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Bitcoin & Géopolitique - Semaine 3

mar 17 Jan 2023 ▪ 20h00 ▪ 8 min de lecture - par Nicolas Teterel

L’avènement du Bitcoin permettrait de mettre fin à toutes ces guerres menées au nom du dollar. L’Ukraine ne fait pas exception.

dollar bitcoin

Dollar niet

Les harangues de Vladimir Poutine contre le pétrodollar ne datent pas d’hier. L’ancien patron du KGB accusait déjà en 2011 les États-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens, « comme un parasite » de l’économie mondiale.

Cela fait plus d’une décennie que V. Poutine fustige le dollar et son privilège exorbitant. Jusqu’à ce qu’il décide en 2018 de liquider 84 % des dollars que détenait la banque centrale russe. La part du yuan dans les réserves de change russes est désormais 10 fois supérieure à la moyenne internationale.

En 2021, ce fut au tour du ministre des Finances Anton Siluanov d’annoncer la suppression du dollar du fonds souverain national. « A l’instar de la banque centrale, nous réduisons aussi les investissements du fonds souverain national russe dans les actifs libellés en dollars ».

Le ministre avait précisé qu’il investirait davantage dans des actifs en euros, en yuans et dans l’or. La part des actifs en euros dans le fonds fut rehaussée à 40 %, le yuan à 30 % et l’or à 20 %.

Mauvais calcul puisque l’UE a gelé l’équivalent de 300 milliards d’euros appartenant à la Banque centrale russe dès le début de l’opération spéciale russe en Ukraine.

Depuis le début de la guerre, le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov s’est rendu devant la Ligue arabe, l’organisation de coopération de Shanghai et l’Union africaine pour marteler qu’il est temps que le monde se débarrasse du dollar :

Mais pourquoi le dollar est-il si important aux yeux des Russes ?

Le pétro-dollar

Le pétro-dollar est un « privilège exorbitant », comme disait le Général de Gaulle. Ce privilège date de 1974, lorsque Washington força l’Arabie Saoudite à vendre son pétrole exclusivement en dollar.

Kissinger obtint son privilège en menaçant le royaume d’utiliser la force pour mettre fin à ce qu’il qualifie alors « d’étranglement du monde industrialisé ». Nous sommes à cette époque en plein choc pétrolier. Les nations arabes font du chantage au pétrole pour forcer l’Occident à lâcher Israël dans la guerre israélo-arabe du Kippour (1973).

Le roi Fayçal capitula en fin d’année 1974 face à Kissinger qui lui promet une protection militaire contre Israël, la vente illimitée d’armement, un rétropédalage sur la question de Jérusalem et un retour d’Israël dans ses frontières de 1948 (Ce qui n’arrivera pas. Le roi Fayçal sera assassiné quelques mois plus tard).

En échange de quoi l’Arabie saoudite devait s’engager à respecter deux choses :

– Vendre son pétrole EXCLUSIVEMENT en dollar
– Investir ses surplus de dollars dans la dette américaine

Voilà comment le pétrodollar est né. Dorénavant, il faudra accumuler des dollars pour acheter le pétrole absolument indispensable à toute nation industrialisée.

Or ces dollars, ils ne sont pas accumulés sous forme de billets. Les banques centrales placent leurs réserves de dollars dans la dette US pour engranger des intérêts. Si bien que ces dollars reviennent dans l’économie US.

Dit autrement, le système du pétrodollar permet à l’oncle Sam d’afficher un déficit commercial gigantesque sans que le taux de change du billet vert ne chute !

Tel est le privilège exorbitant qui vacille. L’Arabie Saoudite vient en effet de faire savoir ce mardi au World Economic Forum qu’elle acceptait désormais d’autres monnaies que le dollar !

La guerre d’Irak

Défendre le pétrodollar est l’étoile polaire de la politique étrangère américaine et l’invasion de l’Irak fut un cas d’école.

En octobre 2000, Saddam Hussein libelle son pétrole en euro plutôt qu’en dollar. Excellente nouvelle pour l’Europe, premier importateur du pétrole irakien, qui se voit offrir le fameux privilège exorbitant.

L’euro était à l’époque à son plus bas historique, autour de 0,80 dollar. Le cadeau irakien permit à la monnaie unique de s’apprécier de 30 % en quelques mois à peine. Mais on connaît la suite…

Dick Cheney, le vice-président de George Bush, envoya Collin Powel mentir devant les Nations Unies en affirmant du bout d’une petite fiole censée contenir une arme bactériologique que l’Irak détenait des armes de destruction massive. Une affirmation qui s’est avérée être un pur mensonge.

« Pour des raisons bureaucratiques, nous avons choisi un problème, les armes de destruction massive, c’était la seule raison pouvant faire l’unanimité », avouera plus tard Paul Wolfowitz, ministre de la Défense de Bush.

Les ventes de pétrole seront rétablies en dollar immédiatement après la prise de Bagdad. La guerre d’Irak fut une démonstration de force pour défendre le pétrodollar. Il s’agissait de montrer à l’Europe ainsi qu’à tous les pays du golfe ce qu’il en coûte de menacer la monnaie impériale.

Et maintenant l’Ukraine

La guerre en Ukraine est une énième guerre impérialiste qui n’aurait jamais eu lieu si les États-Unis ne l’avait pas voulue. Elle est entretenue à grands frais pour tenter d’isoler et de ruiner la Russie, un pays qui, avec la Chine et l’Iran, appellent ouvertement à la fin du pétrodollar.

N’oublions pas que l’Iran est sous embargo non pas tant pour son programme nucléaire que pour son refus de vendre son pétrole en dollar. La Perse et la Russie réfléchissent d’ailleurs à la création d’un stablecoin adossé à l’or.

La guerre d’Ukraine vise à préserver l’hégémonie du dollar en s’attaquant à son plus grand pourfendeur : la Russie. Et tant pis si l’Europe doit se faire hara-kiri…

Au pire, cela permettra d’accélérer la transition énergétique. C’est certainement ce que se disent les verts allemands qui semblent prêts à fournir des chars à l’Ukraine…

En sachant que la Russie a déjà fait savoir qu’elle déclarera une mobilisation générale si Berlin s’exécute. Plus inquiétant encore, la Russie a mis des missiles thermonucléaires en alerte :

En attendant la décision de l’Allemagne, la France vient de fournir des missiles sol-air. Des dizaines de tanks légers en provenance des États-Unis sont aussi en route pour la Pologne :

En mordant à l’hameçon ukrainien, la Russie espère déclencher une fronde globale contre l’ordre international et le pétrodollar. Si son économie résiste aux sanctions sur le long terme, saigne l’économie européenne et survit grâce au soutien de la Chine, l’hégémonie monétaire américaine s’effondrera et avec elle la capacité des États-Unis à financer leur déficit commercial abyssal.

La réponse à cette guerre est une nouvelle monnaie de réserve internationale mettant toutes les nations sur un pied d’égalité. Bitcoin.

  • Apatride
  • Monnaie et réseau de paiement (deux-en-un)
  • Masse monétaire absolument limitée
  • Non censurable
  • Transactions quasiment instantanées

Le Bitcoin coche toutes les cases. Il est la prochaine monnaie de réserve internationale qui mettra fin aux guerres menées au nom du pétrodollar.

Mais pour l’instant, les États-Unis refusent de jouer à armes égales, au risque de déclencher un conflit plus vaste. Vite, le pétrobitcoin.

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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