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Le Bitcoin redéfinit la propriété numérique

mar 12 Mar 2024 ▪ 20 min de lecture ▪ par Ralph R.
Apprendre Blockchain
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« Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». La célèbre citation de Klaus Schwab, issue du Forum Économique Mondial, soulève de vives controverses. Elle est souvent associée à un futur dystopique, où la propriété privée deviendrait inexistante. Cette perspective suscite de nombreuses préoccupations. Elle impliquerait une perte de liberté individuelle, où les gens ne pourraient plus contrôler leurs biens. L’économie numérique est certes en passe de supplanter le monde physique. Elle met un terme à la notion de propriété telle que nous la connaissons. La facilité déconcertante de reproduction de l’information numérisée sur internet accentue ce phénomène. Le risque de centralisation, de contrôle ou de censure de notre propriété numérique est par ailleurs réel. Là se trouve l’aspect révolutionnaire du Bitcoin. La première cryptomonnaie a sublimé l’utilité de la blockchain grâce au concept disruptif de la décentralisation. Elle a ainsi résolu l’enjeu relié à l’absence de propriété numérique.

Le bitcoin redéfinit la propriété numérique

Qu’est-ce que la propriété numérique?

L’histoire du documentaire de Yann Moix concernant Gérard Depardieu est révélatrice des enjeux liés à la propriété numérique d’une œuvre. Pour rappel, Yann Moix réalise un film en Corée du Nord avec Gérard Depardieu, célèbre acteur français. Une version de deux heures et demi est produite, puis séquestrée par le producteur de ce long-métrage. Cette version est notamment issue initialement de 18 heures d’enregistrements, soit 18 heures de « rushs ». Cependant, certains passages provenant de ces rushs sont utilisés dans une émission « Complément d’enquête », consacrée à Gérard Depardieu. Fait important : le producteur de l’émission « Complément d’enquête » est également le producteur du film de Yann Moix. Ce qui pousse l’écrivain-réalisateur Yann Moix à vouloir porter plainte contre son producteur Anthony Dufour. La diffusion d’extraits des rushs de son film à son insu motive la raison de ladite plainte.

Prenons un autre exemple flagrant de vol de propriété numérique. Les données personnelles de millions d’utilisateurs du réseau social Facebook auraient été collectées par la société Cambridge Analytica. La compagnie a obtenu des données d’utilisateurs de Facebook sans autorisation, afin de les utiliser à des fins politiques. Et ce, dans le but de bâtir un programme informatique permettant de prédire et d’influencer le choix des électeurs américains. Cambridge Analytica représente une entreprise britannique spécialisée dans le profilage psychographique. Elle récupère des données sur les réseaux sociaux afin de tenter de prédire les comportements électoraux.

@Gerd Altmann via Pixabay

Propriété physique versus numérique, exclusivité versus concurrence

Ces histoires récentes illustrent les enjeux reliés à la propriété privée, et en particulier au dévoiement de la propriété numérique. Elles mettent en évidence les défis concernant le manque de clarté et de contrôle des droits d’auteur. La facilité de reproduction, d’accès et d’exploitation d’une l’œuvre ou d’un actif numérique est symptomatique. Il est extrêmement difficile de garantir son originalité, son exclusivité ou sa rareté. La relation entre le détenteur et le créateur de l’actif numérique est quasi inexistante. Tout comme la sensation de posséder quelque chose d’unique et d’exclusif.

Lorsque nous achetons une toile de maitre ou une sculpture, nous acquérons une matière magnifiée par le talent d’un artiste. Avec la possession des droits d’une œuvre musicale, nous détenons le pur produit de la création artistique d’un musicien. Le fait de posséder une version unique crée un sentiment particulier, une relation exclusive à l’œuvre ainsi qu’à l’artiste. Avec un timbre rare ou un objet de collection, nous achetons une série limitée. Nous devons certes faire confiance aux créateurs de ces objets quant au nombre d’exemplaires. La relation à l’artiste est moins exclusive, car elle est répartie entre tous les détenteurs des exemplaires de la série. En revanche, les droits d’auteur concernant les œuvres essentiellement numériques se sont avérés jusqu’à présent des solutions déficientes. De fait, ils n’entravent pas réellement la reproduction sur internet.

