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Russie et Iran veulent un stablecoin adossé à l'or

lun 16 Jan 2023 ▪ 21h00 ▪ 5 min de lecture - par Nicolas Teterel

La Banque centrale d’Iran coopère avec le gouvernement russe en vue de créer conjointement un stablecoin adossé à l’or.

Vladimir Poutine

Résurrection de l’e-Gold

Le premier stablecoin adossé à l’or fut l’e-gold. Chaque stablecoin était représentatif d’un gramme d’or. En 2005, e-gold comptait 3,5 millions d’utilisateurs dans 165 pays. La firme de Douglas Jackson se plaçait alors second derrière Paypal pour les transferts d’argent via internet.

Le FBI y mettra fin lors de l’opération Goldwire. En cause, l’absence de licence et les nombreux criminels qui s’en servait pour blanchir de l’argent.

Mais l’e-Gold pourrait ressusciter. L’agence de presse russe Vedomosti révèle que l’Iran et la Russie collaborent en vue de créer un stablecoin adossé à l’or. Le but étant de contourner les sanctions internationales.

En effet, les États-Unis et l’UE ont déconnecté l’Iran et la Russie du réseau SWIFT qui noyaute toutes les transactions bancaires internationales. Ce stablecoin permettrait des échanges en or tout en faisant fi des énormes couts liés au déplacement de l’or physique.

Il est prévu qu’il ait cours dans la zone économique spéciale d’Astrakhan. Cette ville se situe sur la Volga, près de son embouchure dans la mer Caspienne qui connecte l’Iran et la Russie.

Astrakhan est au milieu d’une nouvelle route commerciale reliant l’Inde et la Russie via l’Iran. Ce corridor de transport multimodal doit renforcer le commerce bilatéral entre la Russie et l’Inde.

La société publique indienne Container Corporation of India (Concor) et la compagnie ferroviaire russe (RZD) ont signé un protocole d’accord pour le transport de marchandises via le corridor international de transport Nord-Sud (INSTC) :

INSTC
Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC)

Pivot vers l’Asie

Si l’on considère que l’opération spéciale de la Russie en Ukraine précipite l’émergence d’un monde multipolaire, il est logique que Téhéran soutienne Moscou et l’aide à se désenclaver de l’Europe.

Après tout, la Perse a également intérêt à ce que les relations internationales soient réformées pour retrouver sa place dans le concert des nations. Mais ces échanges commerciaux en hausse doivent être payés, d’une manière ou d’une autre. Sans SWIFT, il faut innover.

Si bien que le ministère iranien de l’Industrie a donné son feu vert en août 2022 à l’utilisation de cryptomonnaies pour règlement des importations.

Nous avons depuis eu vent d’une transaction équivalente à 10 millions de dollars. Si la cryptomonnaie en question n’a pas été révélée, elle fut très probablement le bitcoin. L’Iran accueille en effet près de 5 % des mineurs de BTC.

La Banque centrale russe s’est aussi résignée à ce que la Douma vote bientôt la légalisation des cryptomonnaies pour le commerce extérieur. Le vote devrait avoir lieu en début d’année.

Même le ministère de l’Énergie russe s’est récemment félicité que des mineurs de BTC s’installent en Sibérie pour profiter des excédents massifs d’hydroélectricité. Et notons en passant que les fabricants d’ASICs admettent en vendre plus à la Russie qu’aux États-Unis ces derniers temps.

Stablecoin vs Bitcoin

Ce n’est pas un secret que la Russie accumule de l’or depuis de nombreuses années. Ni que Vladimir Poutine promet depuis des années la fin de l’hégémonie monétaire américaine.

La Chine aussi accumule de grandes quantités d’or. Xi Jinping incite d’ailleurs l’Arabie Saoudite à vendre son pétrole en yuan que le royaume pourra librement convertir en or.

La Russie disposait à la fin de l’année 2022 des cinquièmes réserves d’or les plus importantes au monde avec 2300 tonnes d’or (133 milliards de dollars). Son stock d’or a doublé en l’espace de 10 ans. Cela dit, les achats d’or ont cessé en 2022. Pourquoi ? Difficile à dire.

Peut-être que la bienveillance du ministère de l’Énergie vis-à-vis des mineurs de bitcoins n’y est pas pour rien. La Russie représente quelque chose entre 5 % et 10 % du hashrate global. De quoi régler quelques importations…

Certes, la valeur de l’or sera plus stable que celle du bitcoin. Mais encore faut-il être certain de pouvoir retirer son or… Ce très gros problème de confiance n’existe pas avec le Bitcoin.

Par ailleurs, le Bitcoin est d’autant plus volatil que ses perspectives d’appréciation sont grandes. Il y a même fort à parier que le bitcoin finira par absorber les 10 000 milliards de dollars de valeur stockée dans le métal jaune.

Il ne vaudrait donc mieux pas mettre tous ses œufs dans le même panier…

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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