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Sanders, Trump, Musk : Trois propositions pour redistribuer la richesse créée par l'IA

12h00 ▪ 7 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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L’avènement de l’IA reconfigure les structures de production, mais ébranle aussi les fondements mêmes des politiques monétaires et fiscales occidentales. Avec la montée en puissance de l’automatisation globale, un clivage idéologique majeur émerge désormais entre les partisans d’une centralisation étatique des infrastructures technologiques et les défenseurs d’un capitalisme privé libéralisé. Aujourd’hui cette dynamique est au cœur des débats macroéconomiques mondiaux, les gouvernements et les grands capitaines d’industrie cherchant à anticiper les déséquilibres de l’emploi de demain.  

Un trio visionnaire pour un futur lumineux de l’IA.

En bref

  • L’intelligence artificielle bouleverse les équilibres économiques traditionnels et ouvre un débat inédit sur le partage des richesses générées par l’automatisation.
  • À Washington, l’administration Trump envisage une prise de participation publique dans les géants de l’IA afin de capter une partie des gains de productivité et d’anticiper les pertes fiscales liées à la disparition de nombreux emplois.
  • Face à cette vision interventionniste, Elon Musk défend un modèle fondé sur la propriété privée des infrastructures technologiques et propose une redistribution directe des revenus aux citoyens via le Trésor américain.
  • Le patron de Tesla estime que l’essor de l’IA et de la robotique pourrait provoquer une période de déflation durable, remettant en question les théories monétaires traditionnellement associées à la création de monnaie.

Le bras de fer de Washington pour le contrôle des géants de l’IA

Tandis que la course à l’IA s’accélère, le débat sur la gouvernance technologique a atteint un tournant politique majeur avec les déclarations du vice-président JD Vance dans le podcast The Diary of a CEO. Il confirme que l’administration Trump envisage de prendre des participations directes dans les entreprises majeures de l’intelligence artificielle.

Cette volonté d’ingérence étatique ne tarda pas à se concrétiser par plusieurs initiatives et précédents notables au cœur de la capitale américaine :

  • Le précédent stratégique du CHIPS Act : l’État fédéral a déjà converti des subventions publiques en une participation directe d’environ 10 % au sein du géant des semi-conducteurs Intel ;
  • Le projet de loi d’un fonds souverain : le sénateur Bernie Sanders a introduit l’American AI Sovereign Wealth Fund Act, qui propose une taxe unique de 50 % sur les transferts d’actions des grandes firmes d’IA afin de capitaliser un fonds public ;
  • Le contrôle des droits de vote : ce fonds souverain américain détiendrait, selon le projet de loi, 50 % des droits de vote dans les structures ciblées pour garantir un contrôle étatique ;
  • Les négociations au sommet : Donald Trump a lui-même formellement évoqué ces mécanismes de prise de participation publique lors de discussions stratégiques privées avec Sam Altman, le dirigeant d’OpenAI.

Cette offensive législative intervient dans un contexte de restructuration globale de l’appareil productif, où la menace de l’automatisation du travail inquiète les régulateurs. Ainsi, les données du Forum Économique Mondial estiment que 92 millions d’emplois pourraient être déplacés dans le monde d’ici 2030. Si les suppressions d’emplois annoncées par les entreprises américaines sont à peine liées à l’IA (moins de 1 % des 1,1 million de postes supprimés), la mutation technologique conduit Washington à vouloir mettre les infrastructures de calcul sous cloche.

L’objectif des promoteurs du fonds souverain est de faire en sorte que les gains de productivité de l’IA ne soient pas capturés par quelques monopoles privés, mais profitent à l’État. Ainsi l’appareil d’État cherche-t-il à se doter d’un levier de contrôle direct et de flux de revenus réguliers pour compenser la future contraction des recettes fiscales traditionnelles basées sur le travail humain.

L’alternative monétaire d’Elon Musk et le spectre de la déflation

Ce 21 juin, à la suite des velléités de nationalisation partielle de Washington, Elon Musk a affirmé sur le réseau social X son opposition catégorique à toute forme de détention publique du capital de l’IA, à travers une série de déclarations. Pour s’opposer au modèle du fonds souverain, l’entrepreneur défend le maintien d’une propriété exclusivement privée des entreprises technologiques, à l’image de sa propre entité xAI, associée à un mécanisme de redistribution financière directe.  

Elon Musk a déclaré : « il vaut mieux simplement envoyer l’argent directement aux gens depuis le Trésor ». Pour lui, l’injection de liquidités publiques sous forme de « Revenu Élevé Universel via des chèques émis par l’administration centrale » est la meilleure façon de répondre à la montée du chômage de masse causé par l’automatisation sans remettre en cause l’efficacité et la gestion du secteur privé.

En matière monétaire, cette position est fondée sur une hypothèse de rupture avec les théories inflationnistes classiques. Alors que la dette nationale américaine dépasse les 38 000 milliards de dollars et que la charge des intérêts dépasse un milliard de dollars par an, Musk soutient que l’abondance physique générée par l’IA et la robotique humanoïde changera la dynamique des prix. Sa thèse est que l’augmentation massive du volume de biens et de services dépassera le rythme de création monétaire, rendant inopérante la règle historique selon laquelle l’émission de liquidités provoque l’inflation.

L’homme d’affaires a formulé sa prévision macroéconomique en disant : « en fait, je prédis que nous allons lutter désespérément contre la déflation ». Dans ce cadre d’hyper-productivité, le versement de chèques universels ne serait plus considéré comme une aide sociale, mais plutôt comme un ajustement technique nécessaire pour préserver la rapidité de la monnaie et soutenir la demande face à la chute des salaires.

Les paradoxes financiers du premier trillionnaire mondial et la robotique de rupture

Ce positionnement doctrinal prend un relief particulier au regard de l’évolution de la fortune d’Elon Musk, devenu le premier trillionnaire de l’Histoire. Une telle valorisation inédite suit l’introduction en bourse de sa société aérospatiale SpaceX, dont l’action est désormais cotée à 135 dollars, portant la valeur globale de la firme à 210 milliards de dollars.

La part détenue par Musk dans SpaceX, qui avoisine les 38 % à 40 %, ainsi que sa participation importante dans le constructeur automobile Tesla, ont provoqué des critiques acerbes de la part d’organisations non gouvernementales comme Oxfam. Elles qualifient cette concentration de capital de « symbole d’extrêmes inégalités économiques ». Ses partisans soulignent au contraire que cette richesse est principalement composée de participations en actions non réalisées, réinvesties directement dans le développement d’industries de rupture.

Pour confirmer son modèle de désengagement de la dette publique via la technologie, Musk compte sur le déploiement intensif de la robotique humanoïde, et plus précisément sur le programme Tesla Optimus. Dans une interview accordée à l’investisseur Nikhil Kamath, le milliardaire a assuré que la diffusion de ces robots humanoïdes d’ici trois ans permettrait de créer tellement de richesse matérielle qu’elle mettrait fin à la crise de la dette souveraine américaine. De ce point de vue, la possibilité de fournir un travail presque gratuit et sans fin change la donne des bases de l’économie de marché.

Le capital productif ne se mesure plus au temps de travail humain, mais à la puissance de calcul liée à l’intelligence artificielle et à l’efficacité mécanique installées. Ce changement de paradigme est à la base même du concept de redistribution universelle, rendue nécessaire par l’obsolescence progressive du salariat traditionnel.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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