@Gerd Altmann via Pixabay

L’informatisation et la numérisation de l’information

Pour comprendre les défis reliés à la propriété numérique, revenons en arrière dans les années 70 avec l’informatisation. À savoir, l’application de procédés scientifiques pour gérer l’information au moyen d’ordinateurs. Elle permet la communication instantanée, en gérant des machines qui demandaient jadis une main d’œuvre qualifiée nombreuse et coûteuse. Elle permet, par ailleurs, l’utilisation d’outils efficaces qui permettent de gagner du temps pour accomplir et automatiser des tâches quotidiennes. À savoir, des outils de traitement de texte, logiciels de gestion, recherche d’informations, … dans une logique d’augmentation de la productivité. À titre d’exemple, une information plus fiable, plus complète et plus rapide à obtenir stimule la compétitivité d’une entreprise.

@André Lira via Pixabay

Dans un deuxième temps, l’informatisation a constitué la base de la numérisation de l’information par internet dans les années 90. La méthode vise à convertir de l’information (texte, images, audio, vidéo) sous forme numérique pouvant être traitée par un ordinateur. Avec la numérisation de l’information, il n’est plus vraiment nécessaire de consulter directement les supports physiques originaux (dossiers, cassettes, photos).

@Gerd Altmann via Pixabay

L’informatisation et la numérisation de l’information par internet représentent une étape dans l’histoire de l’humanité. Elles engendrent certes des gains de productivité, mais restent cependant des technologies de transfert et de duplication de l’information. Elles ne constituent pas des technologies de transfert de la valeur, qui ne peut être dupliquée, à l’instar de l’information. Par conséquent, qu’en est-il de la numérisation de la valeur, comme la monnaie?

@Gerd Altmann via Pixabay

La bancarisation, suite logique de la numérisation de l’information

L’informatisation et la numérisation de l’information par internet n’ont, à priori, pas permis la technologie de transfert de valeur numérique. Cette dernière n’existait pas lors de la création des premières versions d’internet. Cependant, l’amélioration des systèmes financiers passait nécessairement par l’informatisation et la numérisation de la valeur. Soit par l’explosion de la bancarisation et des intermédiaires financiers dans les années 70/80, pour gérer cette valeur numérisée. Cette transition vers la bancarisation a été radicale. Entre les années 60 et 80, le taux de bancarisation est passé de moins de 10% à près de 100% dans les pays occidentaux. Les banques sont, de fait, devenues indispensables, puissantes et oligopoliques. La bancarisation a toutefois engendré une conséquence non négligeable : la disparition de la notion de propriété.

@WorldSpectrum via Pixabay

En effet, avant l’essor de la bancarisation, les actifs de valeur étaient de nature essentiellement physique. À l’image du cash, de l’or ou des anciens titres boursiers, ces actifs ne pouvaient pas être confisqués. Après la bancarisation massive, ils se sont majoritairement transformés en valeurs numériques, sous forme de passifs et de créances. Hébergés chez des intermédiaires financiers centralisés potentiellement corruptibles, ces valeurs numériques sont donc à risque de censure. Les comptes bancaires ou compte-titres peuvent être gelés, notamment dans les pays où la dictature est présente. Souvenons-nous des libanais qui se voient fermer leurs comptes en banque, suite à la dévaluation brutale de la livre libanaise. Rappelons-nous des Chypriotes qui ont tenté, en vain, de se prémunir de menaces d’une taxation des dépôts bancaires.

La bancarisation, ou l’absence de propriété numérique

La bancarisation a donc amené une perte de contrôle de ses biens numériques. Imaginons par exemple que Jean souhaite effectuer un virement à Anne, via son institution financière. Il envoie donc un ordre de transfert d’argent à sa banque. Cette dernière va vérifier d’une part que Jean possède l’argent sur son compte. Elle atteste d’autre part que Jean est la personne qui demande le virement. La banque garde une trace de la transaction effectuée et des soldes modifiés, dans son grand livre de comptes centralisé. La transaction financière entre Jean et Anne nécessite, par conséquent, l’intervention d’un tiers de confiance centralisé. Avec tous les risques que cela comporte en termes de faillibilité, de corruptibilité ou d’omnipotence de ces intermédiaires de contrôle.

ILLUSTRATION 1

Tout comme Jean et Anne, nous ne contrôlons pas les actifs que les banques détiennent en notre nom. Nous ne possédons donc pas réellement l’argent qui réside sur nos comptes bancaires. Créée ex-nihilo (à partir de rien), cette monnaie scripturale provient de crédits que les banques commerciales accordent. Présente sous forme d’écritures sur des comptes, cette monnaie privée, ou monnaie immatérielle, concerne plus de 90 % des transactions monétaires. Elle représente de simples créances enregistrées dans le registre de la banque, qui mentionnent les montants qui nous sont dus. La conséquence est que nous ne détenons plus véritablement notre propriété numérique.