséquences que sont toutes ces maladies, cette nouvelle génération de scientifiques veut changer de paradigme et considère que la vieillesse est elle-même une maladie à éradiquer.

« Le vieillissement est une maladie. C’est tellement clair qu’il semble presque insensé que ces quatre mots doivent être répétés encore et encore. Mais je vais quand même le faire : le vieillissement est une maladie. Et non seulement c’est une maladie, mais c’est la mère de toutes les maladies, celle dont nous souffrons tous. » David Sinclair
Le problème est que cette nouvelle thèse ne fait pas encore l’unanimité au sein du monde scientifique, ce qui complexifie la recherche de financements.
Molecule et les DAO scientifiques
Comme tous les scientifiques, le professeur Morten Scheibye-Knudsen cherchait un moyen de financer ses recherches. Après avoir songé au crowdfunding, celui-ci a finalement été contacté par les fondateurs du projet Molecule (qui a reçu en juillet son premier tour de table avec un investissement de 12,6 millions de dollars). Cette nouvelle plateforme permet de financer des programmes thérapeutiques en s’appuyant sur la crypto et les structures de gouvernance décentralisées. L’occasion de proposer de lister le projet sur leur DAO baptisée « Vita DAO » et qui a pour ambition de financer les projets biotech dans le domaine de la longévité en alignant les incitations économiques. Scheibye-Knudsen a bien postulé et a obtenu des fonds pour financer ses travaux.

Ces dernières années de nombreuses DAO dans le domaine de la science sont apparues. Certes, elles font moins le « buzz » que Stepn, le move-to-earn et les supers-Ponzi de Do Kwon. Pourtant, elles répondent à un véritable problème : le financement des recherches scientifiques dans des domaines nouveaux.
Vita DAO va anéantir la vieillesse et la mort
VitaDAO est le premier exemple fonctionnel de DAO biotechnologique exploitant intelligemment la crypto. Rassembler une communauté de longétivistes : patients, chercheurs, laboratoires… pour apporter des fonds à un domaine sous-financé et faire sortir la recherche des universités afin de développer des applications pratiques qui bénéficieront à toutes les parties. Réaligner les intérêts grâce à la tokénisation permise par la blockchain.
On ne parle pas ici de singes à 10 millions de dollars ou de blockchain pour tracer les poulets de Carrefour, mais de la lutte contre la vieillesse (qui pourrait constituer la première industrie mondiale dans les années à venir). C’est infiniment plus important.
Vita est donc une DAO ouverte à tous qui vise à soutenir et financer de nouvelles thérapies dans le domaine de la longévité. La communauté détient les droits de propriété intellectuelle de chaque projet et constitue un portefeuille d’actifs qui font avancer le recherche contre la vieillesse. Tout particulier ou société peut devenir membre de l’organisation en acquérant des jetons VITA. Cet achat lui donne ensuite accès à la prise de décision et aux votes des propositions.
IP-NFT, quésaco ?
La trésorerie de Vita DAO est représentée par un ensemble de prises de participation qui prennent la forme d’IP-NFT. Il s’agit de l’innovation principale apportée par ce modèle de Science décentralisée. La propriété intellectuelle (ou les actifs de recherche comme les données) est transformée en un actif numérique échangeable et vérifiable grâce à la cryptographie. Les précieuses données sont stockées à travers une solution décentralisée.

Il devient alors possible de les échanger facilement et de manière liquide avec des investisseurs intéressés par ces travaux. Le propriété de l’IP-NFT dispose à la fois d’un droit sur la donnée et elle lui sert de « clef » pour déverrouiller son accès sur la plateforme Molecule. Comme pour des NFT traditionnels, il est possible de programmer ces jetons avec un % de royalties destinées au chercheur.

Molecule a clairement pour ambition de devenir l’OpenSea de la propriété intellectuelle dans la biotech.
La blockchain : « tokenization of everything »
Certes, cette forme de tokénisation de la propriété intellectuelle aurait pu se construire à travers des outils centralisés et la blockchain n’est pas cruciale. Il n’en reste pas moins que nous avons collectivement accepté l’idée (pas totalement vraie) que pour tokéniser un actif, nous avions besoin de blockchain. Soit. Acceptons cette nouvelle norme. L’homme ne va toujours pas au plus simple directement.
Croire que la blockchain était l’outil indispensable à la tokénisation des actifs a libéré les énergies créatives. Elle nous a invité à vouloir tout rendre liquide sur les marchés. C’est le plus important.
DAO : réformer le financement de la recherche scientifique
Ce modèle de DAO n’a pas vocation à financer toutes les recherches scientifiques. Par exemple, il n’y aurait eu aucun intérêt à l’exploiter pour financer les vaccins contre le Covid : l’argent abondait et nous voulions tous un vaccin.
Non, cette solution est particulièrement efficace pour les propositions de recherche qui n’ont pas encore de marché évident. Pour les recherches encore marginales ou qui changent tellement de paradigme, qu’elles ne sont pas encore acceptées par les universités.

Le financement de la recherche se caractérise par un manque de capitaux, un manque de diversité au niveau des personnes et des idées. Par exemple, la part des bénéficiaires des subventions du National Institutes Health âgés de moins de 35 ans a considérablement chuté au profit de chercheurs plus âgés (plus de 66 ans). Les diplômes et les relations sont également des facteurs de plus en plus importants dans l’obtention d’un financement.

Bref, les recherches les mieux financées sont souvent celles qui rapporteront le plus d’argent à court terme et celles qui sont conformes au paradigme scientifique existant.
Les NFT, plus forts que la bureaucratie
Grâce à la tokénisation de la propriété intellectuelle sous forme de NFT, les investisseurs peuvent parier sur la recherche en phase initiale et les scientifiques peuvent recevoir un soutien pour un travail qui n’est pas encore un produit ou un brevet.
Actuellement, les chercheurs passent une partie considérable de leur temps à rédiger des propositions de recherche. Les universités prennent également trop de temps avant d’examiner une proposition. De la bureaucratie, pour ne rien changer.
Aux États-Unis, c’est en moyenne plus de quatre heures par semaine qui sont allouées à ces tâches improductives plutôt que de les exploiter pour faire de nouvelles découvertes. La plupart de ces demandes administratives sont d’ailleurs infructueuses et ne débouchent sur aucun financement. Un gaspillage de temps et d’argent monstrueux.
Une étude australienne montre que les scientifiques du pays ont passé plus de 5 siècles à préparer des propositions de subventions pour obtenir des financements en 2012. Étant donné que seulement 20 % de ces s